‹ La Lutte Contre la LèpreChapitre 4 sur 50 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Il est peu de maux plus anciennement connus que la lèpre. Les plaies dégoütantes, par où elle se manifeste, sa marche inévitable ont préoccupé de bonne heure les chefs des peuples. Elle est décrite dans le Rig Véda 1.500 ans avant l'ère chrétienne et l’on croit volontiers que l'Inde est le pays d’où elle s’est répandue sur le monde. Un papyrus égyptien parle d’elle en termes assez vagues, 2.400 ans avant Jésus-Christ, et les lois du Pentateuque, écrites depuis vingt-cinq siècles, devaient être copiées sur les coutumes de tribus beaucoup plus anciennes. Les Perses en étaient affligés ; les Phéniciens l'ont portée dans tous leurs comptoirs, sur les rivages de la Méditerranée ; le monde grec et l'empire romain leur en sont peut-être redevables, quoique Lucrèce la fasse venir de l'Egypte. Au moyen âge, les croisades, en développant les relations avec l'Orient, lui donnèrent une merveilleuse extension

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ans les pays de la chrétienté. Cependant, elle paraît d’être introduite en France dès la fin du vrr siècle. Elle fut d’abord signalée dans les Pyrénées ; puis elle se répandit dans les Landes, la Guyenne, la Gascogne et, de proche en proche, gagna toutes les provinces, où elle fit, pendant plusieurs siècles, de très nombreuses victimes. La terreur qu'elle inspirait donna naissance à de sévères mesures de protection, qui arrêtèrent la marche du fléau et détruisirent bientôt son génie malfaisant. En 1693, Louis XIV pouvait abolir les règlements du moyen âge et transformer les maladreries en établissements généraux hospitaliers : il n'existait presque plus de lépreux dans son royaume. On ne tarda point à oublier l'existence de ces misérables, qui se cachaient en des campagnes reculées. C'étaient d'ordinaire, de pauvres gens ; il ne leur paraissait pas qu’ils eussent besoin des médecins, pour des plaies dont ils ne souffraient point et qu’ils pansaient comme ils pouvaient ; ceux qu’on rencontrait, par hasard, étaient rangés, le plus souvent, parmi les victimes de la syphilis. Les pouvoirs publics et les médecins cessèrent de se préoccuper d'une maladie, qui n’était plus un danger et qu'ils regardaient désormais comme étrangère au pays.

Un tel désintéressement n’est plus possible aujourd’hui. Les recherches modernes ont mis en évidence la fréquence de la lèpre en dehors de l’Europe et ses progrès redoutables. Les relations entre les peuples, qui se sont développées à l'infini, risquent de la propager parmi nous.

La France esl devenue ce qu’on appelle une grande puissance coloniale. Elle s'est emparée de vastes territoires

dont elle espère tirer du profit et quelque gloire. La lèpre

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sévit, presque partout, sur les populations qui les possédaient. Nous leur avons ôté l'indépendance et une partie de leurs terres ; trop souvent, elles ont reçu de nous, la variole, la tuberculose, la syphilis et l’alcoolisme. Il y aurait quelque justice et quelque honneur à les soulager un peu de leurs maux et à faire disparaître un fléau qui les décime.

Quand cette considération ne nous toucherait point, la lèpre mériterait encore de retenir notre attention. Nous envoyons dans ces pays lointains des marins, des soldats, une multitude de fonctionnaires et des forçats ; des commercants, des missionnaires, des voyageurs les parcourent en tous sens et reçoivent l'hospitalité des indigènes ; de loin en loin, quelque colon s’y installe. Parmi tous ceux-là, le fléau n’a déjà que trop fait de victimes et leur nombre grandit chaque jour. La France ne fera-t-elle rien pour protéger les plus hardis de ses citoyens ? Il y va de sa propre sécurité. Revenus dans leur patrie, les sujets contaminés se mêlent à la population saine et peuvent être considérés chacun comme un foyer de contagion. Ils sont pour leurs familles et leurs concitoyens un danger qui va croissant.

Nous allons montrer, par une revue rapide, l'importance de la lèpre dans le monde ; nous en prouverons la contagion — que certains s’obstinent à nier — et nous étudie-

rons les moyens d’en arrêter les ravages.

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