ORGANISATION MATÉRIELLE DE LA LUTTE ANTIPALUDIQUE
La lutte antipaludique occupe : 3 médecins inspecteurs, 44 médecins de colonisation environ, les médecins des territoires militaires, un nombreux personnel infirmier. À sa tête, avant la formation du Service de la Santé Publique, M. Villain faisait en quelque sorte figure de Chef de Service.
Les médecins inspecteurs. — Anciens médecins de colonisation, ces trois médecins ont leur siège à Tunis. À chacun d'eux, est dévolu un secteur : Nord-Sud, Nord-
Ouest, Nord-Est (primitivement la division se faisait en: Nord, Centre-Est, Centre-Ouest}). Ces trois secteurs comprennent toute la région située au nord des Chotts. Le Sud et l’Extrême-Sud, à paludisme moins intense, étaient du ressort de M. Villain.
Le médecin inspecteur enquête sur les causes, coordonne les efforts, contrôle les effets. Il est en principe chargé de :
— établir chaque année le programme de lutte, en plein accord avec les médecins locaux;
— prévoir et adresser le personnel quinisateur ou délarvisateur à envoyer sur place;
— contrôler autant que possible la réalité de la quinisation, de concert avec son confrère local;
— procéder aux enquêtes spécialisées nécessaires à l'établissement de la carte du paludisme tunisien (index saisonnier, étude des circonstances locales épidémiologiques, etc.) ; |
— effectuer les liaisons utiles entre les trois directions générales (Intérieur, Agriculture et Travaux Publics) d’une part et d’autre part les collectivités intéressées (colons, municipalités), ainsi que les autorités et exécutants locaux. e
Leurs attributions s'étendent en outre, aux autres questions d'hygiène générale.
Médecins de colonisation. — Outre les soins à donner aux malades, ils s’occupent autant que possible de l’épidémiologie locale et du petit assainissement. Un crédit spécial est affecté à des tournées uniquement consacrées au paludisme. Ils contrôlent le fonctionnement des la-
zarets antipaludiques de leur circonseription. Ils appliquent sinon en thérapeutique, du moins dans tout ce qui a trait à l’épidémiologie, la méthode standard proposée par M. Villain dans ses « Instructions aux médecins de colonisation sur la lutte antipaludique ». Chaque année, ils rédigent un rapport de campagne antipaludique sur les deux fascicules qui leur sont régulièrement envoyés.
Infirmiers. — C’est le personnel actif de la lutte antipaludique. Chaque circonscription médicale est divisée en secteurs plus ou moins nombreux suivant son étendue. À chaque secteur, est dévolu un infirmier. L’ensemble de ces secteurs forme un vaste réseau de surveillance, de dépistage, de traitement. L’infirmier est toujours secondé par un délarvisateur.
Dans son secteur, l’infirmier est Chargé :
1° de parcourir, suivant un programme et un rythme déterminé à l'avance, son secteur de travail. Il en visite toutes les agglomérations, tous les douars;
2° de traiter, d’après les indications du médecin, les malades reconnus, de dépister les porteurs de germes et de grosse rate, de pratiquer la prophylaxie médicamenteuse, lorsqu'elle est inscrite à son programme;
3° de s’eflorcer de dépister, par la même occasion, les endémies ou épidémies autres que le paludisme (typhus, variole, etc...) ;
4° de repérer les gîtes larvaires, les traiter ou les faire traiter par son délarvisateur (larvicides, gambusias, etc...) :
5° de rendre compte de l’accomplissement de sa tâche,
Ca
(bulletin de travail quotidien) ; 6° de présenter aux notabilités et colons, lors de leur passage, un carnet à émargement (carnet de contrôle) : 7° de tenir exactement la liste nominative des malades traités, avec indication des médicaments et des doses (carnet de quinisation).
Exemple d'une tournée itinérante
d'infirmier quinisateur
Cette carte schématique représente la circonscription médicale de Teboursouk. Cette circonscription a été divi-
sée en 4 secteurs de quinisation.
Chaque secteur comprend un poste d’infirmiers : Thibar, Hammam Birada, Le Krib, Khalled.
De ce poste part une tournée itinérante composée de telle sorte que le secteur en une semaine est entièrement
visité par l’infirmier du poste.
Exemple : Le Krib :
À vos TeboursouK
Tableau de la tournée itinérante de l'infirmier quinisateur du Krib
Lundi : le parcours est à peu près de 9 km. dans un sens. SUD personnes sont vues environ.
Mardi : leparcours est à peu près de 6 km. dans un sens. 300 personnes sont vues environ,
Mercredi : le parcours est à peu près de 10 km. dans un sens. 300 personnes sont vues environ.
Jeudi : le parcours est à peu près de 11 km. à travers une région difficile. 230 personnes sont vues environ.
Vendredi : le parcours est à peu près de 10 km. dans un sens. 400 personnes sont vues environ.
