SAGE
La même note pessimiste est reflétée dans l’excellent rapport annuel (1928) du D’ Passa, ancien chef de Service de Santé colonial. « La syphilis a sa part considérable dans la morbidité et la mortalité à la Guadeloupe. Nous avons présent à l'esprit l’exemple déplorable d’une femme d’une trentaine d’années, récemment décédée à l'Hôpital d'infection puerpérale 13 grossesse, 10° avortement, les 3 enfants nés à terme morts peu après leur naissance. »
Enfin, après la Mission Even-Léger on a, en 1935, un compte rendu du médecin-commandant colonel Lefrou, qui s'exprime en des termes peut-être exagérés, mais qui montrent bien l’importance et le développement des maladies vénériennes à la Guadeloupe. Se basant sur le nombre des consultations, il fixait le taux de l'infection syphilitique chez les sujets adultes à 50 % et il ajoutait : « le taux est effroyable et si à cela on ajoute les autres affections vénériennes, la plupart des hommes avouant une blennorragie, comme les femmes avouent à peu près toutes des pertes, on se demande ce qui reste comme population adulte saine et qu’elles peuvent être les conséquences pathologiques d’un tel état de fait. »
Personnellement, nous avons observé, étant élève du médecin-commandant colonel Advier, à l’Institut de Prophylaxie de Pointe-à-Pitre, annexe du Laboratoire de Bactériologie, le cas d’un nourrisson, amené par sa mère éplorée, en pleine crise de paludisme, parce qu'il présentait, outre la fièvre, de nombreuses papules syphiloïdes disséminées sur tout le corps, mais plus électivement aux fesses où quelques-unes étaient ulcérées. l +
Un prélèvement au vaccinostyle, pratiqué après expression dans une profonde ulcération, occasionnée
par l’emploi intempestif de caustiques pour faire disparaître « ces boutons », nous a montré, outre les hématozoaires de Laveran, de très nombreux spirochètes dans le sang.
L'enquête effectuée chez la mère nous a appris qu’elle s’était faite soigner plusieurs mois auparavant, mais de façon irrégulière, pour syphilis, à l’Institut de Prophylaxie. Il s’agissait donc d’un cas manifeste d’hérédo-syphilis chez ce nourrisson qui présentait par ailleurs des signes cliniques patents d'infection héréditaire.
Cela pourrait paraître paradoxal quand on connaît lPinfluence heureuse de la malariathérapie sur la syphilis nerveuse et la paralysie générale. Mais il faut croire qu'il s’agit de choses vraisemblablement différentes, car on ne comprendrait pas la fréquence de la syphilis dans un pays à endémie palustre aussi accentuée que l’est la Guadeloupe. Est-ce là les raisons pour lesquelles les syphilides cutanées secondaires ne revêtent jamais ici le caractère mutilant des lésions africaines ou encore l’explication de la rareté de la syphilis nerveuse dans ce pays? Des recherches complémentaires seraient en tout cas intéressantes et utiles à faire dans ce sens.
CONCLUSION. é
Toute cette documentation rassemblée montre bien l'importance et la fréquence de la syphilis à la Guadeloupe. Il ne faudrait pas croire cependant que la moitié, ni même le 1/20° de la population soit contaminée. Les dernières statistiques de 1937, dressées par le médecin-commandant Jolly, montrent un total de 2.908 cas de 1932 à 1937 inclus, dont 463 cas nou-
veaux pour l’année 1937, et un pourcentage d’infection de 17 % sur tous les consultants, dans une ville de l’importance de Pointe-à-Pitre, qui groupe 45.000 habitants environ. La vérité se trouve en réalité dans le fait que l’autochtone consulte le médecin militaire quand il est indigent et surtout pour les maladies vénériennes qui l’inquiètent, les autres maladies étant soignées par les médecins civils et même plus souvent à la manière du pays, ce qui fait croire proportionnellement à la très grosse importance de l’infection syphilitique par rapport aux autres endémies.
B. - Ses caractères particuliers aux différentes périodes de son évolution.
Ses complications habituelles.
