ACTE I, SCÈNE XL J
Le fait est qu'une maison toujours fermée, c'est assez triste à voir.
DUPISTIL,
Un vrai tombeau, dont je pouvais passer pour être le gardien solitaire et mélancolique ; car je suis votre voisin immédiat, mesdames, votre voisin unique. (Allant vers la fenêtre.) Voyez : OU aperçoit d'ici mon humble logis, le res angusta domi du sage. Sans les branches folles qui obstruent la grande allée de votre bosquet, vous compteriez toutes mes fenêtres.
HÉLÈNE, à part.
C'est assez gênant d'être ainsi placés sous les regards indiscrets d'un inconnu.
MADAME VERBESEC.
C'est tout à fait rassurant, à la campagne, de sentir ainsi près de soi la présence constante d'un voisin...
DUPISTIL.
Vigilant et dévoué, j'ose le dire. — Ayez un service urgent à réclamer, un appel pressant à faire, je suis là plus vite que tout de suite.
HÉLÈNE
Et vous vivez seul, monsieur ?
DUPISTIL.
Seul, — avec mes fleurs; mais, vous savez.
N'est pas seul qui des fleurs se fait un entourage, Connaît leurs passions et comprend leur langage .
MADAME VERBESEC.
C'est de vous, cela? vous êtes poète, monsieur Dupistil ?
DUPISTIL.
A mes heures, madame, pour moi — et mes amis. Ce n'est pas que je n'eusse pu, comme tant d'autres, me faire ma place au grand soleil de la publicité parisienne ; mais, vous savez, le mauvais goût du jour, la rapacité des éditeurs et la jalousie des confrères...
HÉLÈNE, avec une pointe d*ironie.
Ah ! c'est fâcheux ; vous privez vos contemporains de bien belles choses I
DUPISTIL.
Du moins suis-je goûté de mes concitoyens, c'est une consolation. Le Moniteur des céréales de Pertus-les-* Dames est heureux d'ouvrir ses colonnes à mes épanchements poétiques ; et s'il n'y avait de la fatuité à se louer soi-même, je dirais que mes vers font sensation... à plus d'une lieue d'ici.
MADAME VERBESEC.
Nous le croyons sans peine ; il n'est pas de plus délicates inspiratrices que les fleurs.