‹ La Lutte Antipaludique En TunisieChapitre 42 sur 50 · BULLA REGIA · texte numérisé non relu

BULLA REGIA

Dans la région de Bulla Regia existe un marais inondant une surface de 141 hectares environ. Ce marais était drainé avant la guerre par un canal de 7 kilomètres, partant de l'extrémité sud-ouest du marais pour aboutir à l’oued Bou Jaafine, affluent de la Medjerdah. Après la guerre, à la suite de l’abandon des travaux d'entretien et de la surveillance de ce canal, le drainage ne se fait plus et la Commission d’assainissement décide, dès 1927, de considérer le marais de Bulla Regia comme un travail important et urgent.

Jusqu'en 1933, aucune des études présentées à la Com-

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mission d'assainissement ne satisfait les différents délégués de la Commission. En 1933, des essais de pompage donnent de bons résultats et font adopter un projet d’assèchement par pompage, avec évacuation des eaux par conduits souterrains et peut-être utilisation agricole de ces eaux.

En 1934, le projet définitif de ce travail n’était pas achevé. En 1933 les crédits manquant, les choses sont restées en l'état.

Nous avons là un exemple du défaut de rapidité d’exécution de ces travaux.

TAKELSA.

Dans la région de Takelsa (Cap Bon), le problème est différent : l’impaludation y est entretenue par deux oueds, l’oued Bezikh et l’oued Aouïna Defla, aux lits tortueux, encombrés de végétations, parfois doublés d’étangs marécageux qu’alimentent des crues annuelles. :

En 1908 et 1911, les index pratiqués dans la région dépassaient 70 % : les projets d'assainissement ne manquaient pas, mais les crédits étaient absents. Les colons, grâce à la mise en culture des terres, réussirent à provoquer une régression constante du paludisme, sans pouvoir cependant obtenir un résultat définitif. L’amélioration, dit le Docteur Comte dans un de ses rapports (1925), n’a été obtenue qu'après un travail pénible et dangereux, exécuté par les premiers colons français qui, presque tous, sont morts de paludisme ou ont dû abandonner le pays, très gravement éprouvés par la fièvre.

En 1926, la Commission d’assainissement s'empare de la question, des études sont mises sur pied, des crédits sont accordés par l’'Hygiène. Des essais sont faits sur différentes sections de ces oueds, au niveau de leur cours moyen environ. Ces essais s'avèrent particulièrement difficiles, plusieurs méthodes sont appliquées : malheureusement en 1932, les inondations d'hiver endommagent gravement les travaux exécutés et de coûteuses réparations sont nécessaires. Concuremment, des difficultés s’élèvent entre riverains et administrations : en effet, une délimitation des francs bords de l’oued avait été faite pour permettre aux colons de cultiver ceux-ci sous forme d'occupation temporaire (1), à charge pour eux d'entretenir les travaux déjà faits. Les colons, à tort ou à raison, avaient bien accepté l’occupation temporaire, mais refusaient d'assurer les frais des travaux d'entretien sous prétexte que rien n'ayant été fait, ils prenaient à leur charge, non -plus des travaux d’entretien, mais bien des travaux de premier établissement.

C’est ainsi que des difficultés d'exécution d’une part, des difficultés d'ordre chicanier d’autre part, firent que le travail en 1935 n'avait fait pour ainsi dire aucun progrès.

EL HAOUARIA.

E] Haouaria nous offre un exemple frappant des difficultés que peuvent soulever la mauvaise volonté des

(1) L'occupation temporaire consiste en une D le domaine public par les colons sur les francs bords des ouet s, des lacs ou des sebkhas. Cette occupation comprend UÈU de Ja part des colons certaines obligations, mais ce DAS peut leur être retiré sitôt que l'Administration le juge utile.

riverains, la discorde qui règne souvent entre intéressés et Administrations, le manque de coordination entre les différentes Administrations occupées à la solution

du problème.

