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LA FÉE VERTE

L'absinthe ! Si on allait croire que je vais consacrer des lignes et des lignes à proscrire les infusions de la plante connue au Canada sous ce nom, ce serait une erreur. L'absinthe, la liqueur spiritueuse, le plus détestable de tous les alcools inventés pour nuire aux humains, est en train de franchir l'océan et de se répandre dans notre pays. C'est l'apéritif à la mode en certain milieu et ses effets peuvent quasi déjà se suivre à la trace. De tous les alcools, de tous les toxiques, de tous les poisons, c'est celui qui produit le plus rapidement et le plus irrémédiablement la plus totale hébétude.

Avec son titre alcoolique ({ui varie de 45 à 75%, l'absinthe est bien de tous les poisons liquides celui qui justifie le mieux ce que signifie son nom, si l'on tient compte de la racine grecque qui veut dire « non potable )), « imbuvable.» Ses effets sont tels que la Belgique et la Suisse en ont proscrit non seulement

l'usage et l'abus, mais la fabrication, l'importation et la vente, sous les peines les plus sévères. En Suisse le succès du référendum qui a amené, en 1908, cette salutaire législation est due en partie à l'action énergique des femmes.

Nous en reparlerons.

Qu'est-ce donc que l'absinthe ? Que mes lectrices me pardonnent de leur faire visiter une (( officine du diable )) et de les faire assister à la préparation industrielle des eaux-de-vie, qui devraient bien mieux s'appeler eauxde-mort. Dans ces laboratoires nous ne nous arrêterons pas à considérer les grandes cuves où fermentent les jus des fruits sucrés qui seront soumis à une forte température dans la bouilloire de l'alambic. Allons tout de suite au plus intéressant instrument de la fabrication des alcools et nous constaterons dans cet alambic^ chaudière terminée par un long tube enroulé, appelé serpentin, (tous les termes ont leurs leçons : celui-ci ne nous dit-il pas qu'il distille le venin ? ); on y place le jus sucré, du raisin, par exemple, puis on chauffe la chaudière. Des

vapeurs s'échappent du liquide et vont se refroidir dans le serpentin, qui est plongé dans l'eau froide, et tombent goutte à goutte dans un récipient. Les vapeurs ainsi condensées, c'est l'alcool. Les noms des alcools varient selon leur origine.

Le cognac, l'eau-de-vie, est l'alcool de vin.

Le gin, c'est l'alcool de baies de genévrier.

Le kirsch, c'est l'alcool de cerises.

Le rhum est l'alcool de résidu de cannes à sucre.

Le calvados provient du cidre et du poiré.

Les alcools dits industriels sont fabriqués avec toutes les matières qui contiennent de la fécule et de l'amidon. On transforme la fécule ou l'amidon en sucre, puis on change le sucre en alcool. On retire surtout l'alcool de la betterave, des pommes de terre, du grain, du bois même.

Le whiskey canadien se tire surtout du blé-d'Inde, du seigle, de l'orge.

Débarrassé de beaucoup de ses impuretés, il sert à fabriquer la plupart

des liqueurs alcooliques que Ton vend sous les noms divers.

Et l'absinthe ? Oui, j'y suis.

«Dans la distillation — j'emprunte au Dr Jacquet — il y a plusieurs phases. Viennent d'abord les alcools appelés (( les mauvais goûts de tête )), puis les moyens goûts, puis l'extra-fin de cœur (vous savez les marques XXX du (( brandy )), avec, en lettres d'or Extrafin ! c'est cela) ; et enfin les mauvais goûts de (( queue ». (Je vous l'avais bien dit, les noms sont instructifs; vous allez voir que les serpentins, comme les serpents, sont redoutables par la tête et par la queue.)

Les mauvais (( goûts de tête )) ou de « queue » sont des poisons violents, dont la consommation directe est impossible, à cause de leur goût exécrable. Mais rien ne se perd. On y fait mijoter des plantes aromatiques à goût prononcé, destinées à masquer l'âcreté de ces liquides et l'on obtient les vermouths, les hittersy et surtout l'absinthe {V imbuvable). Pour l'absinthe je précise : on y incorpore l'anis, la badiane, l'angélique, la mélisse, la menthe.

qui sont poisons stupéfiants , et aussi l'hysope, le fenouil, la petite et la grande absinthe, qui sont poisons convulsivants. On colore avec de la couperose ou du bleu de Prusse et, quand vous demandez une verte, on sert frais.

