‹ La lutherie et les luthiersChapitre 84 sur 196 · I.vsERucK, Wagner · texte numérisé non relu

I.vsERucK, Wagner

S. RuF

CHAPITIIF, m. IS»'

et qui était ignoré de la plupart des musicologues, lorsque M. Giovanni de PiccolcUis, de Florence, le signala (le premier, je crois) dans un livre remarquable, publié en i885 *.

Voilà la vérité, autant que nous la connaissons aujourd'hui, sur Jakob Stainer.

Jakob Stainer naquit à Absam, petite ville du Tyrol, près d'Innsbruck, le 14 juillet 162 i. Son acte de naissance, conservé dans les registres de la paroisse d'Absam, déposés dans l'église de Hall, le désigne comme fils des époux :

« Martin Stainer et Sabine Grafînger ». On ne sait absolument rien de ses premiers pas dans la carrière de luthier. Il aurait, dit-on, fait son apprentissage à Crémone, sous la direction de l'un des Amati ; on a même prétendu qu'il avait épousé la fille de Nicolas Amati. Autant d'erreurs !

Les juges les plus compétents reconnaissent qu'il n'y a aucune ressemblance entre la facture de Stainer et celle de l'Italie ; mais il y a, au contraire, des points de contact très caractérisés avec les produits des bons luthiers tyroliens de l'époque, et il est probable qu'il a fait son apprentissage à Absam ou dans les environs. Quant à l'histoire de son union avec la fille de Nicolas Amati, une pièce authentique, découverte par S. Ruf dans les registres de la paroisse d'Absam, vient la mettre à néant : c'est l'acte de mariage, daté du 26 novembre 1645, de Jakob Stainer avec Marguerite Holzhammer, ayant pour témoins Michel Pamperger

I. Liiitai antichi e moderni. Firenze coii tipi dci successon le Monnier i885.

i$2 LES LUTHIERS ALLEMANDS.

et Johann Grafinger, parent du marié. J. Stainer épousait sa maîtresse, car les mêmes registres donnent, dès le i6 octobre 1645, l'acte de baptême d'une fille nommée Ursule, fille des deux futurs conjoints.

Il avait donc à peine vingt-quatre ans quand il se maria, et sa femme en avait vingt et un ; elle mourut en 1693, dix années après son mari.

J. Stainer a travaillé à Absam depuis 1639 environ jusqu'à la fin de l'année 1678. Il avait été nommé, en i658, luthier titulaire de l'archiduc Ferdinand- Charles, gouverneur du Tyrol, et, le 9 février 1669, luthier de la cour de l'empereur d'Autriche Léopold P"". Ces titres, attestant que ses contemporains avaient reconnu son talent, n'eurent pas le pouvoir d'apporter le bien-être dans le ménage du pauvre artiste, car on le voit, en l'année 1678, aux prises avec des difficultés d'argent telles, qu'il tombe dans une mélancolie profonde, et finit par perdre la raison. Il vécut dans ce triste état pendant environ cinq années, et s'éteignit en 1693.

Voilà, résumés d'après les documents authentiques fournis par S. Ruf, les principaux traits de la vie de Jakob Stainer.

L'œuvre de lutherie du maître jouit, en Allemagne particulièrement, d'une grande réputation; j'avoue être assez embarrassé pour en parler moi-même avec le même enthousiasme. Les quelques violons que j'ai vus comme étant des stainers authentiques, n'avaient rien de bien remarquable, comparés surtout aux chefs-d'œuvre qui sortaient des atehers des Amati de Crémone à la même époque. Sans entrer ici dans des

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