‹ La Lutte antialcooliqueChapitre 23 sur 32 · C.-A. MAROIS, V. G · texte numérisé non relu

C.-A. MAROIS, V. G

Adm.

On le comprendra, ce fut une révélation pour ces braves gens. Mais le bon sens leur fit envisager la question sous son véritable jour, et en leur faisant connaître la cause de tant de maux, leur fit prendre le parti de la supprimer. Un homme heureux, ce jour-là, ce fut le médecin : un brave chrétien de nom et de fait, un vrai patriote.

Peu importe par quel moyen on s'alcoolise, par l'usage du whiskey, du gin, ou des liqueurs et des vins, si le résultat estje^même. Quiconque voudra éviter

le péril doit d'abord être convaincu que (( l'alcoolisme est l'empoisonnement lent mais permanent de l'organisme, produit par l'usage habituel, quotidien d'une quantité relativement faible d'alcool)>.

— (Galtier-Boissière).

Armée de cette conviction, la femme pourra préserver son foyer du danger de 1 alcool insidieux, et battre en brèche tous les efforts du préjugé, sous quelque terme qu il se présente. Si donc elle se garde de tomber dans l'erreur qui fait tant de victimes malheureuses, parce qu'elles ont cru pouvoir user d'alcool comme stimulant, elle aura, par son abstinence, plus fait pour la cause de la tempérance que tous les plus zélés missionnaires. Prévenir ici est plus facile que guérir. Si elle se garde ellemême de pactiser avec son plus terrible ennemi et si elle s'efforce de le connaître, elle sera en mesure d'exercer la plus salutaire influence sur ses enfants. Car elle pourra, à l'occasion, démontrer qu'elles sont parfaitement fausses, ces raisons de boire qui engendrent le vice, savoir :

1 ° que l'alcool est une source d'énergie ;

2° que l'alcool est une source de jouissance.

De là, elle prendra occasion de cultiver les âmes que Dieu lui confie en faisant :

1 ° L'éducation de la volonté, et en développant l'instinct de conservation et d'initiative individuelle ;

2° La culture de l'idée religieuse, de la vertu de tempérance et de sobriété, voire même de l'idée de sacrifice ;

3° En développant l'amour du foyer et l'idée de responsabilité personnelle et de solidarité familiale. Tout cela, chez ses enfants, bénéficiera de l'incomparable enseignement de l'exemple.

Au sein de la famille, pas plus qu'à l'école d'ailleurs, la lutte par l'enseignement ne doit viser à être une science qu'on communique, mais, surtout et avant tout, ce doit être l'enseignement de principes certains qui font naître la conviction, et cela au même titre et par les mêmes moyens que ceux que l'on emploie pour enseigner l'honnêteté et

les autres vertus civiques. C'est le rôle de l'éducation.

Ce rôle de la mère, apprécié comme il le mérite, est, certes, le plus sûr moyen de lutter contre l'ennemi social et « on ne saurait trop se pénétrer de cette idée, que la lutte contre l'alcoolisme est avant tout une affaire d'initiative privée et que, seule l'action énergique, persévérante, combinée, des simples citoyens peut avoir raison du mal qui nous dévore ». Plus que les simples citoyens, les mères possèdent une influence puissante et elles ont, par leur devoir d'état, obligation d'user de tous les moyens pour une lutte salutaire. Si dans la lutte publique, on doit tenir compte d'une foule de considérations de lieu, de préjugé, de circonstance et d'influence, afin de choisir le meilleur moyen d'action eflScace, suivant cette recommandation d'un auteur : « L'action doit être, en chaque lieu, adaptée aux conditions locales, aux chances de succès, au tempérament, non seulement de ceux qui ont à subir le remède, mais encore de ceux qui ont à l'appliquer )), il n'en

est pas ainsi dans la famille, habituellement, et la mère y peut être souveraine éducatrice de ses enfants. Elle peut et doit les préserver, hélas ! même contre le danger des mauvais exemples du père. Et il n'est pas rare qu'elle sache inspirer l'horreur du vice, alors qu'elle et ses enfants ont tant à souffrir de l'inconduite d'un père indigne. Il y a des exemples nombreux et célèbres de ce fait, tout à l'honneur des mères.

