ACTE I, SCÈNE XI
HELENE
Et VOUS avez ce privilège sur beaucoup de poètes que la muse nait d'elle-même sous vos doigts dans votre logis.
Idée piquante — et juste. C'est vrai, je suis le père et le créateur de ma propre Égérie. — (A part,) Il faudra que je tourne cela en triolet. (Haut.) — Vous verrez ma gracieuse famille, mesdames ; elle est tout entière à votre service.
HELENE
Comment se fait-il qu'avec ces goûts aimables, vous n'ayez pas fait choix d'une compagne qui les eût partagés ?
DUPISTIL,
Hé, madame, demandez-moi plutôt comment il se fait que la fleur qui serait la gloire et l'ornement de mon parterre se trouve être précisément dans le jardin de mon voisin.
HÉLÈNE, à part.
C'est un madrigal à jet continu que ce monsieur.
MADAME YERBESSC, à part.
Comme il tourne galamment les choses I (Haut.) Puisqu'il en est ainsi, nous aurons recours à vos conseils pour la création de notre jardin à fleurs. (Dupistu s'incline.) J'espère bien, Hélène, que tu n'abandonneras pas cette ini-
tiative à ton mari. Le parterre est notre domaine au même titre que la cuisine et la lingerie, et...
DUPISTIL.
Je me permettrai d'ajouter, madame, que les fleurs elles-mêmes vous confèrent tout pouvoir sur elles par droit de naturelle attraction et d'affinité élective.
Pardon, monsieur ; j'entends peu à ces termes scientifiques. J'ai bien ouï parler, au pensionnat, d'un langage des fleurs ; mais j*ai toujours considéré cela comme un simple badinage d'esprit.
DUPISTIL.
Grave erreur, madame : — un badinage aussi vieux que le monde! Songez donc que déjà du temps de Salomon...
MADAME YERBESEC.
Et VOUS le connaissez, vous, monsieur, ce langage ? Vous nous l'enseignerez ; ce doit être charmant. Désormais, je n'accepte plus aucune fleur sans lui demander sa signification. — Voyons, monsieur Dupistil, supposez que je reçoive un bouquet composé de roses, d'œillets et de myosotis, que signifierait-il ?
DUPISTIL, fixant Hélène.
Il signifierait : « Je vous trouve belle, je vous aime passionnément, et vous occupez seule toute ma pensée. »