‹ La lune rousse: comédie en deux actesChapitre 63 sur 76 · SCENE XI · texte numérisé non relu

SCENE XI

DUPISTIL, entrant par le fond à droite.

Personne en bas, — C'était prévu! — Les plus innocentes ont un art particulier pour écarter les obstacles et donner la couleur d*un accident fortuit aux rencontres qu'elles se ménagent, — Voilà donc le sanctuaire de la beauté ! ô mon cœur ! contiens tes battements. Je lui sais gré de se faire attendre ; si je Tavais trouvée là, tout de suite, je me connais, je ratais complètement mon entrée. — Comme cela sent bon, ici! — la chambre d'une jeune femme sent toujours bon. (u promène ses doigts sur les meubles.) Mes doigts frémissent en passant où les siens ont passé ; je me sature de ses magnétiques effluves ; — je me charge littéralement... comme une machine... électrique. (Il arrive devant l'aic^îve.) Sou alcôve ! le licu sacré entre tous ! — le Sézame terrible et charmant ! — Oserai-je soulever les voiles de ce mystérieux inconnu ? — Mais oui ; les rideaux me regardent d'un air d'intelligence. Rideaux soyeux et pensifs, muets témoins de tant de choses... prohibées, voyez, je vous touche légèrement, — je ne vous ferai pas de mal ; — laissez-moi voir un peu là-

to LA LUNE ROUSSE.

dedans ! (Il les écarte et demeure en contemplation.) Oh ! COmmC en

ce moment je me sens poète !

Mortels, faites silence ! Écoutez, terre et cieux ! Je suis l'amour, je chante en langage des dieux La couche de Psyché, tiède encor de son souffle. Ses voiles (Il touche la camisole), seS atOUrs nocturnes (il touche le bonnet de nuit; — se baissant vivement), Sa pantoufle!

(Il ramasse une pantoufle à terre.) Le VOilà, le mOule mignon de

ses jolis pieds! — La pantoufle de Cendrillon n'était qu'un sabot à côté de cette merveille, — O trésor de grâce fine et d'exquise délicatesse! (ii l'embrassc et u près» contre son cœur.) Que nc puîs-jc te dérobcr... comme un simple foulard I Mais mon émotion ,trahirait mon larcin, et puis je te dissimulerais mal dans mes poches ; — on les fait si petites aujourd'hui! Reste donc là; mais, du moins, quand elle te chaussera, ce soir, fais monter, de la plante de ses pieds à son cœur, tout le feu des baisers

dont je te couvre ! (ll laisse retomber le rideau, et fait quelques pas

dans U chambre.) Il faut Cependant que je me donne une contenance pour l'instant où elle paraîtra; — oui, quelque pose victorieuse, — quelque attitude irrésistible. — L'attendrai-je debout ou assis? — Debout, comme ceci, — ou assis, comme cela, (ii essaye des poses.) Et pourquoi pas à demi couché sur cette molle ottomane, comme

abimé dans un rêve d'amour? (Il essaye des poses sur le canapé

et aperçoit les gants.) Dicu du ciel ! ses gauts ! la prison parfumée de ses doigts roses! Ah! pour le coup, voilà qui va me payer le sacrifice de la pantoufle ! Des gants,

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