C'est la Fée Verte

« Ces plantes, d'aspect et de réputation honnêtes sont au nombre d'une quarantaine. Les extraits et essences distillés sont employés. Ils sont, les uns épileptisants, les autres convulsivants, il en est de stupéfiants. Incorporés à l'eau-de-vie, ils donnent les formes d'ivresse les plus dangereuses, tantôt avec de la dépression, de la torpeur et de Vhébétude, tantôt avec délire et crise épileptique.

Les liqueurs qui les renferment sont celles dont l'abus mène le plus sûrement à la folie irrémédiable )). ^^^

Il a fallu plus de dix ans de dénonciations énergiques et de luttes incessantes, à la Confédération Suisse, pour en arriver à proscrire la vente de ce poison

(1) Cf. « La lutte contre l'alcoolisme », 1908. Dr L. Viard et H. A. Vannier, pp. 106-107.

en ce pays; on en peut juger par les documents qui suivent.

(( L'absinthe, demandait en 1897, M.

Jules Regard, de Lausanne, Suisse, peut-elle être, non pas bonne, mais simplement non nocive ? ))

Voici la réponse du Dr Châtelain, bien connu et estimé en Suisse, comme écrivain d'abord, comme homme de science ensuite.

Saint-Biaise, 23 octobre, 1897.

Monsieur,

La réponse à la question que vous me faites l'honneur de me poser n'est pas pour moi douteuse. L'absinthe est la plus dangereuse de toutes les boissons alcooliques, et cela pour plusieurs raisons :

1 ° Elle est faite avec des alcools amyliques, huit fois plus toxiques que l'alcool de vin.

2° Outre l'alcool, les huiles essentielles de l'absinthe : anis, absinthe elle-même, etc., ont des effets désastreux sur le système nerveux. Il est

probable que les caractères spéciaux de l'absinthisme : crises convulsives, violence extrême de l'ivresse, etc., sont dus à ces huiles essentielles. On peut consulter à ce sujet les écrits du Dr Magnan et d'autres.

Enfin l'absinthe, il faut le reconnaître, a un très bon goût, qui séduit le buveur ; elle « rappelle », comme on dit ici. Je ne crois pas qu'il se fabrique des absinthes de qualités inférieures ; les frelatées sont, je crois, fabriquées dans le Midi de la France ; mais peu importe, pour moi, la meilleure absinthe est un poison.

Veuillez agréer, etc.,

Dr Châtelain,

Le Dr Forel, le directeur de l'asile d'aliénés de Burgholyli, près de Zurich, répond à la même question en deux mots et sans hésitation :

Zurich, 21 octobre, 1907.

Monsieur,

Deux mots seulement à la hâte.

Toute boisson alcoolique est un poison : donc toute absinthe, même la plus pure, en est un. Il n'y a pas d'absinthe saine, c'est une immense bourde. L'absinthe contient du reste, outre l'alcool, un autre élément vénéneux, qui est l'absinthe elle-même, et qui, d'après les recherches de Magnan et d'autres, provoque tout particulièrement des crises épileptiques.

Votre dévoué,

A. Forel.

Pendant quelques années, les ligues de tempérance travaillent à instruire le peuple : la vérité s'impose par l'expérience, par les faits les plus douloureux.

En 1905, en Belgique, plus de 2,300 médecins et pharmaciens signent une

recommandation de la prohibition de l'absinthe en ces termes :

« La liqueur d'absinthe est la forme sous laquelle l'alcool présente le plus de danger. Son usage menaçant de se répandre dans le pays, il y a lieu de proscrire par une loi la fabrication, l'importation et le débit de cette liqueur et de ses succédanés. »

Vers la même époque, le professeur Berthelot, en France, s'exprimait ainsi :

(( Je suis d'accord avec tous les physiologistes, hygiénistes, médecins, pour déclarer que l'absinthe est un poison destructeur de la santé et de l'intelligence des personnes qui en font usage.

