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M. Bouge a mis en relief d'ane manière saisissante le rôle tutélaire et bienfaisant de la France en Tunisie.
« Comme elle en avait le devoir, la France s'est d'abord attachée à la reconstitution de sa fortune matérielle tandis que sans heurt, doucement. par le seul rayonnement de son genie, elle s'efforcait de lui faire une àme nouvelle, susceptible de mieux comprendre l'âme francaise.
« Gette rénovation malérielle presque soudaine, cette politique amicale nous ont-elles valu de la part de l'indigène sa reconnaissance, où seulement sa lovale sympathie : il y aurait certes quelque naïveté à le croire. » (Rapport de 1910 sur le Budget Tunisien.)
Nous ne sommes pas aussi pessimiste que M. Bouge.
L’arabe n'est pas ingrat par definition. À condition de ne pas heurter ses principes religieux, en combinant la douceur et l'autorité de l'exemple, en respectant les libertés locales nous pouvons espérer obtenir la reconnaissance el le dévouerent d'un peuple auquel nous aur'ons su faire connaitre la supériorité de notre civilisation.
Il est regrettable que M. Bouge qui s’est consacré en 1912 à une critique systematique du régime du Protectorat ait cru devoir nier l’aide bienfaisante que la France a apportée aux populations Tunisiennes et dont il soulignait dans les lignes qui précèdent le caractère « tutélaire et fécond. »
« Nous sommes entres dans Tunis, musique en tête ; el en libérateurs attendus.
Celte libération, justification et raison d'être de notre conquête, pendant plus de trente ans, le peuple Tunisien
l’a attendue, plein d'espoir d'abord, puis au fur et à mesure de la fuite des ans, plus sceptique, enfin décourage de nous voir justifier ainsi notre conquète et son attente, i a repris aujourd’hui sa résignation fataliste.
« La situation actuelle de l'indigène, notre attitude à son égard peuvent se résumer dans cette ingrate formule ; nous lui avons loul demandé, nous en avons tout obtenu, nous ne lui avons rien ou presque rien apporté. Gependant, jusqu'à hier, Tes sentiments intimes du peuple tunisien ne s'étaient pas trahis ; son âme résignée était demeurée impénétrable. Elle s'est brusquement ouverte avant novembre 1911. Jamais dans la Régence, ne s'étaient produites de révoltes au sens propre du mot, tout au plus avail-on assisté dans les premières périodes de notre protectorat à de partiels accès de colère, si isolés, si insignifiants qu'on pouvait presque les ignorer ».
Ainsi pour M. Bouge, la France a tout demandé aux arabes en à tout obtenu, mais ne leur à rien ou presque rien apportée. Combien celle formule ingrate méconnait la vérité. !
Nous n'avons en somme, fais qu'ébaucher un des chapitres les plus intéressants de l'œuvre entreprise par le gouvernement Tunisien ; la lutte contre l'usure.
Mais il y aurait certes beaucoup à dire sur toutes les autres réformes entreprises, pour le relèvement des indigenes ‘Tunisiens, qui, témoignent d'une sollicitude constante des Pouvoirs Publics à leur égard.
L'Enseignement professionnel à l’école et à l'atelier, l'enseignement des jeunes filles musulmanes, le relèvement des industries d'art indigènes, l'admirable organisation des services d'assistance et d'hygiène publique qui
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profitent surtout aux indigènes, plus récemment l'organisation des services économiques indigènes constituent des actes qui sont l'indice des efforts persévérants de l'administration Tunisienne pour améliorer la situation morale et économique de nos protégés.
Nous n’aurions pas attaché à l'opinion qui précède plus d'importance que n’en comporte une appréciation inexacte, si son auteur ne parlait en qualité de Rapporteur du Budget Tunisien.
Mais cette critique de fond est elle même bien injustifiée si on la rapproche de la méthode prudente que préconisait le même Rapporteur en 1910, en matière d'enseignement et de religion.
« L'œuvre de rénovation morale est plus lente à se faire, le temps seul la rend efficace et ce n’est que par l’école que nous parviendrons à former chez les jeunes générations une àme nouvelle et moderne, susceptible de s'affranchir des préjuges de race et de se garder de toute intransigeance religieuse. Mais quels longs ménagements cette direction morale, cet acheminement ne demandent-ils pas et combien la metropole avait été sagement avisee de prescrire elle-même de n’avancer en matières d'enseignement et de religion qu'avecunelenteur et une réserve extrèmes, d'éviter de froisser dans leurs sentiments el leurs idées des populations dont le premier mouvement de surprise n'allait pas sans quelques inquiétudes el quelque ombrage. »
Les contradictions de M. Bouge ne seront donc pas de nature à donner de l’autorité à ses conseils en matière de politique musulmane :
Get auteur parait oublier que l'Islam exerce sur ses adeptes une Lyrannie Continuelle, que la législation civile
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en Tunisie comme dans tous les pays musulmans est intimement liée à la législation religieuse dont elle découle, que si l'Islam, suivant une expression consacrée a perdu sa force d'expansion, il a gardé toute sa force de résistance et qu'il se dressera entre les deux civilisations comme l'obstacle le plus redoutable à faire reculer. Il est très compréhensible que le génie civilisateur de la France se manifeste avec prudence dans les pays musulmans. Mais en Tunisie particulièrement parce que notre intervention n'a pas été brutale, parce que le peuple tunisien est plulôt pacifique, notre action a dépassé les esperances du début. Il est profondément injuste d'en meconnaitre les résultats.
