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LA CHIMIOTHÉRAPIE PALUSTRE EN TUNISIE

Dès 1933, de nombreuses expériences physiologiques et cliniques avaient démontré, tant en France qu'à l'étranger l'efficacité thérapeutique et prophylactique des 3 médicaments antipalustres : quinacrine (atébrine), rhodoquine et plasmochine (préquine).

En 1934, grâce à la bienveillance de M. Gaudiani, Di-

recteur Général de l’Intérieur en Tunisie, le Docteur Decourt, le Docteur Villain et ses collaborateurs à l’Hygiène Publique, purent entreprendre d'importants essais sur le terrain.

Retenant d’une part les propriétés de la quinaecrine, produit schizonticide, d'élimination lente, par conséquent d'action plus durable que la quinine, d'autre part celles de la rhodoquine et de la plasmochine, produits non seulement gamètocides, mais encore capables d’enrayer l’évolution sexuée de l’hématozoaire : action antisporogonique (1), les expérimentateurs poursuivirent deux séries d'essais de thérapeutique préventive.

La première eut lieu sur les bords du lac Kelbia 1.300 personnes furent traitées afin d'étudier la posologie et l’action prophylactique de chaque médicament pris isolément, le rythme de fréquence optimum de leur distribution.

La seconde se fit à Ouchtata (dunes de Nefza). En associant les prophylaxies schizonticides et gamétocides, il s'agissait de vérifier si cette prévention mixte ainsi mise en marche, était plus efficace que la prévention simple schizonticide pure ou gamétocide pure. Il s'agissait également de déterminer l'association médicamenteuse la plus favorable à employer : quinacrine et rhodoquine ou quinacrine et plasmochine ou encore quinacrine, rhodoquine et plasmochine. 800 personnes

(1) Barber et Komp ont démontré que la plasmochine à dose minime (0,02 ctg.) suffit à rendre le gamète transmis à l’anophèle incapable de poursuivre son cycle évolutif. Cette action « antiporogonique » du médicament, dure 7 jours d’après Missiroli et Mosna.

furent traitées.

Les résultats des travaux de 1934 amenèrent les constatations suivantes :

L'administration hebdomadaire de quinacrine, à la dose de 0,40 (chez l’adulte), de rhodoquine ou de plasmochine à la dose de 0.03 (chez l’aäulte) assure une protection au moins égale à celle de la quinine administrée tous les jours (0,40 chez l’adulte).

La prophylaxie mixte, c'est-à-dire schizonticide et gamétocide, assure une meilleure protection de la population traitée puisqu'elle empêche le porteur de germes d'être contagieux, supprimant ainsi le danger des infestations massives capables de déborder la prophylaxie schizonticide pure. |

L'association médicamenteuse la plus favorable est le mélange ternaire : quinacrine, rhodoquine et plasmochine. L'association plasmochine et rhodoquine (rhodopréquine) permet en effet de n’employer qu’un minimum de chaque médicament; or, l'expérience ayant prouvé que leur action thérapeutique s’ajoute, alors que leur toxicité élective ne s’additionne pas, cette association pour une activité égale. permet de s’éloigner du seuil de toxicité de la rhodoquine et de la plasmochine, offrant ainsi une marge de sécurité plus considérable.

En possession de ces nouvelles bases, de nouveaux essais purent être effectués en 1935 sur une plus grande échelle.

Ces essais auxquels personnellement nous avons pris part, étaient destinés à réaliser une prophylaxie mixte à grande échelle. Cette prophylaxie devait répondre aux

conditions permettant d'envisager la prophylaxie médicamenteuse comme une arme de premier plan dans la lutte contre les épidémies palustres, c’est-à-dire :

1° Etre applicable à toute une population sans provoquer une gêne intolérable pour celle-ci, donc être au maximum hebdomadaire et ne provoquer aucun trouble organique.

2° Etre efficace, quelle que soit la virulence de l’épidémie. >

83° Etre d’un prix de revient assez bas, ne pas réclamer un personnel infirmier spécialisé très nombreux.