Samedi : le parcours est à peu près de 10 km. dans un sens. 400 personnes sont vues environ.
Ces parcours s’effectuent à cheval ou à âne.
Le recrutement des infirmiers se fait sur place ou par le Service d'Hygiène. Ils sont tous munis du certificat d’études et parlent français, quelques-uns d’ailleurs sont Français. Dans le premier cas, l’infirmier est formé et dressé par le médecin de colonisation; dans tous les cas. ils doivent suivre un cours annuel tant pratique que théorique sur le paludisme. Ce cours est fait par des médecins inspecteurs.
Les infirmiers quinisateurs siègent dans leur secteur dès la fin mars jusqu’à la fin décembre, c’est-à-dire toute la période paludique. En période non-paludique, ils sont licenciés, ce qui leur permet d’assister aux cours qui leurs sont destinés, et qui ont lieu en janvier ou février.
Auxiliaires médicaux. — Des auxiliaires médicaux sont à la disposition des médecins, soit d’une façon permanente, soit d’une façon temporaire, détachés en ce cas de la formation hospitalière à laquelle ils appartiennent. Ils aident le plus souvent à l'établissement des index paludiques et de la carte du paludisme; en temps d'épidémie, ils peuvent être appelés à prendre ure part plus active à la lutte.
Ces auxiliaires datent de 1903 : le Docteur Brunswic Le Bihan eut à cette époque l’idée de recruter quelques jeunes arabes, munis d'instruction élémentaire et capables de parler et d'écrire le français. Des cours nécessaires à leur instruction technique et pratique furent organisés et il se constitua ainsi un noyau d'excellents infirmiers qui prirent le nom d’auxiliaires médicaux. A l'heure actuelle, ces cours n’existent plus et il n’est pas dans les intentions de la Santé Publique de continuer à former de tels auxiliaires; ceux qu’elle emploie constituent les derniers éléments instruits après guerre.
Lazarets antipaludiques. — En 1932, des lazarets antipaludiques furent créés par M. Villain, grâce à l’initiative de M. René Thierry, Secrétaire Général du Gouvernement Tunisien. Ces lazarets étaient destinés à hospitaliser les paludéens graves impossibles à traiter à domicile et trop éloignés d’un centre hospitalier. Ils sont de deux sortes
a) des lazarets fixes, b) des lazarets semi-mobiles.
Ils sont destinés surtout à combattre la misère physiologique; les malades y sont admis pour un séjour de deux ou trois semaines pendant lesquelles bien nourris, revitalisés, ils sont plus à même de supporter un traitement énergique. Une fois blanchis et remis sur pied, les malades quittant le lazaret sont soumis pendant quelque temps encore à la surveillance de l’infirmier quinisateur.
A l'heure actuelle, un seul lazaret fixe existe à Enfidaville, quant aux lazarets semi-mobiles, en nombre
variable ils existent et voyagent suivant les besoins de la cause (épidémie).
Chaque lazaret comprend, comme personnel : 1 infirmier, auxiliaire médical le plus souvent, et le médecin de colonisation de la circonscription
Matériel. — Dans les garages et magasins des services de l'Hygiène publique se trouve un matériel complet de lutte antipaludique : médicaments, larvicides, appa- à reils à délarvisation, etc., etc, des tentes, des baraques démontables (lazarets semi-mobiles), avec tout. le matériel nécessaire à l’hospitalisation, enfin des camions et des camionnettes. A Tunis, à Sousse et à Sfax, on trouve ainsi des moyens de lutte très complets.
Laboratoires. — Des laboratoires sont à la disposition des médecins, des auxiliaires médicaux et des infirmiers :
1° Laboratoire de l’Institut Pasteur de Tunis, consacré à l’hématologie et à la parasitologie palustre.
2° Laboratoires volants répartis suivant les circonstances soit dans les lazarets, soit dans les infirmeries dispensaires ou même dans des installations de fortune.
83° Laboratoire d’entomologie médicale de l'Institut Pasteur de Tunis, que dirige M. Wassilieff.
Les lames de sang destinées à l’établissement des index palustres ou du diagnostic de cette affection, sont envoyées à un de ces laboratoires. |
Organisation budgétaire. — Tous les frais de la lutte antipaludique sont supportés par la Direction de l’'Hygiène.
En dehors de la quinine d'Etat directement cédée aux bureaux de tabac par l'Administration Centrale, en de-
hors des médicaments antipalustres distribués dans les hôpitaux et les dispensaires ne dépendant pas de l’Hygiène Publique, les dépenses en médicaments, en personnel infirmier et une certaine partie du personnel médical, ainsi que celles du petit et du grand assainissement sont portées sur le budget de l’Hygiène Publique.
CREDITS EMPLOYES A LA LUTTE CONTRE LE PALUDISME Budget général Achat de quinine, personnel.
MODE EN MES LE Se EP 186.172 07 L'ODRE SÉRIE CNET ARE 300.000 »