Dans la lutte, la femme doit apporter tout son dévouement à son foyer, travail, ordre, ponctualité, déférence. Il faudrait qu'aucune ne se^rende digne du mot du Dr Toulouse :

(( L'alcoolisme résulte presque toujours d'une épouse mauvaise femme de ménage, partant d'un foyer détestable. )) Si elle ne vit que pour elle-même et pour la satisfaction égoïste de sa vanité, ou si elle laisse tout en désordre dans sa maison, évidemment l'homme qui revient harassé du labeur quotidien, ne trouvant ni repas appétissant, ni plaisir dans la conversation de la femme, à qui il n'aura que des reproches à adresser, se dégoûtera de son foyer

et il sera tenté de le déserter. Qu'elle ait de l'ordre, de l'économie, de la prévenance pour son mari, et qu'elle sache rendre son foyer agréable, par mille et une industries ; qu'elle sache y garder l'amour, par le dévouement jusqu'au sacrifice de ses préférences et de ses désirs. Qu'elle ne rêve pour son bonheur, si Dieu ne lui a pas donné les îacilités du luxe, qu'un honnête confort et surtout et avant tout que le bonheur (( de posséder un grand cœur dans une petite maison».

Si, jeune fille, elle a été prudente dans son choix, épouse, elle n'a rien à craindre, si elle est aimante, fidèle et pieuse. Dans la lutte, elle peut et doit s'efforcer de préserver son mari des occasions et de le gagner à la tempérance par la persuasion douce et affectueuse. Aux victimes qui ont été trompées ou qui ont espéré ce prodige de la « conversion )) d'un buveur, sur la foi des promesses, faites dans les jours de la jeunesse et acceptées trop facilement, dans l'aveuglement de l'amour, je dirai : Silence et prière ! Rien ne vaut mieux que de gémir en

secret devant Dieu, en gardant Tespoir qu'un jour, le Seigneur acceptera toutes ces larmes secrètes, tous ces sacrifices et toutes ces immolations, en échange de l'âme qu'il sauvera peutêtre au prix de cette expiation. Devant l'irrémédiable d'un sort malheureux, la foi et la certitude qu'elle donne en l'eflîcace de la prière, peuvent mettre au cœur l'espoir qui soutient et qui donne de boire courageusement jusqu'à la lie le calice d'amertume. Mieux aurait valu convertir avant le mariage. (^>

Enfin, la femme possède le grand moyen d'influence : l'Amour. Qu'elle conçoive bien que l'amour est « le don de soi jusqu'au sacrifice )), et qu'elle sache, en se dévouant, faire respecter ses droits et réclamer, à l'occasion, la mise en pratique de la nécessité des sacrifices volontaires pour la sauvegarde des intérêts communs et la préservation des enfants.

Si l'on se reporte à l'article oîi nous avons signalé les effets de l'alcoolisme

(1) Lire à ce sujet : « Par la lutte et par l'amour ». — R. P. Hugolin, O. F. M.

du père transmettant aux enfants les tares héréditaires, on comprendra facilement notre pensée. L'homme qui s'enivre, aimant mieux sa satisfaction égoïste et dégradante que sa dignité et son devoir, tant que persiste son ébriété, parce qu'il s'est fait le « fiancé )) de dame bouteille, ne doit s'attendre à être traité que comme un vulgaire adultère. L'homme raisonnable abdique ses droits quand il se dépuoille volontairement de sa raison. Malheur au foyer que peuple l'ivrogne, dit la science médicale. Qu'on n'aille pas s'en prendre au bon Dieu et dire :

Dieu m'a puni dans mes enfants.

Seule la nature a suivi ses lois. On a empoisonné la source de la vie, il en sort, pour le châtiment du vice, une génération avariée : c'est justice. Et c'est devant ces parias, victimes inconscientes, livrées à toutes les infamies de l'existence, abrutis, immoraux, insensés, épileptiques, qu'on pourrait redire le mot de Diogène à un enfant stupide et idiot : « Jeune homme, ton père était bien ivre quand ta mère

t'a conçu ». Eh! bien, la mère a le droit et le devoir que cela ne soit 'pas.

Quelle sérieuse affaire que celle du choix d'un mari, et combien légèrement on la traite! Vanité et légèreté, et l'on va, sans songer à l'avenir, engager le bonheur de sa vie et l'honneur de son foyer, contre toutes les lois de la plus élémentaire prudence. Le miroitement de la richesse, l'attrait de la mine, les dehors de la séduction, font oublier les vices de l'âme et les tares héréditaires.

Ici, malheureusement, les parents n'apportent pas toujours assez de surveillance, dès les premières relations de leurs enfants. Ils attendent pour conseiller, avertir, défendre, que (( l'aveuglement de l'amour )) ait fermé les yeux de la jeune fille imprudente. Ou bien on s'informe avec insistance des (( moyens )) du futur, sans s'inquiéter le moins du monde de ses habitudes.

Je serais taxé d'exagération si j'affirmais la nécessité d'exiger un certificat de santé, qu'on demanderait signé par un médecin consciencieux.

Qu'on se souvienne donc du proverbe : Si jeunesse savait ! car le mariage est un état où l'on entre sans noviciat. Si c'est (( un choix libre, inspiré par l'amour )), il importe de conseiller, d'avertir, afin que le choix ne tombe que sur un sujet digne d'amour, de respect et de dévouement.

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