Grâce à l'organisation de la lutte antipaludique tunisienne, ces essais n’entraînèrent aucune difficulté matérielle. Des secteurs de quinisation habituelle devinrent simplement des secteurs de prophylaxie. L’infirmier | . responsable fut chargé du recensement de la population, de l'établissement des index spléniques et hématiques, de la distribution et du contrôle de l’absorption médicamenteuse avec l’aide des médecins et des auxiliaires médicaux attachés à l'expérience; les laboratoires de la lutte antipaludique effectuèrent les examens de lames.

Outre les cahiers de prophylaxie analogues aux cahiers de quinisation, un système de fiches assurait un contrôle individuel de la prophylaxie. Tout individu traité était porteur d’une fiche nominative et numérotée correspondant à une fiche de traitement que gardait l'infirmier quinisateur.

Trois centres d'expérience furent choisis sur les conseils de M. Villain : les régions du Krib et d’Oued Zerga à la limite nord du Haut Tell, la région de Menzel

Temime dans le Cap Bon.

Ces centres furent divisés en secteurs comprenant chacun un mode particulier de prophylaxie; la prophylaxie mixte appliquée comprit en effet une distribution médicamenteuse hebdomadaire, décadaire (tous les 10 jours), ou bi-mensuelle, s'étendant sur les 7 mois de paludisme habituels à la Régence ou seulement réduite aux deux périodes de poussées épidémiques, printanière et estivo-automnale. Dans chaque région, un secteur de quinisation habituelle (quinisation curative) et un secteur de quinisation quotidienne servaient de zones témoins.

Sans entrer plus avant dans les détails de ces essais qui nous entraîneraient trop loin de la ligne que nous nous sommes tracé pour cette thèse (1), il nous paraît intéressant de donner ici les principales conclusions que le Docteur Delcourt a tirées de ces expériences ainsi que de celles effectuées au Maroc, en Syrie et à l’étranger.

Action thérapeutique des antimalariques synthétiques. — En dehors de son action destructrice sur les parasites, la quinacrine semble être susceptible de provoquer dans l'organisme un état réfractaire vis-à-vis de l’hé- matozoaire. La disparition des accès cliniques alors mêéme que les index parasitaires paraissent se maintenir aux environs du maximum semblent confirmer cette hypothèse (2).

(1) Les résultats des expériences 1935 seront ultérieurement publiés en détail.

(2) Il est à noter que la prophylaxie ainsi pratiquée ne jouerait aucun rôle empêchant envers la prémunition, qui, d'après les Sergent, paraît lié à la présence du parasite dans l'organisme.

Cet état réfractaire serait d’une durée de trois semaines environ et il suffit pour l’entretenir d’administrer la quinacrine toutes les deux semaines.

Les gamétocides : rhodoquine et plasmochine administrés simultanément à la quinacrine semblent renforcer cet état réfractaire car, outre leur action antisporogonique, ils semblent être capables d’une action antischizogonique, c’est-à-dire d’enrayer l’évolution asexuée de l’hématozoaire; la diminution du nombre de rechutes constatées après leur administration parait confirmer cette hypothèse.

Etant donné ces conceptions sur l’action thérapeutique des antimalariques synthétiques, le Docteur Decourt préconise les posologies et les méthodes standard suivantes dans la chimiothérapie palustre :

Posologie. — Les comprimés de quinacrine étant dosés à 0,10 gr. et les comprimés de gamétocides (rhodoquine ou plasmochine ou encore leur association appelée : rhodopréquine) étant dosés à 0,01 gr.

La dose optima en 24 heures et pour chaque médica-

ment est donnée par le tableau suivant :

Age Nombre de Quantité en grammes

comprimés Quinacrine Gamélocides Au-dessous de 1 an .. 2 0,05 0,005 Dentamsians er cr 1 0,10 0,010 DEEE SE CE 122 0,15 0,015 DORDIAU NS AR Rae 2 0,20 0,020 D'eHo AMP RANSETPEEES. DZ 0,25 0,025 Au-dessus de 12 ans .. 3 0,30 0,030

Pour faciliter la manipulation des médicaments au cours de la chimio-prophylaxie mixte, des comprimés

ternaires peuvent être employés. Ces comprimés (préma-

line) sont ainsi dosés :

quinacrine : 0,10 gr.

rhodopréquine : 0,01 gr. pour 1 comprimé.

