ACTE I, SCENE III. îj
ALBERT
Ah çà ! j'entends toujours parler de la lune rousse : est-ce que vous y croyez, père Simon ?
SIMON
Si j'y croie, monsieur ! vous verrez qu'avant peu nous aurons de ses nouvelles. Ou je me trompe fort, ou la journée ne se passera pas sans quelque malice de sa façon,
ALBERT
Et moi qui me suis fié aux promesses du calendrier pour m' installer ici !
SIMON
Vous comprenez, monsieur, c'est dans ce mois que la terre se marie avec le soleil ; mais il n'entre pas seul en ménage ; il y trouve avec lui' la lune, qui est comme qui dirait,,,
ALBERT
Sa belle-mère, parbleu ! je vois cela d'ici. (A part.) Tiens ! ridée est ingénieuse ; il faut que je la recommande à un poète de ma connaissance pour son concours aux jeux floraux.
SIMON
Monsieur croit que je plaisante ?
ALBERT
Je le crois si peu, père Simon, que je vous prie
instamment de mettre à profit les prochaines querelles de la lune avec le soleil dans Tintérêt d'un nouvel aménagement complet de mon parterre. En voici le plan que je soumets à votre expérience, (ii tend le papier à Simon.) A propos, qu'est-ce que ce voisin dont les fenêtres plongent sur moi par une échappée du bois anglais? Je n'aime pas les curieux; il faudra planter là une double rangée de peupliers pour lui masquer la vue,
Ah ! ça, c'est M. Florimond Dupistil, un grand amateur de fleurs et un beau parleur. Ce n'est pas un méchant homme au fond ; mais, comme il est seul et qu'il n'a rien à faire, il s'occupe volontiers de ce qui se passe chez les autres. Je suis étonné qu'il ne vous ait pas encore rendu visite.
ALBERT
Je l'en dispense. Il y a un proverbe qui dit : Ouvre une porte au voisin pour le faire entrer^ ouvres-en deux pour le faire sortir»
SIMON
Voilà un proverbe qui parle franc. Chez nous on dit :
Tant vaut voisin trop familier, Tant vaut la fouine au poulailler.
ALBERT
C'est la même chose; gardons-nous des uns et des