ACTE II, SCÈNE XIV
attentions de bon voisinage. Il ne vous manque plus que d'incriminer aussi le don gracieux qu'il m'a fait de quelques fleurs de son jardin.
DUPISTIL, à part.
Mes fleurs n'étaient pas à son adresse ; que dit- elle donc là ?
ALBERT
Vous avez reçu les fleurs, mais moi j'ai intercepté les poulets qui les accompagnaient. Tenez, lisez ces merveilleux petits carrés de papier ; vous y verrez l'expression croissante d'une flamme qui demande impérieusement à être partagée.
DUPISTIL, à part.
O le traître ! je crois que je commence à comprendre.
MADAME VERBESEC, lisant.
Mais c'est très gentil, cela! Savez- vous qu'il a de l'esprit, monsieur Dupistil?
ALBERT
Et du cœur, surtout du cœur! Heureuse la femme qui partagera l'honneur de sa couche... et la gloire de ses
créations.
MADAME VERBESEC.
Mais je ne vois rien là de bien... compromettant pour moi; c'est de la poésie un peu... galante, voilà tout.
ALBERT
Ah ! voilà tout ! une femme est poursuivie d'obsessions,
pS LA LUNE ROUSSE
bombardée de bouquets parlants, assassinée de déclarations incendiaires, ec elle dit : i Voilà tout !» — Et que savez-YOus, imprudente femme, si cet homme que votre indifférence va désespérer, que vos dédains vont aflfoler, s'en tiendra toujours aux formes platoniques? s'il ne tentera pas contre vous quelque entreprise coupable, quelque coup de tête criminel, — un guet-apens peut-être ?
DUPISTIL, à part.
OÙ diable suis-je venu me fourrer?
MADAME VERBESEC, riant.
Vous me faites trembler!... Ah! ah! ahl j'imagine ce bon monsieur Dupistil, armé de noirs desseins, forçant la porte de ma chambre à coucher, et attendant l'heure du crime, blotti sournoisement dans mon alcôve (elle s'approche de l'alcôve), derrière mes rideaux. (Elle écarte lesrideaxix et
pousse un cri.) Ah!,.,
ALBERT
Là, que disais-je? (A Dupistii.) Sortez, monsieur, et expliquez-vous ; que faites-vous là ?
DUPISTIL, balbutiant.
Mais vous voyez,,, certainement... j'étais là... je ne sais... j'avais cru... comme les fleurs étaient.., n'allez pas supposer... cette chambre...
ALBERT
Cette chambre, monsieur, est la chambre de ma bellemére, et c'est fort heureux pour vous. Si c'était la