‹ La lutherie et les luthiersChapitre 93 sur 196 · CHAPITRE IV. Kjp · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. Kjp

vantes dans son traité sur la viole public à Paris en 1682 :

« Cependant, il faut avouer que la viole paroit un instrument assez nouveau en France, parce qu'il y a peu de temps qu'elle y est estimée. Elle a passé des Italiens aux Anglois, qui ont commencé les premiers à composer et à jouer des pièces d'harmonie sur la viole, et qui en ont porté la connoissance dans les autres royaumes ^ »

La vogue des violes dura en Angleterre jusqu'au commencement du règne de Charles II, époque à laquelle l'introduction du violon dans la musique de la cour commença une ère nouvelle.

Ce que je viens de dire de la supériorité des violistes anglais pendant une période de plus d'un siècle, peut s'adapter également aux luthiers, qui se distinguèrent d'abord d'une façon remarquable dans la facture de ces instruments : John Ross, Aldred, Baines, John Baker, Bolles, Henri Jaye, Richard Meares, Light, William Turner, Barak Norman, ont laissé des instruments renommés.

La transition opérée vers 1660 dans les habitudes musicales de l'Angleterre n'eut pas une mauvaise influence sur les travaux des facteurs d'instruments. Le violon et ses dérivés trouvèrent pendant tout le xviii® siècle de nombreux luthiers habiles à maintenir leur art à un niveau très respectable, et je ne crois pas

I. Simpson, célèbre violiste anglais, avait déjà public en 1659 une méthode de viole intitulée : The division violist or an introduction to the playing iipon a groiind, by Ch. Simpson. London iGSg.

170 LA LUTHERIE ANGLAISE.

être en dehors de la vérité en attirmant que, pendant une grande partie du xviii'' siècle, l'Angleterre fut, après l'Italie, le pays où se construisirent les meilleurs spécimens de lutherie. On rencontre encore aujourd'hui de nombreux violons dont la facture et l'apparence se rapprochent sensiblement de l'école italienne; beaucoup courent le monde avec les marques les plus pompeuses, et trouvent, grâce à un baptême illégitime, des amateurs confiants et satisfaits. Cette supercherie, déjà vieille dans le commerce des instruments à archet, est une des causes très sérieuses ayant empêché la réputation des violons anglais du xviii* siècle de s'établir sous son véritable caractère.

La grande renommée de la lutherie italienne, et la vogue dont elle commença à jouir en Angleterre dès le xviii*^ siècle, contribuèrent largement à former le goût des luthiers de ce pays.

A peine Antonius Stradivarius venait-il de mourir, que le violon de Crémone était déjà le favori des amateurs anglais :

Fiedling, en discourant sur les aspirations de certains amours sensuels, disait vers le milieu du xvrii^ siècle :

« ...forhow much sœverwe ma}' be in love with an excellent sirloin of beef, or bottle of Burgundy; with a damask rose, ov cremona fiddle... ' »

L'amour pour le violon de Crémone a toujours été en augmentant depuis lors chez nos voisins, et ils

I. Tiie history of Tom Jones, a foundling, by Henri Fiedling Esq" (i 707-1 754). London. James Cochrane et C" i83i, vol. 1^', p. 442.

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