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Le lac d'El Haouaria est un marécage de 700 hectares environ, situé à l'extrémité nord du Cap Bon; il est logé dans une cuvette formée par la fragmentation à cet endroit du djebel Sidi Abderrahman. Témoin d’une époque heureuse et fertile, persiste un canal romain qui menait autrefois les eaux du lac jusqu’à Sidi Daoud. Ce fut le Docteur Menvielle qui, en 1911, attira l’attention sur la garaa, la désignant comme un gros foyer de paludisme. L’asséchement du lac fut alors envisagé par simple réfection du canal romain; malheureusement, l'accord ne se fit pas entre colons sur la répartition des dépenses à effectuer. En 1912, le Secrétariat Général du Gouvernement, sur proposition du Contrôleur civil de Grombalia, suggéra à la Direction Générale de l’Agri-

culture l’étude d’un projet d'acquisition des terrains du lac par le Domaine, aux fins de revente avec bénéfices : la question resta en suspens. È En 1922, le Docteur Sicart, médecin de colonisation à Menzel Temime, devant la gravité de l'épidémie de 1921 (un cinquième de la population décédé dans certains villages), reprit l’idée de réfection du canal, appuyé par M. Weyland, Contrôleur civil de Grombalia. La Direction des Travaux Publics estima 300.000 francs le coût du travail; cette somme devait toutefois être largement couverte par le prix de vente des terrains récupérés qui, non salés, seraient bons pour la culture. M. Weyland demanda en conséquence de poursuivre l’expropriation de la garaa pour cause d'utilité publique. Malheureusement, l’idée d’une expropriation souleva de nombreux incidents locaux de ia part de quelques colons. En février 1927 cependant, une association spéciale d'intérêts hydrauliques fut mise sur pied. L’assèchement d’EI Haouaria et des cuvettes avoisinantes (garaa Soudane, El Drouz et Sidi Hadij) fut décidé par tous les intéressés. Les frais se répartissaient ainsi :

ROTIONEE Ter mie ete te da ans 2e 75.000 POUR nm annee landes OLD 75.000 ET POTOS SR A NE less eiu re 50.000 Subvention de l’Intérieur ......... 30.000

En mars 1928, les travaux sont entrepris, mais tard dans la saison et de fortes pluies noient le terrain. En juillet 1928, le plus gros propriétaire dénonce la mauvaise gestion des Travaux Publics et propose que l’association continue elle-même les travaux. Devant le re-

fus de sa proposition, il cesse de payer ses cotisations dont les arriérés s'élèvent à 90.000 francs. Les travaux sont alors arrêtés faute d'argent et l’affaire entre dans une voie contentieuse.

La question est longuement discutée à la Commission d’'Assainissement du 29 avril 1930.

Le Conseil d'Administration de l'association estime trop chers ces travaux qu’il ne veut plus voter. Tes an. lutions suivantes sont alors proposées

1° Obliger les intéressés à payer leur cotisation.

2° Procéder à une expropriation pour cause d’utilité publique. Dans ce cas, il serait nécessaire d'arrêter tous travaux d'amélioration pour éviter un prix d’achat trop élevé. En cas de possibilité d'achat à un prix normal, ces terres pourraient ensuite être concédées aux fonds de colonisation qui, une fois les travaux d'amélioration réalisés, pourrait les livrer à la colonisation.

La Direction de l'Agriculture accepte la deuxième solution avec quelques réserves : nécessité de déterminer la valeur agricole et le prix de revient définitif des terres ; danger en outre d'installer des acquéreurs étrangers à la région sur des terres trop récemment assainies.

La question est donc en suspens et à l’étude. Malheureusement en 1931, il suffit de parcourir l'extrait du procès-verbal de la Commission d'assainissement du 18 juillet pour voir qu'aucun progrès n’a été réalisé. Les Directions Générales de l’Intérieur, de l'Agriculture et des Travaux Publics ont échangé de nombreuses correspondances sans grand résultat. Et ce n’est qu’en 1932

qu’une décision est prise : l’expropriation sera poursuivie.

En janvier 1933, un crédit de 2.500.000 francs est inscrit au programme de l'assainissement d’EI Haouaria, l’étude du projet est commencée, l'établissement du dossier d’expropriation est en cours.

La Commission locale de Grombalia le 6 mai 19338, dans les conclusions de sa réunion, nous montre que tout est bouleversé :

1° L’expropriation est abandonnée;

2° Les Travaux Publics passeront immédiatement à l'exécution d’un canal d'évacuation des eaux vers la mer, les dépenses correspondantes seront considérées comme une participation de l'Etat.

3° La dissolution de l’association actuelle va être prononcée, elle sera remplacée par un nouveau groupement d'intérêts hydrauliques. La Direction Générale de l’Intérieur et celle des Travaux Publics règleront ensuite les modes et quotités de la participation des riverains aux travaux complémentaires d'entretien.

L'exécution du travail commencera en septembre prochain.

En 1935, le canal est enfin achevé. Le drainage se fait régulièrement jusqu’à Sidi Daoud; des résultats techniques sont en partie atteints après sept ans d'efforts.

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