Chimiothérapie de l'accès palustre. — Marche générale. a) Traitement des infestations :

Quinacrine pendant 5 jours, à la dose de 0,30 par jour (adulte).

Rhodopréquine les 3 jours suivants, à la dose de 0,03 par jour (adulte).

En cas de paludisme sévère, on a avantage à associer la quinine en injection intramusculaire, à la rigueur en injection intra-veineuse. En cas d'intolérance digestive, on peut employer la quinacrine en injection sous-cuta-

née (1). La posologie reste la même que par voie buccale, cest-à-dire :

Au-dessous de 1 an ..…. read 0 de AT 0 ADS Ne Fees ROLE Dre T0 AIS me A der POS OA OPEN TEE IE 0.20 PAPE ANSE TE 2 07 Au-dessus ....... SN ds et CE OO

db) ‘Traitement des rechutes.

En cas d'accès larvés, bénins, on a avantage à administrer la premaline tous les 2 jours pendant 6 jours et appliquer un traitement bi-mensuel jusqu’à négativa-

à (A) L'injection sous-cutanée, possible à l’avant-bras, offre l'avantage de pouvoir traiter energiquement certaines femnes indigènes, en Afrique du Nord par exemple, qui refusent encore de se découvrir devant le médecin.

cion de la réaction de Henry ou de Villain.

tion de la réaction de Henry ou de Villain. La dose optima reste, naturellement, de 3 comprimés par jour chez l'adulte.

Chimio-prophylaxie.

a) Prophylaxie collective :

Premaline : une dose, soit 3 comprimés (adulte) 1 fois tous les 10 jours (prophylaxie décadaire), puis 1 fois tous les 15 jours (prophylaxie bi-mensuelle). Le passage de la prophylaxie décadaire à la prophylaxie bi-mensuelle se fera suivant :

1° La densité anophélienne; une forte densité anophélienne comportant des risques plus grands de surinfestation doit faire conserver la prophylaxie décadaire.

2° L’intensité des index parasitaires. Des index élevés indiquant une possibilité de contagion plus grande entraîne naturellement une prophylaxie décadaire.

2° Le brassage plus ou moins actif de la population traitée. En une région fréquentée par de nombreux nomades, apports de virus possibles, une prophylaxie décadaire est nécessaire afin d'assurer une protection plus efficace de la population fixe exposée, grâce au brassage que lui impose le nomadisme, aux dangers d’une contagion plus facile.

Cas particuliers. — Si la prophylaxie débute en pleine épidémie, le traitement préalable de cinq jours autrefois préconisé, analogue au traitement en masse de Wallace peut être avantageusement remplacé par la prophy-

laxie qui suit :

Premaline : une dose soit 3 comprimés (adulte) pendance 6 jours tous les 2 jours, puis 1 fois par semaine pendant 1 mois avant de passer à une prophylaxie décadaire.

b) Prophylaxie d’une collectivité autonome :

la marche à suivre est identique.

c) Prophylaxie individuelle :

chez un individu sain : quinacrine : une dose, soit 3 comprimés (adulte) 1 fois tous les 10 jours;

chez un ancien paludéen : premaline : une dose, soit 3 comprimés (adulte) 1 fois tous les 10 jours.

En cas d’épidémie violente : premaline : une dose, soit 3 comprimés (adultes) 1 fois par semaine.

En cas d’épidémie violente : premaline 1 fois par semaine.

Telles sont succinctement exposées les principales conclusions pratiques et théoriques auxquelles ont amené les expériences tunisiennes. Nous avons tenu à les citer ici puisque ces conclusions doivent servir de base à la lutte antipaludique tunisienne.

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