Plusieurs Etats en ont interdit la vente ou sont en train de lé faire. Je pense qu'il en devrait être de même de toute nation qui a souci de sa propre conservation. ))

(( L'absinthisme chronique se manifeste d'abord par l'excitation et une bizarre disposition à se croire victime. Puis, le buveur devient irascible, brutal et rend la vie dure à sa femme et à ses

enfants. L'homme, même d'humeur ordinairement paisible, devient méchant ; il est atteint de tremblement nerveux et de vertige. Il lui arrive ensuite de perdre la mémoire et de vivre dans un état d'automatisme.

Les crises se rapprochent; il finit par l'asile d'aliénés, ou la prison s'il a commis un crime. )) (Dr F. Lombard).

C'est bien le cas de dire, avec le naturaliste Flourens qui, dès 1838, affirmait : (( L'homme qui boit de l'eau-de-vie ne meurt pas, mais il se tue. )) Qu'on me permette de compléter ou de rectifier la définition déjà donnée de l'alcool : l'absinthe, c'est de l'épilepsie, de l'hébétude et de la folie en bouteille.

U ahsinthisme est pire que l'alcoolisme.

L'abus de l'absinthe conduit fréquemment à des paralysies qu'on a nommées absinthiques. C'est un type auquel se rattachent les paralysies produites ])ar l'abus des liquides similaires, telles que les liqueurs à essences de menthe, d'anis, de coriandre, etc,

etc, anisette et eau de mélisse des Carmes

. . La forme aiguë, rare mais certaine, qui simule à s'y méprendre, la paralysie rapide ascendante, connue sous. le nom de paralysie de Landry, emporte rapidement le patient.

La forme chronique, à évolution lente, est seule modifiable et curable.

Mais il y faut un temps long et aussi, ce qui est plus difficile, le concours de la bonne volonté de son malade.

Cette déchéance mène à la démence, à la fureur, à la phtisie. Le plus grave est que les enfants des absinthistes sont prédisposés à la diminution cérébrale, à la folie, à l'épilepsie, à l'idiotie et à toutes les formes de la déc.adence corporelle et mentale.

Ce sont les descendants des absinthistes qui peuplent les asiles d'aliénés.

C'est l'absinthisme qui signe l'extinction des races les plus fortes. Dans la liqueur verte on boit sa fin et la fin de sa race. Avis à tous ceux qui tiennent à l'honneur de leur nom, à la conservation de leur lignée et aux mariages intelligents et sains de leurs enfants.

Que faire pour arrêter ce flot envahissant des buveurs de breuvages à essences ? Il y a à inspirer aux enfants l'horreur des alcools et de tous les apéritifs. La sévérité, la continuité de cette consigne, la réforme des mœurs, l'éducation sont les meilleurs moyens à employer. Il est grand temps qu'on s'y mette !

Ce danger de l'absinthisme, qui nous menace, déjà nous viendra de la France. C'est actuellement le pays où l'on fabrique le plus ce dangereux poison. En France, grâce aux bouilleurs de cru et fabricants d'alcools de toutes sortes, qui savent tirer parti de tous les jus sucrés et de toutes les plantes, il se fabrique par an plus d'absinthe que n'en produit le reste de l'univers. Il va sans dire qu'il s'en fait, sur place, un débit considérable. On boit, en France, par an, 30,000 hectolitres d'absinthe, soit environ 140,000 gallons (1907). C'est vrai qu'il y a quelques buvettes dans ce cher pays de nos aïeux : la bagatelle, en 1907, de 521,000, ce qui fait, pour 38 millions et demi d'habitants, un débit pour 72 habitants ; un débit par 17e

maison ! Ce n'est donc pas l'occasion qui manque. Aussi, l'auteur que j'ai cité constate-t-il avec stupeur que la France a un budget de dépenses alcooliques qui atteint la petite somme de 1,300,000,000 francs, une misère de $260,000,000. Après cela si la France se dépeuple, il n'y a guère à s'étonner.

La Belgique n'est pas mieux partagée sous ce rapport. Je signale cet état de chose ici, parce que je ne traiterai pas autrement le danger social de l'alcoolisme. Voici ce que dit de la Belgique le Dr de Vaucleroy, dans un discours prononcé le 7 juin, 1910, à Anvers :

« Le nombre des cabarets existants en Belgique, en 1909, s'élève à 211,617 dont 99,050 ne débitant que des boissons fermentées, et 112,567 débitant à la fois des boissons fermentées et des boissons distillées. La moyenne est de 1 débit par 34 habitants. Aucun pays du monde ne possède une moyenne aussi élevée.)) Heureux pays !

