SOINS AUX PALUDÉENS
Les soins aux paludéens furent très réduits au début de la lutte antipaludique en Tunisie. Dans le bled, là où leur besoin se faisait sentir, il n’y avait ni médecin, ni infirmier et les quelques formations sanitaires existantes étaient l’apanage des grands centres. Il ne faut pas oublier, en effet, que la médecine rurale n’existe que depuis 1910 (création des médecins de colonisation). Par ailleurs, la quinine était chère à cette époque (0,60-0,70 dans certaines pharmacies) et la plupart des paludéens préféraient s’en passer. Un des premiers soins du Service Antipaludique de l’Institut Pasteur de Tunis fut, en conséquence, de mettre le précieux médicament à la portée de tous. S’efforçant de réunir quelques crédits, il organisa des distributions gratuites. Faisant pression sur le gouvernement tunisien, il obtint en 1908, l'arrêté qui autorisait, comme en Algérie, la vente au prix de revient de dragées de quinine dans les bureaux de tabac.
Les distributions gratuites se faisaient par l’intermédiaire de tous ceux qui étaient susceptibles de toucher les paludéens indigents : médecins, colons, notables, contrôleurs civils, instituteurs, garde-forestiers, douaniers, gendarmes, et agents de police furent les premiers
quinisateurs. À
Malheureusement, les crédits encore maigres ne permettaient que de petites distributions (2.000 comprimés à 0,25 gr. en 1909 et 1910) ; l’inexpérience des distribu-
teurs bénévoles provoquait parfois un certain gaspillage et surtout, la répartition du médicament était mal faite: il arrivait souvent qu’une région en pleine épidéme fût totalement dépourvue. Ce désordre était inévitable faute de personnel et du fait de l’incompétence de certaines administrations; en 1922, par exemple, des circulaires résidentielles prescrivaient la quinisation systématique et journalière des régions les plus impaludées sans tenir compte que les provisions disponibles étaient à peine suffisantes pour quiniser un millier d’individus.
D’autre part, le seul médecin attaché à la lutte antipaludique ne pouvait évidemment suffire : il n’y a pas si longtemps, les déplacements dans la Régence n'étaient possibles qu’à cheval. Cependant le docteur Comte ne cessant de se dévouer, étendant son action hors des centres de colonisation, organisait la prophylaxie de quüelques chantiers et se déplaçait au moindre appel, lorsqu'une épidémie était signalée. Il put ainsi faire les premiers essais d'injection de quinine chez les indigènes qui, au début, considéraient avec méfiance ces méthodes nouvelles pour eux. En 1923, à El Hamma de Gabès, alors privé de tout service médical régulier, une forte épidémie palustre avait éclaté : il fit là plus de 4.000 injections de quinine en deux mois, administrant par la même occasion, purges, vomitifs et autres médicaments nécessaires à l’état des malades; s’efforçant de pallier à la sous-alimentation des nourrissons, il fit distribuer un nombre important de boîtes de lait condensé; le principe de la revitalisation qui devait mener
plus tard à la création des lazarets antipaludiques était ainsi appliqué.
Une seconde expérience du même genre, en 1927, lui permit, en montrant les résultats acquis, d'obtenir la création d'un corps de quinisateurs appointés. Cette mesure était absolument nécessaire : les paludéens, jusqu'alors, n'avaient pas toujours recu une thérapeutique suffisante faute de personnel averti. La quinisation, pour être effective, nécessitait des soins complémentaires qui dépassaient la plupart du temps la compétence et la bonne volonté des distributeurs bénévoles. L’ingestion de quinine en temps d’épidémie était inefficace une thérapeutique énergique par injections était seule capable d'enrayer le fléau : or ces injections faites par des inexperts présentaient quelques dangers : abcès, sciatiques, et même tétanos (des cas, rares d’ailleurs, furent signalés, indubitablement provoqués par des intramusculaires faites sans soin). C’est pourquoi, bien que préconisées depuis 1908 dans des circulaires de propagande, ces injections étaient rarement pratiquées.
