‹ La Lutte antialcooliqueChapitre 4 sur 32 · BOISSONS — POISONS · texte numérisé non relu

BOISSONS — POISONS

Ce matin-là, juillet avait secoué sur les champs sa brise tiède et parfumée.

De bonne heure, l'abeille avait quitté sa

ruche pour s'en aller butiner. Les chants joyeux montaient des buissons et des haies où la fraîche verdure cachait les nids. . . Des cris d'enfants, des appels où sonnaient claires des voix de jeunes filles. Une charmante petite troupe quittait la jolie maisonnette blanche sertie d'une haie d'aubépine, du côté de la route, et ombragée d'un vieil orme séculaire qui, au-dessus du toît même, balançait, solennel, ses grandes et puissantes branches . . .

Deux femmes jeunes, au teint un peu pâle, la tête coiffée de grands chapeaux de paille, causent avec animation, inspectant les petits paniers qu'elles portent au bras. Une fillette, vive et rieuse, babille, dans un langage plein de naïve tendresse, avec un bel enfant qui la tient par la main. C'est son neveu, il a six ans et il voit pour la première fois la campagne. Maman et tantes le mènent (( aux fraises »... Monsieur fera la dînette (( au bois )). Monsieur va pouvoir courir tout à loisir sur le « gazon )), à travers les (( champs )) ; jouer sans contrainte ; voir gambader les petits agneaux, visiter les nids et cueillir

toutes les fleurs. . . Quelle journée ! Saurait-on rien lui refuser, au cher petit ?

Du seuil de la maison, la grand'maman regarde partir ses enfants et son petit-fils, dont elle est très fière.

— (( Surtout, Jeanne, prends bien garde qu'il ne prenne « l'herbe à la puce )) ni le (( réveil-matin )), et, au petit bois, qu'il ne mange « du poison »...

« Ces petits de la ville, se dit-elle à part soi, ça ne connaît pas les herbes mauvaises.))

Brave grand'maman, va, sois sans crainte, Jeanne que tu as instruite, et qui sait, pour en avoir fait l'expérience douloureureuse, veillera sur son amour de petit neveu. Assumant à la lettre son rôle de petite mère, quelle vigilante attention elle apportera à sa tâche.

« — Viens ici, vois-tu là, c'est de (( l'herbe à la puce )) . . .

« — Qu'est-ce, tante, que ça de l'herbe à la puce ?

(( — C'est plus méchant que de l'ortie qui pique. C'est un vilain poison caché sous ces feuilles rouges et dans ces petites fleurs blanches, un poison

qui donne la fièvre, des démangeaisons affreuses, et des plaies . . . ))

Viens.))

Et la mère insiste : « C'est quasi méchant comme la rougeole.))

Au petit bois, l'enfant appelle :

« — Viens voir, tante, de belles grosses cerises rouges, dans un petit arbre tout petit.

« — Ne touche pas, ne touche pas, c'est du poison ! ))

A tort ou à raison, je ne sais pas, on a peur de certaines grappes d'un rouge très vif qu'on appelle dans les campagnes du nom de « poison )) et pas un enfant qui n'ait la certitude qu'en manger, c'est s'exposer à mourir.

Qui a donné, de bonne heure, à l'enfant qui vit aux champs, ces notions sur les plantes malfaisantes et les herbes dangereuses ? Qui lui a donné la crainte salutaire qui le garde de l'attirance des fruits à mine savoureuse ? Les parents. Et l'enfant apprend de bonne heure à distinguer ce qui est bon de ce qui est dangereux ; à craindre (( l'herbe à la puce )), le « réveil-matin )), le bois de plomb )), (( la

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