CHAPITRE V
La lutherie française. — Les feseurs d'instruments en 1559. — Corporation des « Maistres feseurs d'instruments de musique de la ville de Paris ». — Statuts de la corporation. — Son importance pendant le xvm" siècle. — Les Renault, Dumesnil, Médard, etc. — Jacques Boquay, Claude Pierray, Lupot et les lutliiers du xix'' siècle jusqu'à ce jour. — Nomenclature des luthiers français. — Espagne. — Portugal.
Jusqu'au règne de Henri IV, l'histoire est à peu près muette sur les feseurs d'instruments-, mais, à la fin du xvi^ siècle, nous rencontrons un document qui, à défaut de détails sur la lutherie elle-même, nous offre au moins la preuve que, chez nous, cet art avait pris une certaine importance. En l'année iSgg, les feseurs d'instruments de musique sont soumis au régime des corporations, et des statuts leur sont accordés par le roi ^
I. J'en ai donné le texte- in extenso dans les Instruments à archet, t. I", p. 142. Cette pièce a été copiée par moi aux Archives nationales, ordonnances de Louis XIV, juin 1680. FFFF x'^ 8675.
194, LA LUTHERIE FRANÇAISE.
Pour faire partie de la corporation des « Maistres feseurs d'instruments de musique de la ville de Paris », il fallait faire six années d'apprentissage, exécuter chefd'œuvre, avoir certificat de bonne vie et mœurs. Défense expresse à tous ceux qui ne sont pas reçus « Maistres » de s'occuper du métier en aucune de ses parties.
Ces statuts furent confirmés par lettres patentes de Louis XIV, enregistrées le G septembre 1681,
Quelle était donc l'importance de la lutherie à cette époque? Nous ne pouvons le dire d'une manière bien exacte ; nous savons, toutefois, que si le nombre des feseurs d'instruments de musique était assez grand pour former une corporation spéciale, ils n'avaient pas encore acquis une réputation suffisante pour permettre à leur réputation de s'étendre bien loin, au moins dans les deux branches principales de la lutherie : la facture des clavecins et celle des instruments à archet.
La première était le partage des Flandres; la seconde appartenait à l'Italie, dont les écoles de Crémone et de Brescia produisaient déjà des merveilles.
Les statuts accordés par Henri IV en iSgg, à la corporation des feseurs d'instruments de la ville de Paris furent en vigueur jusqu'au commencement du xviiie siècle; mais, à cette époque, une modification importante y fut apportée. Depuis longtemps déjà, de nombreux abus s'étaient introduits dans la gestion des intérêts des corporations et avaient donné lieu à des plaintes d'une gravité telle, que l'autorité royale dut intervenir.
Par arrêts du roi des 3 mars et i(3 mai 1716, il avait été nommé six commissaires pour procéder à la