D'après une statistique un peu ancienne, puisqu'elle date de 1897, il y avait au Canada une buvette par 250 habitants ? Cette constatation est im-

portante, le nombre des débits augmente-t-il ou est-il en baisse? Car c'est un fait constaté partout : V alcoolisme augmente avec le nombre des buvettes.

C'est en constatant ce fait, jadis, que M. Paul de Cassagnac écrivit, dans son journal V Autorité^ 15 octobre 1897, un virulent article: « L'empoisonnement du peuple )), dont nous citons ce passage, qui est toujours d'actualité :

(( Comment voulez-vous qu'une race puisse résister à tous ces robinets qui lui versent le poison : l'alcool à l'homme, le vin falsifié à la femme, le lait gâté à l'enfant !

« Pendant ce temps-là, pendant que le peuple boit, souffre et meurt ; pendant que sont taries les sources même de la vitalité humaine, le gouvernement, insensible à l'agonie de la patrie, continue à faire ses budgets en propageant les poisons que vomissent à jets continus, les bouches d'égoût qu'on nomme les cabarets, et qu'on n'aura jamais le courage de surveiller, de limiter et de fermer.))

Pour me justifier d'avoir osé écrire ces études pour les dames, je note que

Taction des pouvoirs publics, en Belgique, fut nulle ou à peu près, pendant 20 ans et que l'admirable (( Ligue patriotique contre l'alcoolisme », dont le vaillant Dr de Vaucleroy est secrétaire général, en vint à rechercher un moyen plus efficace d'action. Alors on songea à l'enseignement antialcoolique dans les écoles. Là, le gouvernement intervint avec succès. M. le secrétaire général remarque : (( Il ne suffit pas de dire aux jeunes gens : (( Ne prenez pas d'alcool», il faut leur expliquer les* dangers de l'alcool, au point de vue de la santé, de l'individu, des intérêts de la famille et de l'avenir de la société.» Alors on intéressa les femmes à la lutte.

N'est-ce pas ce que nous avons essayé de faire, pour le bénéfice des enfants, en nous adressant à leurs mères ?

Les fruits de cet enseignement dirigé contre l'absinthe, dénoncée avec vigueur par tous les médecins, amenèrent en Belgique ce premier triomphe contre l'hydre de l'ivrognerie, et l'absinthe proscrite, c'est toujours une des têtes, et la plus dangereuse, d'abattue. Cet exemple donné par la Belgique a été suivi

par la Confédération Suisse, où les Ligues antialcooliques de femmes ont mené avec vigueur la campagne. Les catholiques suisses avaient, au Katolikentag de Fribourg, voté cette résolution :

«1° Considérant que d'après la déclaration de 2,500 médecins et pharmaciens belges (( la liqueur d'absinthe )) est la forme sous laquelle l'alcool présente le plus de dangers, puisqu'elle est un double poison, par l'alcool qu'elle contient et par les essences dont elle est composée;

« 2° Considérant qu'elle fait de l'homme un assassin féroce, de la femme une martyre, et de l'enfant un dégénéré;

((3 ° Considérant qu'elle ruine les forces religieuses, morales, intellectuelles et physiques de l'individu, désorganise la famille, constitue un danger permanent pour le public et menace notre patrie; Le Congrès des catholiques suisses prend la résolution de soutenir, de toutes ses forces, l'initiative contre l'absinthe.»

Conformément à cette décision, les évêques suisses, et l'association catholique populaire, ont lancé un vigoureux appel à appuyer l'initiative fédérale.

Déjà les cantons de Vaud et de Genève avaient pris l'initiative d'interdire l'absinthe. Une pétition recouverte de plus de 167,814 signatures a porté la question devant tout le peuple suisse qui, le 5 juillet 1908, a ratifié par 240,- 849 oui contre 143,431 non, l'interdiction de la vente de l'absinthe ou de toutes boissons contrefaites, sur tout le territoire de la Confédération. La loi, que le référendum populaire maintint, avait été votée, au Conseil National, le 7 avril 1908, par 83 voix contre 52. Ce qui s'est fait ailleurs peut se faire chez nous, et contre l'absinthe et contre la buvette, mais à une condition, c'est qu'on sache le danger, qu'on ait une conviction et — chez ceux qui sont investis d'un mandat public — qu'on sache rechercher d'abord l'intérêt général avant sa satisfaction personnelle.

