ACTE II, SCÈNE XIV. çî
ALBERT
C'est un tribunal, en effet, — tribunal de famille, mais tribunal sans appel. Ecoutez -moi : — Lorsque j'épousai Hélène, j'écais tout entier à mon bonheur, je ne voyais qu'elle, et je ne m'apercevais pas qu'à ses côtés, il y avait une autre femme, — sa mère, — dont la grâce contenue et la beaucé sérieuse pouvaient créer un véritable danger pour moi.
MADAME VERBESEC, minaudant.
Oh ! Albert, que dites-vous là }
DUPISTIL, à part.
Est-ce qu'il serait amoureux de la vieille? Ce serait du propre !
Quand je dis « danger pour moi » , je m'explique : — C'est déjà bien assez pour un mari d'avoir à surveiller la vertu de sa femme ; s'il lui faut encore défendre la vertu de sa belle-mère, c'est plus qu'il ne peut faire ; — et j'en suis là.
MADAME VERBESEC.
Expliquez- VOUS, mon gendre; je n'entends rien aux énigmes.
ALBERT
Je précise donc : — Vous ne m'en voudrez point, n'est-ce pas ? de reconnaître que vous avez tout ce qu'il faut pour attirer les hommages; et si je constate, d'autfe
parc, que vous avez fait — à votre insu, peut-être — la conquête d'un cœur passionné, je n'aurai pour cela ni méconnu le respect qui vous est dû, ni diminué l'estime qu'on fait de vous 5 mais je me croirai autorisé à vous dire : 1 Dégagez-moi d'une tutelle que je ne saurais conserver sans péril, et reprenez une indépendance dont un autre attend que vous lui fassiez le précieux sacrifice. »
DUPISTIL, à part.
Quel amphigouri est-ce là? Si j'y comprends rien...
MADAME VERBESEC.
J'aurais fait, dites-vous, la conquête d'un cœur passionné, moi ? moi ? Vous perdez la tête, Albert.
ALBERT
Nierez- vous donc les empressements de notre voisin auprès de vous } Ce malheureux Dupistil se meure d'amour, tout simplement.
DUPISTIL, à part.
O la brute malfaisante !
ALBERT
Ce matin même, ne vous Ta-t-il pas fait assez comprendre ?
Son cœur a son secret, sa vie a son mystère, Un amour éternel, en un moment conçu.
MADAME VERBESEC.
Vous êtes fou d^attacher de l'importance à de simples