CHAPITRE II
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lours, dans les £, les volutes, etc. ; mais tous, sans exception, me paraissent émaner de l'un des trois types que je viens de citer.
Un détail d'une importance capitale est le vernis.
L'apparence des vernis varie suivant les auteurs, mais on reconnaît bien vite que la différence réside surtout dans la nuance; la pâte est presque toujours la même : les vernis de Brescia, Crémone, Milan, Padoue, Naples, Venise, etc., se laissent facilement distinguer par le connaisseur; mais la nature en est évidemment identique. On a prétendu que tous les luthiers italiens de la belle époque achetaient leur vernis chez un fabricant commun, et que chacun se contentait de lui donner la nuance de son choix; il n'y a là rien d'impossible.
Les luthiers de la première époque paraissent, du reste, attacher peu d'importance à cette question du vernis.
Le comte L. Valdrighi, le savant musicologue, publie à ce sujet, dans son grand et précieux ouvrage sur les faiseurs d'instruments % un document tiré des archives d'État et qui est vraiment curieux.
Le duc de Ferrare avait témoigné à son correspondant à Venise, le sieur Jacopo de li Tibaldi, le désir d'avoir la recette du vernis employé par les luthiers de cette ville. Le dit sieur lui répond en ces termes : (( Venise, 20 janvier i526. — Le grand luthier Sigismond Maler m'a promis de me donner lundi prochain,
1. Nomocheliurgograjîa... e documenti estratti dall'archivio di stato in Modena. — Modena, 18S4.
3^ LA LUTHERIE ITALIENNE.
par écrit, la recette du vernis qu'il emploie et la manière dont il en couvre ses luths. Ce maître m'a dit qu'il a deux sortes de vernis, que ce sont ses garçons qui les font et non pas lui-même... » Malheureusement, la missive contenant la recette promise n'a pas été retrouvée.
Je terminerai ce que j'ai à dire sur l'ancienne lutherie italienne par quelques considérations sur l'usage qu'on en fait aujourd'hui et le commerce auquel elle donne lieu depuis le commencement de ce siècle : les Corelli, Tartini, Pugnani, etc., se servaient des instruments italiens à l'exclusion de tous autres ; mais en France, en Allemagne, en Angleterre, on les connaissait à peine. Léopold JNIozart, dans la préface de son École de violon parue en 1770, critique vivement les luthiers de son temps qui sacrifient toujours à l'amour du gain les soins indispensables à toute bonne facture. Il ne dit absolument rien des Italiens ! les noms des Amati, Stradivari, Giiarnieri, ne se trouvent pas une seule fois sous sa plume M
En France, nous voyons, à la fin du xvii^ siècle, les violes de jambe anglaises jouir d'un grand succès, ce II est vray, dit Rousseau dans son Traité de la viole'\ que les Anglois ont réduit leurs violes à une grandeur plus commode, devant les François, comme
1. 2'"e édition, 1770. Augsbourg, Jacob Lotter... « Le plus regrettable est que nos luthiers d'aujourd'hui se donnent trop peu de peine dans la confection de leurs instruments; ils travaillent la plupart du temps uniquement dans le but de gagner leur pain. Ils n'en sont pas seuls a blâmer. On demande du bon et on veut payer peu (préface, § 5). »