II. — LA BLENNORRAGIE
La blennorragie est la maladie vénérienne la plus commune de la colonie. « Le nombre de blennorragiques est tellement considérable, écrivait Lefrou en 1933, qu’il faudrait organiser une clinique spéciale urologique et gynécologique.» Elle s’observe principalement chez les jeunes gens entre 15 et 21 ans. On rencontre avec fréquence une forme suraiguë. Ceci est dû tant au fait du climat tropical, particulièrement favorable à la pullulation des germes in situ, qu’à l’hygiène sexuelle déficitaire et à la coupable négligence de l’autochtone qui vient consulter le médecin très tardivement après avoir essayé un certain nombre de médications et de recettes mal comprises et mal appliquées.
Souvent, la maladie passe à l’état chronique, car mal soignée par le malade. Les complications sont fréquentes chez l’homme, depuis les mictions sanglantes et les rétrécissements et diverticules occasionnés par l’abus de permanganate de potasse maladroitement utilisé jusqu'aux inflammations aiguës et chroniques de la vessie et des glandes urétlirales, cystite, prostatite, lithrite, cowpérite. Chez la femme, la maladie est tenace et pour ainsi dire inguérissable, reparaissant presque toujours après sa guérison apparente. Aussi revoit-on souvent à l’Hospice les mêmes prostituées plusieurs fois séquestrées. Les localisations an-
fi Es
nexielles ne sont pas rares et se terminent en général par lhystérectomie totale.
Il faut en outre signaler le nombre important des complications oculaires constatées surtout chez homme qui, ignorant la notion de contamination microbienne, arrive facilement avec ses doigts souillés, à inoculer sa conjonctive. Cette conjonctivite purulente, négligée et attribuée à un coup d’air, aboutit souvent à la fonte purulente de l’œil et à la cécité. Parfois cependant, elle inquiète le malade qui établit son rapport avec l’écoulement uréthral, vient consulter. On peut alors le traiter.
Enfin, très souvent, la blennorragie sert de masque et cache des lésions vénériennes plus graves qui vont se révéler par la suite. Les statistiques de l’Institut de Prophylaxie sont intéressantes à consulter pour les proportions de ces associations microbiennes. Voici les chiffres établis par Jolly pour l’année 1937 :
— blénnorragie-Simple :.:...:..:........ 240 — blennorragie associée à syphilis ...... 23 — blennorragie associée à chancre mou .... 26 — blennorragie Nicolas Favre ............ 12
Total. 301