ROSE
Les hygiénistes ont heureusement insisté sur la grande cause du mauvais état des indigènes : la sous-alimentation. C’est elle qui, en temps d’épidémie, provoque chez l'adulte et chez l'enfant les très grosses mortalités enregistrées en ces périodes.
À l'ordinaire, l'adulte mange peu : quelques légumes, quelques fruits, un peu de semoule surtout lui suffisent pourvu qu’il puisse boire son thé habituel (1).
Cette sobriété n’est le plus souvent qu’une marque d’impécuniosité et lors des années de pauvreté elle tourne facilement à la famine. La misère physiologique devient alors telle qu’en temps d’épidémie palustre, par exemple, la quinine devient inefficace et s’avère même toxique : certains meurent à la première injection (H. Gaillard). C’est pourquoi, lors de l’épidémie si grave de 1932, M. Villain créa des lazarets antipaludiques de campagne. Hospitalisé, le malade y subissait une cure de revitalisation : une alimentation confortable jouait là le rôle de véritable médicament vérifiant le proverbe toscan : « Le remède du paludisme est dans la marmite ».
L'enfant plus encore que l'adulte, souffre de cette hypo-alimentation. Elevés au petit bonheur, les nourrissons sont mal allaités, les enfants, peu ou mal nourris et malgré les efforts de l'Hygiène Sociale la mortalité infantile atteint encore des chiffres importants.
Telle est dans l’ensemble la qualité du réservoir de virus tunisien, le terrain sur lequel se développe l’affection palustre. Les difficultés dans une œuvre de prophylaxie sont donc énormes pour le médecin. La misère
Repos
physiologique, entretenue par le paupérisme et les disettes, l’oblige à une œuvre d’assistance; les fluctuations de la population, son errance continuelle et sa dissémination étendent son effort sur une surface considérable et rendent sa surveillance très ardue. Enfin, une mentalité spéciale, un peu rétrograde, loin de faciliter la tâche, fait de l’œuvre d'hygiène une longue patience.
Facteurs secondaires
Les facteurs secondaires ne sont pas plus négligeables que les facteurs essentiels. Ce sont eux, qui impriment une allure spéciale au paludisme, règlent l'évolution et l'entretien de l’endémie, sa répartition. Ils font, qu’en Tunisie, cette affection n’est plus la même qu’en Algérie, en Corse ou en Italie.
À vrai dire, n'étaient les besoins d’une classification en quelque sorte numérique, ces facteurs « secondaires » s’avèrent bien les plus importants. Si, en effet, la géographie prise au sens large du terme, règle la densité anophélienne, nous verrons souvent au cours de ce chapitre, combien les éléments climatiques en particulier peuvent influencer directement ou non l’état de plus ou moins grande résistance des individus, autrement dit, d'augmenter ou de diminuer chez eux les moyens de défense du terrain. Cette notion si particulière du terrain ne semble-t-elle pas jouer un rôle de plus en plus
(1) Le thé est le grand dérivatif de l’indigène, qui en fait une très large .consommation. Acre, subissant plusieurs infusions, car il coûte cher, il provoque une véritable intoxication. L’arabe préfère se passer d'un repas plutôt que d'abandonner sa boisson favorite,