‹ La Lutte antialcooliqueChapitre 17 sur 32 · DEGENERES · texte numérisé non relu

DEGENERES

Tout le monde connaît les statistiques du Dr Legrain. Sur un groupe de

764 descendants de buveurs ;

322 sont des dégénérés divers,

131 épileptiques et

150 aliénés.

Soit le nombre de 603 individus voués au malheur.

N'y a-t-il vraiment qu'en France que l'on puisse signaler ces méfaits de l'alcoolisme ? On sait la conclusion d'un travail présenté par M. le Dr Chagnon, au Congrès des médecins de langue française, tenu à Montréal, en 1904. Il y ajQBrmait, appuyé en cela par Messieurs les Drs Villeneuve et

Dion : « Sur 110 observations de paralysie générale progressive, faites à la Longue-Pointe (où l'on n'admet que des aliénés), nous pouvons conclure, d'après l'analyse de ces 110 cas, que l'alcoolisme serait la cause la plus fréquente de la paralysie générale, quels que soient l'état social et la profession du malade». La paralysie générale, dont parle ici le délicat rapporteur, est un habile euphémisme de langage médical pour cacher aux profanes une très dure vérité.

Je ne peux finir cet article, déjà trop long, parce que si triste, sans citer une page qui confirme, par l'autorité de son auteur, ces consultations déjà, pour moi du moins, si probantes. L'auteur est M. Henri Joly, de l'Institut, et la page est empruntée à son ouvrage : (( L'enfance coupable )), p. 31 et 32. La voici :

(( La tare alcoolique apporte avec elle un double fléau, 1 ° une débilité irritable et 2° un appétit inné qui en est comme la conséquence.

"1° Avant tout, elle communique à l'organisme tout entier une sorte de débilité irritable, qui diminue singulièrement la force de résistance et empêche

l'éducation de la constituer suffisamment cohérente, donc suffisamment solide.

"2° En second lieu, tout le monde sait qu'un enfant d'alcoolique est beaucoup plus prédisposé qu'un autre à devenir alcoolique à son tour. Il a, de naissance, l'appétit de la boisson meurtrière, et il ne lui en faut qu'une petite quantité, de plus en plus faible, pour ressentir ces désordres que signalent nos aliénistes : instabilité, hallucination, impudeur, déraillement du jugement et du raisonnement.

Vient enfin l'inévitable conséquence, Vamour du cabaret, où rien ne gêne la passion prédominante. Or, là se nouent des liaisons et se contractent des habitudes qui ne laissent bientôt plus rien subsister ni de l'esprit de famille, ni de l'esprit professionnel, ni de l'esprit de saine et véritable société. ))

Une fois de plus, je puis conclure que l'alcool et toutes les boissons, distillées ou fermentées, quelle que soit l'étiquette de leur flacon récepteur, constituent pour l'individu, la famille et la société un danger, un véritable fléau,

plus pernicieux que les plus terribles fléaux anciens, la famine, la peste et la guerre car, suivant le mot fameux de Gladstone : « Plus que la famine et la peste, il décime ; plus que la guerre, il tue : il fait plus que tuer, il déshonore. ))

Et ceci se passe en pays civilisé, en plein XXe siècle . . (( Si nous entendions dire des Orientaux qu'ils boivent ordinairement d'une liqueur qui leur monte à la tête, leur fait perdre la raison et les fait vomir, nous dirions : quels barbares , )) écrivait jadis La Bruyère.

« L'homme civilisé lui-même, ne dédaigne pas de sacrifier son intelligence à l'oubli dégradant de ses maux. On voit le pauvre, le pauvre des grands peuples, se précipiter, non plus après le pain et les spectacles, comme au temps de l'Empire romain, mais à la porte ignoble où le lucre lui vend, au prix de ses sueurs, un instant de honteuse fascination. Tant l'homme a besoin de s'oublier, tant la raison lui est pesante, quand Dieu nen soutient pas dans son cœur le tragique fardeau.))

— L'alcool mène au crime, au suicide et à la folie.

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