CHAPITRE IV
La musique en Angleterre sous le rigne de la r-ine Elisabeth. — La viole. — Les grands violistes anglais. — Les luthiers anglais aux xvii", xviii' et xix"
siècles. — Nomenclature générale.
L'état de la musique instrumentale en Angleterre à la fin du xvi^ siècle était encore, comme partout ailleurs en Europe, dans l'enfance.
La reine Elisabeth, bonne musicienne, amateur distinguée sur le luth et le virginal % tolérait encore à sa cour une musique qui ne devait pas iiatter l'oreille des auditeurs :
I. Lord Melvil, ambassadeur de la reine d'Ecosse Marie Stuart, en 1654, auprès d'Elisabeth, raconte dans ses Mémoires qu'ayant eu l'occasion d'entendre cette souveraine jouer du luth, celle-ci lui demanda qui jouait le mieux d'elle ou de sa mai-
iû8 LA LUTHERIE ANGLAISE.
(( Elle avait pour habitude, dit Heuxner% d'être régalée pendant son dîner par douze trompettes, deux timbales, accompagnées de fifres, de cornets et de tambours, faisant résonner la salle pendant une demiheure. »
La carrière brillante de l'Angleterre fut dans son plein à l'époque des violes introduites par un Italien, Alfonso Ferabasco, pendant la seconde moitié du xvi^ siècle- et dont l'usage devint général au commencement du xvii'' siècle; chaque famille où la musique était en honneur possédait un jeu {a clicst] de ces instruments, se composant de deux dessus, deux ténors et deux basses. Les anciens Madrigals, morceaux chantés à plusieurs voix, qui avaient fait les délices du siècle précédent, furent abandonnés et remplacés par les ivz/z/j/^/V^, pièces à plusieurs parties écrites pour violes.
De nombreux compositeurs-violistes excellèrent dans ce genre : William Byrd, Alfonso Ferabasco, William White, Thomas Ravenscroft, Th. Lupo, G. Coperano et beaucoup d'autres se firent une grande réputation avec ces sortes de compositions pour violes, et portèrent très haut la réputation de l'Angleterre. Jean Rousseau, l'un des plus habiles violistes français de la seconde moitié du xvii' siècle, écrit les lignes sui-
tresse, et qu'il avait été forcé de lui donner la palme : « She enquired whether my queen or she played best : in that I found myself obliged to give her the praise. » (Lord Melvil's Memoirs. 2" édition, Edinburgh, i835.)