‹ La lutherie et les luthiersChapitre 10 sur 196 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

l.cs C, qui sont les cchancrarcs pratiquées de chaque côté des tables pour laisser passer librement l'archet;

Les coins, qui terminent le haut et le bas des C ;

Les J'JP autrement dit les ouïes.

Le violon ouvert, ou, pour me servir de l'expression technique, détablé, oflre à l'intérieur les parties suivantes :

Les contre-édisses, rubans en bois un peu épais adaptés au bord des édisses dans tous leurs contours ;

La barre, pièce très importante collée sous la table de dessus dans toute sa longueur, et passant sous le pied gauche du chevalet ;

Vâme, petite verge cylindrique en bois placée sous le pied droit du chevalet, et un peu en arrière;

Les coins, appelés également tasseaux, forte doublure collée dans l'intérieur des coins extérieurs et amincie à ses extrémités de manière à se fondre avec les édisses;

Les tasseaux, pièces de bois placées sur le milieu des édisses aux deux extrémités des tables. Les contreédisses, les coi}is et les tasseaux ont surtout pour but d'offrir une résistance plus grande à la pression considérable résultant de la tension des cordes sur le chevalet.

La barre et Tàme ont des fonctions acoustiques particulières. Les tables, surtout celle de dessus, sont généralement faites de deux pièces collées l'une à l'autre.

Les plus beaux modèles de violon sont ceux faits par A. Stradivari, de 1 710 à lySo. L'un des spécimens

les plus remarquables du maître, parvenu jusqu'à nous, est le fameux violon ayant appartenu à feu J.-B. Vuillaume, et aujourd'hui la propriété de ■^^me yve j) Akrd ; il figura à l'exposition du Kensington Musœum, à Londres, en 1872, sous le nom de Messie. (PI. iv.)

Voici les dimensions de l'instrument prises sur

l'original :

Longueur totale du corps h partir de

l'extérieur des bords o"', SSS"''"

Largeur du haut C", i65 —

— du bas o"», 206 —

- . — du milieu des C o"", 109 —

Longueur de l'ouverture des C o", 076 —

— du haut au milieu àQ% ^'J^ . o", igS — Hauteur des éclisses du haut o™, o3o —

— — du milieu .... o'", o3o —

— — du bas ©""joSi —

Longueur du manche o*", i3o —

— de la touche o'". 260 —

Le violon s'accorde par quintes, i" Sol, la seule corde filée.

2" Ré J

3" La ^ Cordes en bo3'au.

4" Mi )

Depuis les premiers Amati, on a tenté de nombreux essais ayant pour but de changer la forme du violon et ses conditions acoustiques; mais on n'a encore rien trouvé pour remplacer avantageusement les données premières, et il est merveilleux de voir

CHAPITK E PU EMIEK. ,5

aujourd'hui le violon joue par nos \irtuoses représenter absolument celui du xvi° siècle : sauf quelques légères modifications dans la forme des contours, des voûtes et quelquefois des dimensions, l'instrument de 1884 est celui de i55o; on n'a même pas opéré un seul changenient intérieur d'une utilité reconnue; le vieil André Amati construisait les tasseaux, les contre-éclisses, la barre, l'àme, absolument comme les luthiers de nos Jours.

La France est un des pays de l'Europe où le violon se répandit le plus rapidement. Depuis i535 environ, époque à laquelle Baltasarini^ vint à la Cour avec une bande de musiciens violonistes, l'instrument prit une vogue générale; son nom lui-même ne tarda pas à être emprunté par notre langue populaire.

Les joueurs de violon n'étaient pas toujours gens de la meilleure espèce. Nous voyons, dès 1628, l'autorité tenter de sauver le noble instrument de cette décadence a en faisant défense d'en jouer dans les cabarets et mauvais lieux ».

Malgré ces louables intentions, le violon continuait à déroger; aussi fit-on bientôt de son nom un terme de mépris et d'injure : « Traiter un homme de violon, dit A. Furetière, c'est comme si on le mettoit au rang

I. Baltasarini dit Beaujoyeux, qui était de Turin, avait été envoyé à Catherine de Médicis à la tète d'une bande de violons, parle maréchal de Brissac, gouverneur du Piémont, de i55o à 1559. Ce fut Baltasarini qui composa la musique du fameux ballet comique de la Royne, représenté pour la première fois au Louvre le dimanche i5 octobre i58i, à l'occasion du mariage du duc de Joyeuse avec Marguerite de Vaudcmont, sœur de la reine.

,f5 LE VIOLON.

des menestriers qui vont de cabaret en cabaret joueidu violon, et augmenter la joye des ivrognes i. »

Saint-Évremont, dans sa comédie des Académistcs, nous en donne un joli exemple'. Nous sommes à la scène n de l'acte P% Coiletct et Godeau discutent, s'échauffent' :

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