Il ne faut certes pas désespérer de modifier la mentalité arabe ; mais il ne faut pas se dissimuler que l’œuvre entreprise est de longue haleine. Il ne convient pas d'ici longtemps d'établir, au pointde vue notamment des droits politiques, une egalité rigoureuse entre Français et indigènes. Celle égalite ne pourra être envisagée, que lorsque les indigènes auront acquis sur le terrain économique des aptitudes incontestables leur permettant de rivaliser avec les Européens. L’assimilation constitue, pourlemomentpresentdumoins,une conception utopique.
Ainsi que l’écrivait M. le Sénateur Pédebidou en 1906. « Il ne faut pas se le dissimuler : un parti nouveau à tendances nationalistes est ne dans la Régence : « la « Jeune l'unisie ». En rapport avec la « Jeune Turquie » »
la « Jeune Egypte et avec tous les hommes qui dans l'ancien empire musulman inspirés par la culture occidentale, cherchent à rénover leur religion et sans toucher à l'essence du dogme à secouer la torpeur et le fatalisme de leurs conciloyens, en mettant à profit les principes de solidarité, puisée dans le contact, journalier avec les Européens. C’est ainsi qu'ont été successivement fondées la société «la Khaldonnia » l'association des anciens élèves du collège Sadiki; deux sociétés musicales « el Helal » et « el Housseina » une société de sport la « Musulmane » une société coopérative Commerciale «el Zadia » ; plusieurs sociétés de prévoyance et la colonie agricole d’'el Ansarine ;
« Dans les conférences publiques comme dans la presse arabe, des professeurs de la grande mosquée ont demontré que le Coran ne s'oppose pas à l'étude des sciences profanes.
« Quelles sont exactement les vues des promoteurs de ce mouvement ? Poursuivent-ils le développement moral et intellectuel de leurs frères ou cherchent-ils à constituer, sous l’egide du chef des croyants, du Sultan de Constantinople, une sainte alliance de tout l'Islam pour ecraser les infidèles et leur arracher, lambeau par lambeau les contrées où se redisentles paroles du Prophète ? Parmi le peuple, ces espoirs de revanche se révèlent chaque jour ; dans les cafés maures, le soir, les vieux conteurs arabes ne s'en tiennent plus aux mystères des mille et une nuils ; ils annoncent la venue prochaine de l’empereur de Slamboul ; ils commentent les évènements lointains ou récents, la retraite de Fachoda et les épreuves de notre diplomatie au Maroc, De jeunes musulmans,
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sortis de nos établissements d'instruction, ne trouvant pas l'emploi de leur activité revendiquent leur place au soleil ; aigris par une vaine attente, ils discutent les conséquences de notre protectorat pour la race arabe, exploitent l’antagonisme des deux races ; ils lisent avidement ies journaux d'Europe répètent complaisamment dans la presse locale arabe, tous les incidents défavorables à la France ».
Nous sommes d'avis qu'une partie de l'élite Tunisienne, ayant donné d'incontestables preuves de loyalisme el d'attachement à nos institutions puisse être progressivement admise dans le concert de la grande famille francaise. Y admettre inconsiderement la masse serait un acte dangereux.
Tant que l'infériorilé économique et le fanatisme religieux subsisteront, il sera impolitique de s'attacher à la réalisation de ce rêve.
I nous appartient de faire disparaître cette infériorite. La lutte contre l'usure que le gourvernementdu Protectorat a entreprise avec succès y contribuera puissamment.
L'enseignement primaire largement distribué fera reculer peu à peu le fanatisme tout en aidant les indigènes à mieux comprendre notre rôle d’éducateurs et fonclionnement de nos institutions. L'Enseignement professionnel et surtout l’enseignement agricole achèveront notre œuvre. À
Dans la sphère des intérêts privés les colons ont amélioré la condition matérielle des indigènes, les ont soustraits à la servitude et ont atténué leur misère. IT est
ridicule d’être arabophile ou arabophobe. Il convient d'être et de s’efforcer de demeurer arabojuste.
C'est en répandant le bien être dans la démocratie indigène qui peine ét qui mérite l'estime de ses protecteurs, c’est en développant les œuvres de mutualité et de prévoyance parmi le peuple arabe imprévoyant et opprimé par une bourgeoisie qui est hostile à notre mission civilisatrice parce que ses abus et ses privilèges sont progressivement restreints, c'est en moralisant l'administration et la Justice indigènes que notre action sera véritablement bienfaisante et que nous pourrons espérer gagner les sympathies et la reconnaissance de la masse arabe en admettant qu’elles puissent être gagnées sans réserve. A condition toutefois de ne pas nous departir de la justice et de la sévérité qui s'imposent pour administrer les peuples musulmans, nous aurons accompli une œuvre utile et élevée et il nous sera possible d’atténuer sinon de faire disparaître complètement la défiance innée que tout croyant professe à l'égard de l’infidèle. Les tragédies attristantes et déconcertantes de Kasserine et du Djellaz ne détourneront certainement pas la France de sa mission civilisatrice.
Le Président de la Thèse :
Signé : B. RAYNAUD.
VU : Le Doyen, Signé : G. BRY.
Vu et permis d'imprimer,
Aix, le 16 Mars 1914, Le Recteur de l’Académie,
Digné : J. PAYOT.