‹ La Lutte antialcooliqueChapitre 20 sur 32 · MAUX DES BUVEURS ET ATAVISME · texte numérisé non relu

MAUX DES BUVEURS ET ATAVISME

Voici quelques citations qui confirment la thèse du savant aliéniste. La première citation est de M. L. Frank.

(( Les travaux et les recherches des savants contemporains ont démontré l'hérédité de l'alcoolisme. Les statistiques du Dr Morel, le célèbre aliéniste français, permettent d'établir comme suit, au point de vue de l'hérédité, les descendances probables des alcooliques:

(( Première génération : alcoolisme se traduisant dans la seconde génération soit par la manie, soit par la paralysie

générale ; dans la troisième génération par le suicide, l'épilepsie, l'homicide, la criminalité, et enfin, dans la quatrième génération, par l'idiotie, la stupidité, la déchéance complète et l'extinction de la race. En ce qui concerne les alcooliques progressifs, la famille ne dépasse pas la troisième génération. Les conséquences de l'alcoolisme chronique sont vraiment effrayantes, surtout au point de vue cérébral.»

D'après Lunier, on peut évaluer à plus de 50% le nombre des insuffisants moraux et intellectuels dont les parents sont alcooliques. Les enfants de l'ivrogne sont des dégénérés arrêtés dans leur développement, où chez qui la cause la plus futile suffit à déterminer un arrêt de développement cérébral. Les uns, imbéciles ou idiots, apportent en naissant le germe d'une dégénérescence complète ; il en est de mieux partagés, qui ne s'arrêtent dans leur développement qu'à un certain âge ; d'autres se caractérisent par des troubles divers :

ce sont des maniaques, des dépressifs, des individus atteints de sénilité précoce ; d'autres enfin héritent de leurs

parents, la dipsomanie, ou l'alcoolisme impulsif, se manifestant par une prédisposition intense et irrésistible à abuser des liqueurs fortes. Cette dernière classe de dégénérés comprend ceux que Lasègue a si bien appelés (( les alcoolisables ».

En dehors de ces désordres nettement définis de la constitution cérébrale, l'alcoolisme vient donner l'explication d'une série de perversions morales et intellectuelles dont l'existence ne saurait se comprendre en dehors des conditions d'hérédité : l'indécision, la paresse, le vagabondage, l'impossibilité de se fixer quelque part, les appétences ébrieuses, vénériennes et autres en sont les caractères principaux.»

Le Dr W. H. Riiez : « J'ai vu un très grand nombre de cas de paralysie causée par l'alcool chez ceux qui ne s'étaient jamais enivrés. L'homme n'a pas besoin de s'enivrer pour détruire et détrôner sa raison et voir le stimulant néfaste faire son œuvre de mort.»

Un seul principe, une seule analogie embrassent tout le traité des effets de l'alcool sur le cerveau :

(( U alcoolique est victime de la sénilité précoce (vieillesse) d'esprit et de corps.)) — Dr Magnan.

« Les symptômes de l'alcoolisme et du (( vieil âge )) sont tout à fait semblables.»— A. -A. Hamilton. ^^^

Si tout ceci est vrai de l'alcoolisme en général, à plus forte raison s'appliquet-il à l'absinthisme, puisque de tous les alcools, l'absinthe est le plus dangereux.

Qu'on veuille bien se souvenir de la 2ème conclusion admise par le Dr Bertillon, que nous avons cité :

II — « L'absinthisme des parents semble engendrer directement et d'une façon à peu près fatale l'épilepsie chez les enfants.))

« Mais ce n'est pas tout, ajoute le Dr Legrain. Le buveur d'absinthe perd, sous l'influence du vertige, non seulement la direction de lui-même, mais la conscience de lui-même. Avec une soudaineté inouïe, le délire surgit, l'hallucination efi^rayante guide la main, et le

(1) Cf. Cutten, The Neurotic Indications of Pre-senility, p. 54.

crime s'accomplit avec une sauvagerie dont le malheureux ne peut même pas rougir, car il s'endormira calme tout à l'heure, et à son réveil il n'aura plus le pouvoir de rendre compte d'un acte qu'il pourra sincèrement nier, car il l'aura accompli dans un cauchemar oublié.))

C'est bien l'inconscience, fruit d'une longue habitude de l'ivrognerie, que signalait déjà S. Jean Chrysostôme, quand il disait de l'ivresse: « Elle répand une profonde obscurité sur l'âme, elle ôte l'usage même de la raison et obscurcit le regard pénétrant de l'intelligence)).

Et n'est-ce pas le cas de se souvenir de cette parole du Dr Pichon : (( Dans le coin de tout cerveau dort la folie, le tout est de ne pas la réveiller ? ))

Si par l'alcool on endort la raison, si on (( tue )) la conscience, il y a toute chance par là même de réveiller la bête et de débrider ses instincts criminels.

L'absinthe est la grande pourvoyeuse des bagnes et des asiles en certains pays; en attendant sa venue, il faut dire que le whiskey accomplit assez bien, trop bien

même, cette tâche en notre pays. Il faut faire en sorte de lui conserver ce monopole « honorable ? )), en nous efforçant d'en restreindre de plus en plus les effets, pour le bonheur de nos familles et la i)rospérité de notre pays.

— Le buveur est mauvais fils, mauvais époux, mauvais père.

— L'homme qui s'abandonne à l'ivrognerie, s'avilit et abdique sa dignité.

Il n'a même plus pour se guider l'instinct inné, qui conduit l'animal. Il est en dessous de la brute.

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