‹ La lutherie et les luthiersChapitre 85 sur 196 · CHAPITRE III. ISJ · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. ISJ

détails techniques, qui ne paraîtraient probablement pas très concluants, je renverrai le lecteur au musée du Conservatoire de Paris, dans les vitrines duquel se trouve, sous le n» 3, un violon de Jakob Stainer donné comme très authentique ; l'examen de cette pièce curieuse en dira plus que toutes les descriptions.

Les instruments les plus renommés du maître sont douze violons qu'il fit, dit-on, pour les douze électeurs d'Allemagne ; ce sont, paraît-il, des pièces rares et d'un travail parfait : n'ayant jamais eu personnellement l'occasion de voir un de ces spécimens, je laisserai à ceux qui les connaissent le soin d'en parler avec plus d'assurance.

En résumé, il est très difficile de juger aujourd'hui de Tauthenticité incontestable d'un instrument de Stainer; les imitations allemandes, anglaises et tyroliennes ont inondé le monde musical d'une quantité de faux stainers souvent très bien faits, et si l'infortuné maître revenait à la vie, il aurait peut-être beaucoup de mal à s'y reconnaître lui-même.

Je terminerai ces détails sur Jakob Stainer en donnant la description de ses violons, faite par un habile luthier allemand, qui avait eu l'occasion d'en voir souvent et de les juger en parfaite connaissance de cause.

J. A. Otto, luthier de la cour du duc de Gotha, s'exprime ainsi à ce sujet ^ :

« Les violons de Jakob Stainer, d'Apsam, diffèrent des violons de Crémone , autant dans l'apparence

I. J. A. Otto. Ueber den Bau der Bogeninstrumente und ïiber die Aj-beiten der vor^^i'ûglichsten Instrumentemacher, etc.. Jena, Brun, 1828, in-S".

que dans le son. Leur patron est plus grand, et les proportions des épaisseurs sont calculées tout différemment. La comparaison la plus juste que l'on puisse faire entre les deux, est peut-être de dire que le son du violon de Crémone ressemble à celui d'une clarinette, et le son du Stainer à celui d'une flûte. Les voûtes de la table sont plus élevées que celles du fond; la hauteur de la voûte de la table, à la place où pose le chevalet, est maintenue égale sur la moitié de la longueur de l'instrument jusque sous le tire-corde; alors elle va en diminuant jusqu'au bas. Le développement de cette hauteur est à peu près égal à la largeur du chevalet, et ensuite elle s'abaisse vers les bords de chaque côté. Le modèle de la voûte est exactement le même dans la partie supérieure de l'instrument que dans la partie inférieure. Ses bords sont très forts et très ronds; les filets, qui sont sensiblement plus étroits que dans les instruments de Crémone, sont placés plus près des bords que chez ces derniers. Les £f^ un peu plus courtes, sont admirablement dessinées, et la partie circulaire du haut et du bas de ly, parfaitement arrondie. La tête est particulièrement belle, et la volute aussi régulière que si elle avait été faite dans un moule; quelques-unes sont en tête de lion et admirablement sculptées. Les éclisses et le fond sont faits du plus bel érable veiné. Le vernis ambré est d'une nuance jaune-rouge. Il est rare de rencontrer une étiquette dans l'intérieur de l'instrument; mais lorsqu'elle existe, elle est toujours écrite à la main ; on n'en rencontre cf imprimées que dans les imitations. »

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