Ainsi qu’il en ressort de l’excellent et tout dernier rapport annuel du médecin-commandant Jolly :
L'accident primaire est assez fréquemment observé par les médecins et la forme classique du chancre syphilitique est d’ailleurs l’exception. Il s’agit presque toujours d’une forme ulcéreuse associée parfois à la chancrelle et qui se complique souvent de phagédénisme. L'association se faisant également avec la blennorragie et la Ilymphogranulomatose, les maladies vénériennes mixtes sont assez fréquentes : 63 %.
A la période secondaire, la roséole passe presque toujours inaperçue en raison de la pigmentation foncée des téguments. Mais aussitôt après apparaissent les syphilides secondaires, surtout papulo-squameuses. Il semble que cette syphilis soit plutôt bénigne, n'ayant rien en tout cas qui rappelle certaines syphilis exotiques cutanées, terriblement mutilantes.
Les plaques muqueuses prennent souvent au coin des lèvres des formes de fissures blanchâtres.
La diffusion à cette période, du virus syphilitique, ne se manifeste pas d’ailleurs seulement par des accidents cutanés et muqueux, mais en outre par des douleurs intenses, céphalée, douleurs ostéocopes, articulaires, s’accompagnant d’une atteinte de l’état général plus ou moins marquée, mais toujours appréciable.
En ce qui concerne la syphilis tertiaire, on est généralement d’accord pour admettre la rareté des lésions viscérales et nerveuses. Par contre la syphilis vasculaire n’est pas exceptionnelle et les organes des sens, l’œil en particulier, sont souvent atteints.
Lefrou prétend cependant que « les jeunes hémiplégiques ne sont pas rares dans la population et que l’asile d’aliénés de Saint-Claude doit bien quelque chose à la syphilis ».
D’après les statistiques de Jolly, les localisations à cette période sont dans l’ordre de fréquence suivant :
— Jes localisations osseuses; — les localisations cutanéo-muqueuses; — la syphilis nerveuse.
Hérédosyphilis. — Enfin, il faut reconnaître que la syphilis agit de facon désastreuse sur la natalité, -la grande majorité des avortements et des morts-nés lui étant imputable. La syphilis héréditaire est un des principaux facteurs à retenir pour la mortalité infantile.
Tous ces caractères se trouvent résumés dans l’excellent rapport annuel de 1937 rédigé par le médecincommandant Jolly et dont nous reproduisons ici les tableaux synoptiques.
Fréquence relative des différents accidents syphilitiques et maladies vénériennes associées.
FORMES CLINIQUES ANNÉES 1933 193% 1935 1936 Nombre de nouveaux sy Dire rase REMEET IIQUES AN RER EL EN C0 799 sf) 360 Accidents primaires Chancre syphilitique simple.| 13 6 20 44 Chancre associé à chancre
RON BE RS rc er 5 6 Î 25 Chancre associé à Nicolas
HAVPE PU RE Era a] ) 20 26 Chancre associé à blennor-!
MAO NS EE PA PO Er 7 Î 10 15 Association triple RE EU — 11 14
Accidents secondaires Syphilis secondaire cutanéo-
MUOQUEUSCR ES TE 20 27 96 91 Douleurs ostéocopes et cé-
phalée précoce . . ...... 69 #4 11 10 Lésions oculaires (kératite,
LPLS) ER RENE EE rte — l n 1
Accidents tertiaires Gommes cutanéo-muqueuses. 9 I 13 13 Ostéites, périostites, arthro-
DAINTESE SET SENTE CALE 9 14 22 LS SYDRILSVISCÉTALEMEEEE — 5 2 4 Syphilis vasculaire . . ...... 3 l 12 16 SYphilis nerveuse. 11 à: L4 12 Avortements et morti-nata-
ÉTIENNE RARE ET Re 14 16 31 34 Para-syphilis : tabès ...... — l 2 Paralysie générale . . . 1 Hérédors vhs ER — 1 3 7
Fe + Syphilis latente Antécédents cliniques avérés
avec indice sérologique po-
sitif sans manifestations
morbides actuelles . . ....| 40 26 23 21