Il est souverainement odieux, le législateur qui peut faire une réponse comme celle que j'ai entendue, un jour, à Ottawa, alors qu'on y discutait les clauses du traité de commerce avec la France.

Trois ou quatre députés et un journaliste causaient. Quelqu un demanda :

(( Est-ce que dans ce traité il y a une clause qui interdit l'importation de l'absinthe ?))...

— Le député, X alors, de dire, avec un ton suffisant : (( Sapristi, il n'en faut pas, on ne pourrait plus en boire, nous autres ! )) Connaissait-il un seul article de ce traité, qu'il a voté comme tout le reste, de confiance, après avoir fumé sa pipe et bu son petit coup ? Savait-il ce que c'est que l'absinthe ? Certes, pas autrement que pour y avoir cherché, après (( l'ivresse )) du tabac canadien, après (( l'ivresse )) de quelques lectures de romans légers — pour ne rien dire de plus — l'ivresse stupéfiante qui repose dans le sommeil béat, en son lit, ou le sommeil incommode, sur un siège de député. Ce sont ces endormis des hautes sphères qu'il faut réveiller à temps. Eh ! bien, que les mères éveillent l'intelligence de leurs enfants, il y en aura plus tard qui seront appelés à occuper des positions responsables dans la société ; qu'elles éveillent l'intelligence des enfants sur ce péril, sur ce danger ; qu'elles leur fassent concevoir

un profond mépris pour l'ivrognerie ; qu'elles leur inspirent une invincible horreur pour le poison sous toutes ses formes : cela, elles le peuvent et elles le doivent.

Au sujet du vote populaire des Cantons suisses, un publiciste faisait les remarques suivantes :

(( Si la défense de l'absinthe est une belle victoire à enregistrer pour l'honneur du peuple suisse, l'élément combatif de l'alcool par excellence reste toujours la femme et surtout la mère de famille. Quelle se fasse un devoir de ne jamais donner à ses enfants des boissons alcoolisées ; qu'elle rende le foyer agréable à son mari, qu'elle empêche ses filles d'épouser des alcooliques. Le mal doit être attaqué par la racine.

« Parents chrétiens, voulons-nous avoir une race forte, une famille unie, une patrie fière de ses sujets, élevons nous-mêmes notre descendance; qu'elle croisse comme un arbre vigoureux, alimenté par la sève de la tempérance et de la religion.)) Et nous disons: Amen !

Qu'on soit bien convaincu que le meilleur apéritif, c'est la tempérance et

le travail. Et que les vrais digestifs sont la sobriété, l'exercice et le grand air. Qu'on sache quels sont les maux des buveurs d'alcool ou des buveurs d'absinthe, qui renoncent, pour la satisfaction égoïste et malsaine, aux biens les plus précieux, à leur part du Paradis même, pour la joie de se créer, suivant le mot de Baudelaire, (( des paradis artificiels ».

Ils sont singulièrement peu enviables, les paradis artificiels des buveurs d'absinthe. Qu'on en juge par cette page que j'emprunte au Dr Legrain, si souvent cité. Cet auteur, de la plus haute compétence, est le médecin en chef des asiles d'aliénés de la Seine. Ses observations et ses travaux sont du plus grand poids. Voici ce qu'il dit des buveurs d'absinthe :

« L'histoire des buveurs d'absinthe est celle de l'épileptique. Si tous n'en arrivent pas à l'attaque convulsive complète, tous sont victimes des accidents vertigineux, s'accompagnant parfois d'une perte de connaissance complète.

(C'est bien là ce que l'ivrogne désire et

veut pour chasser tous ses maux par l'oubli.)

Combien d'absinthiques et d'alcooliques se croient indemnes, qui, s'ils regardent de près, éprouvent fréquemment des étourdissements, des tournoiements de tête, signes précurseurs du vertige complet, qui, lui-même, amène tôt ou tard l'épilepsie.

II est bon de rappeler que si le père n'est pas atteint, ses enfants n'y échappent guère.»

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