CHAPITRE III
LES MALADIES VENERIENNES A LA GUADELOUPE LEUR IMPORTANCE LEURS CARACTERES PARTICULIERS
Historique. Jusqu’à la fin du siècle dernier, on possédait très peu de renseignements sur l’importance des maladies vénériennes à la Guadeloupe. On savait seulement, d’après les relations de deux missionnaires dominicains, les Pères Dutertre et Labat, et le mémoire de Bertin « Sur les maladies de la Guadeloupe et ce qui peut y avoir rapport», publié à la Guadeloupe en 1780, à l’Imprimerie Jean Bénard, que la syphilis et la blennorragie existaient depuis fort longtemps aux Antilles.
La syphilis était du reste confondue avec le pian. Le Père Labat écrivait, vers 1700 : « Les Caraïbes sont forts sujets à «l’épian ». L’épian est réellement ce que les Français appellent «le mal de Naples » et que les Italiens nomment « le mal français ».
TUATSE
A la fin du xvur siècle, la syphilis est confondue sous le même vocable « mal vénérien » avec les autres maladies vénériennes. Les contemporains de Bertin ne sont même pas loin de lui rattacher la lèpre et le pian. Le leontiasis est regardé par certains comme « dépendant des effets du vice vénérien », et d’autres font du pian «une phase de la maladie vénérienne ».
L'importance sociale de la syphilis est restée ainsi longtemps méconnue et Dutrouleau écrivait, en 1868 : «Aux Antilles, les maladies vénériennes ne sont ni nombreuses, ni graves et la svphilis m'a paru relativement rare. » 6
Il fallut arriver en 1903, date à laquelle Kermogant, en se référant aux rapports annuels des chefs du Service de Santé colonial, se rendit compte de l’importance du péril vénérien aux Antilles, et il donnait le chiffre de 15 % pour les entrées de syphilitiques dans les hôpitaux de la Guadeloupe.
En 1912, Gaide, dans le Traité de Pathologie exotique, de Grall et Clarac, dans un article important consacré à la syphilis exotique, classait les Antilles françaises immédiatement après les possessions d’Asie, comme pays à syphilis intensive. Depuis, les renseignements de plus en plus précis, qui sont fournis chaque année, ont indiqué une progression constante du danger.
Tout récemment, les perfectionnements apportés à la lutte antivénérienne par la création d’un Institut de Prophylaxie à Pointe-à-Pitre ont fourni des renseignements extrêmement intéressants sur l’importance des maladies vénériennes dans ce pays. k
On va aborder l’étude de ces différentes maladies successivement et dans l’ordre suivant :
1esla syphilis ; 2° la blennorragie; 3° le chancre mou;
4 la Ivymphogranulomatose.