Quinze agents quinisateurs furent donc recrutés parmi les auxiliaires médicaux formés à Tunis. Au courant de la thérapeutique et de ses techniques, ils furent mis à la disposition des médecins et formèrent en outre des groupes mobiles que l’on dépêchait en cas d’épidémie. Des carnets de quinisation contrôlant la réception et la distribution des médicaments leur furent donnés, ainsi qu'aux distributeurs bénévoles.
Ces innovations, dues aux efforts des Docteurs Comte
et Villain, donnèrent ainsi quelque tournure à la lutte
antipaludique. L'administration, malheureusement, faisait encore bien des difficultés pour octroyer quelques crédits. Fin 1932, lorsque l'épidémie éclata, 16 quinisateurs et 400 kilogrammes de quinine constituaient les seuls éléments de lutte disponibles. La peur aidant, carte blanche et vastes crédits furent enfin concédés aux services de l'Hygiène et la Mission antipaludique fut créée.
Organisation actuelle. — Un réseau de quinisation fut institué dans chaque circonscription médicale. De 16, les quinisateurs passèrent à 83, puis 250; les médicaments abondèrent, les lazarets antipaludiques furent organisés et la quinisation s’opère maintenant régulièrement.
Méthode employée. — Pendant deux ans, la quinisation fut préventive : les infirmiers laissaient aux indigènes et à leur famille une provision de quinine pour une semaine. Ce système a dû être abandonné car inefficace; les indigènes, en effet, avalaient en un jour la dose de la semaine, ou bien négligeaient totalement cette prophylaxie. Depuis 1934, la quinisation est donc devenue curative : chaque malade est énergiquement traité, qu'il vienne de lui-même demander à être soigné, ou qu’il soit dépisté lors de la tournée de l’infirmier. Purges, vomitifs, ingestions et injections sont surveillés avec soin, et chaque fois qu’il est possible un examen hématologique contrôle la thérapeutique. Si le malade est grave, il est hospitalisé à l’infirmerie dispensaire ou à l'hôpital le plus proche ou encore au lazaret antipaludique, quand il existe.
La prophylaxie n’est plus pratiquée qu’en certains cas
particuliers : chez le colon qui la demande pour ses ouvriers; dans ce cas le colon se charge lui-même de la surveillance nécessaire ; dans certaines régions par trop impaludées où l’absorption médicamenteuse peut être suffisamment contrôlée, enfin dans les chantiers privés ou d'administration dont les ouvriers sont trop exposés. En cette dernière occurence, un service médical est assuré par le médecin de la circonscription à laquelle appartient le chantier, encore faut-il, pour justifier ce service, qu'un minimum de 50 ouvriers soit employé (arrêté 1930).
Depuis 1934, des essais de prophylaxie en masse ont été faits dans quelques centres. Ces essais basés sur les propriétés des médicaments synthétiques seront examinés plus loin.
Médicaments employés. — Jusqu'en 1932 la quinine fut le médicament de choix sous forme de dragées de chlorhydrate pour les adultes, de chocolatés de tannate de quinine pour les enfants; les injections se faisaient sous forme de formiate, celles de chlorhydrates ayant été abandonnées.
Depuis 1932, la gamme des médicaments antipaludiques officielle s’est étendue et les synthétiques : quinacrine, plasmochine et rhodoquine en particulier, ont pris une large place dans l'arsenal thérapeutique des services de l'hygiène.
Distribution. — Tous les médicaments antipalustres sont envoyés aux médecins de colonisation suivant la demande qu’ils en font dans leur rapport annuel. Un stock important dans les Magasins de l’Hygiène met à
J'abri d’une insuffisance d’approvisionnement en temps d’épidémie.
Les médecins de colonisation en assurent eux-mêmes la répartition auprès de leurs infirmiers, qui les délivrent aux malades, gratuitement, naturellement.
Tableau des Distributions Médicamenteuses
Draägées Formiate Chocolatines Synthétiques 1926 291 kg. fus 102082 M5 19.131 amp. 73 kg. Comprimes 193027 621 » 16.000 » 74 »
CES ES On CRIS LE ND) 1.235 » praequine 6.100 LISA NL AS ON) 420.210 » 126108 praequine 15.100 comp.
quinoplasmine