‹ La lutherie et les luthiersChapitre 19 sur 196 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

il est facile d'en juger par les anciennes pi'oles d'Angleterre, dont nous faisons une estime particulière en France ...»

Il n'est même pas question des moles italiennes, et cependant, lorsque Rousseau écrivait les lignes que nous venons de citer, les luthiers italiens avaient négligé les violes depuis longtemps pour concentrer tous leurs efforts sur le violon et ses congénères.

Cette ignorance où Ton paraissait être de la supériorité des instruments italiens provenait, sans aucun doute, de la quantité de luthiers étrangers à ce pays qui étaient venus s'y former à l'école des Amati et autres, et qui, revenus dans leur patrie, produisirent assez pour suffire aux besoins de l'époque, tant par le nombre que par la qualité de leurs instruments; car il ne faut pas oublier que, jusqu'à la fin de la première moitié du xviii'^ siècle, l'école n'avait pas encore su tirer du violon tous les effets de sonorité indiqués plus tard par l'expérience. Il importait donc peu à l'exécutant de rencontrer dans son instrument cette plénitude et cette finesse de son exigées ensuite par l'école moderne, et rien ne l'engageait à chercher chez l'étranger ce qu'il avait sous la main et lui suffisait pleinement. Mais lorsqu'on eut entendu résonner sous les doigts des Viotti, Rode, Baillot, Spohr, les violons des maîtres italiens; lorsque Duport le jeune eut fait entendre les sons admirables qu'il tirait de son fameux violoncelle de A. Stradivari, la différence avec les autres instruments fut tellement évidente, que tous, artistes et amateurs, n'eurent bientôt qu'un but: posséder un vieil instrument italien. Dès lors, la rareté se

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faisant plus grande et l'enthousiasme plus vif, il en est résulté cette énorme augmentation de valeur que nous voyons se produire de nos jours,

La spéculation ne devait pas tarder à profiter de ces circonstances pour transformer en véritable branche commerciale ce qui n'avait été jusqu'alors que l'objet de transactions isolées.

Vers 1827, un Italien nommé Louis Tarisio, homme sans aucune éducation, espèce de brocanteur ambulant joignant à l'intelligence des affaires une connaissance réelle des vieux instruments, vint à Paris porteur d'une pacotille qu'il écoula vite et avantageusement. Depuis lors, jusqu'à l'époque de sa mort, il n'y eut pas d'année qu'il ne fît son apparition. Il parcourait l'Italie, faisant sa récolte, fouillant tous les coins ; pas un instrument ne lui échappait, et on peut dire que pendant trente années environ de ce trafic il a exporté de son pa3's tous les instruments disponibles des vieux maîtres.

Tarisio mourut en octobre 1854. La nouvelle ne tarda pas à arriver à Paris; c'était tout un événement! On apprit qu'il laissait une magnifique collection de vieux instruments, un trésor! Notre grand luthier J.-B. Vuillaume n'hésite pas : il part pour l'Italie le 8 janvier i855S arrive à Novare, se met en rapport avec les héritiers, leur achète, moyennant 80,000 francs comptant, les 260 instruments laissés par le défunt, et revient à Paris avec cette collection, qui ne tarda pas à se disperser de tous les côtés.

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