‹ La Lutte Contre la LèpreChapitre 32 sur 50 · ID · texte numérisé non relu

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réduits à les prendre dans la mer et ceux-là sont plutôt irritants (Noel). Les eaux polluées par le contact des lépreux devront se déverser directement dans la mer. À Madagascar, à la Guyane et aux Antilles, elles sont considérées par les indigènes comme une cause de contagion. Quand les lépreux de Guyane eurent été transportés de l’île du Diable dans une ile du Maroni, ils ne se génèrent point de se baigner dans le fleuve, d'y laver leur linge et de le souiller de leurs déjections. M. Lafaurie attribue à ce voisinage les cas de lèpre observés parmi les femmes, internées en aval, au village de Saint-Laurent, et qui se baignaient dans le Maroni.

L’éloignement des villes devra être assez considérable Pour assurer l'isolement, pas assez pour effrayer les malades et leurs proches. On peut envisager l'établissement d'une léproserie sur la terre ferme, ou dans une ile, au milieu de la mer.

Les léproseries terrestres seront établies dans les territoires où la lèpre sévit avec le plus d'intensité, on y internera de préférence les lépreux capables de pourvoir à leurs besoins ‘ou que leurs parents entretiennent. Chaque fois que cela sera possible, on les installera dans une ile inhabitée des fleuves, où ils pourront se livrer à la culture et construire des villages. À défaut d’une ile, ils seront groupés en colonies, toujours distantes des agglomérations urbaines et entourées d’une clôture effective. On choisira de préférence la rive d’un fleuve, à débit régulier, en aval des lieux habités. Aucune habitation ne pourra être construite dans un rayon de 500 mêtres autour de la léproserie.

Par suite de l’accroissement rapide de la’population, le village des lépreux de Hanoï formait, il y a quelques années, une véritable enclave dans la ville même. Ce village était adossé à l'hôpital et Les logements des infirmiers européens et indigènes étaient contigus aux cases des malades, sans qu il y eùt aucune démarcation. Comme le terrain sur lequel s'étaient établis ces lépreux avait acquis une valeur considérable, ceux-ci furent en partie expropriés ou expulsés et l’on construisit aussitôt sur ce sol imprégné de sanic lépreuse des habitations pour les colons européens.

La léproserie de Maudalay, où vivent actuellement 230 lépreux, est entourée d’une simple clôture de bambou. Il s’est formé dans son voisinege immédiat, à 400 mètres environ de la porte d'entrée, une petite agglomération de 30 à 40 familles, composée en grande partie de cantiniers. Il y a un va-et-vient incessant entre les lépreux de l'établissement et les habitants de ce petit village. Or, en examinant superficiellement quelques-unes de ces familles qui vivent au voisinage des lépreux, M. Jeanselme a pu reconnaitre neuf cas de lèpre.

Il y a beaucoup de médecins pour lesquels une île constitue l'idéal d’un parfait isolement. On la choisira assez éloignée des côtes pour que toute évasion soit impossible, riche en terres cultivables, abondamment pourvue d’eau, assez boisée et peu peuplée, puisqu'il faudra la faire évacuer par la population saine. Les lépreux valides recevront des terres, sur lesquelles ils pourront construire des villages à leur guise. Ils auront tous les privilèges de la

liberté, à la condition toutelois qu'ils ne fassent aucune

tentative pour sortir de l'ile. Les Américains ont installé une léproserie à l'île aux Chèvres, près de Porto Rico.

On peut faire au choix d’une ile certaines objections : elle n’est pas abordable en tout temps ; son ravitaillement ot l'inspection médicale dépendent de la mer et des vents. On verra toujours là une ile déserte et son éloignement ellraiera les pauvres malades et leurs parents. Il en résultera que les malades auront de la répugnance à se laisser déporter, et que leurs parents les tiendront cachés, ce qui augmentera pour. l'entourage les dangers de la contagion.

Les lépreux qu'on aura réussi à interner chercheront à s'évader ; il faudra en revenir au pénible et coùteux SYStème des perquisitions, pour raltraper les fugitifs et les réintégrer par la force dans l'asile. Tout cela suscitera le mauvais vouloir des populations contre l'isolement des lépreux et finira par faire de l'ile une ile du Diable, comme celle où Dreyfus fut enfermé. M. Jeanselme propose avec raison de réserver les léproseries maritimes aux lépreux vagabonds, indigents et sans famille.

On w’oubliera pas que les climats trop humides sont défavorables aux lépreux et que la brise de mer, dans les pays tropicaux, est un sérieux facteur de santé,

Les bâtiments seront construits sur un sol suffisamment poreux, et au besoin sur pilotis. Trop d'arbres dans l’établissement pourraient donner asile aux moustiques et des bois trop rapprochés entraveraient l’ Gene bienfaisante des vents.

L'échec des léproseries partielles en Nouvelle-Calédonie démontre toute l'importance d’un choix judicieux de l’emplacement. On avait décidé que les chefs de tribus installe-

raient des léproseries dans 42 localités et qu’ils y enverraient tous les malades ; ceux-ci devaient être placés sous la surveillance de la gendarmerie et du service des affaires indigènes. Les grands chefs étaient rendus responsables de leur isolement.

Chaque tribu devait pourvoir à la nourriture et à l’entretien de ses lépreux; l’administration locale leur venait en aide, par le don de ! kilog de riz par semaine et par homme. Les résultats furent déplorables. Certaines léproseries étaient trop rapprochées des villages et les malades ne pouvaient résister à la tentation d'y passer la plus grande partie de leur temps ; d'autres étaient trop éloignées : il arrivait souvent que les tribus négligeaient de ravitailler leurs lépreux, et ceux-ci en prenaient prétexte pour se rendre dans leurs familles.

Dans les îles Marquises, au contraire, l’élablissement des léproseries partielles a été suivi de succès, parce qu’on internait les malades dans des vallées immenses, d’un abord difficile, mais qui leur permettaient de subve-

nir à leurs besoins en leur laissant une liberté relative (1). VI. — Bâtiments

Les bâtiments de la léproserie devront être en rapport

avec les conditions climatériques du pays; d’une façon

générale, ils seront simples, bien aérés, faciles à nettoyer,

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