TON
en priant Dieu de les animer pour moi et de me donner un ami ! Mais les arbres sont muets ; leur froide écorce me repousse : elle n’a rien de commun avec mon cœur, qui palpite et qui brûle. Accablé de fatigues, las de la vie, je me traine de nouveau dans ma retraite, j’expose à Dieu mes tourments, et la prière ramène un peu de calme dans mon âme. »
Du moins, quand il contemplait de sa tour les montagnes lointaines, qui se confondaient le soir avec le ciel, le sentiment de l'espérance ranimait son courage et les félicités éternelles qu’il entrevoyait, l'aidaient à supporter la perte de tous les plaisirs sur la terre.
Aujourd’hui, que les dieux s’effacent dans le crépuscule des siècles, et qu'il n’y a plus d'étoile pour les yeux des morts, combien plus terrible est devenue son angoisse ! Avec quelle fureur le paria réclame son patrimoine de bonheur, avant de se dissoudre au sein de la terre, pour renai tre dans les végétaux insensibles ! Qui, désormais, contiendra les élans de son imagination et les révoltes d’un cœur tout plein de haïne pour une nature et une humanité également marâtres ?
Plaignons-le ! mais que notre pitié soit agissante, n’épargnons rien pour qu'il puisse parfois se réjouir d’une vie dont il serait cruel de prolonger la durée si nous en avions Ôôté toutes les joies. La pire souffrance du lépreux d'Aoste était le sentiment de sa solitude: soyons attentifs à soigner ses plaies ; qu'il sente autour de lui non le dégoût mais la tendresse et la compassion ; donnons-lui des amis, une compagne. Elargissons l’enceinte de sa prison, pour
qu'il-en oublie l’existence, et gardons-nous de mettre sous
bros
ses yeux les plaisirs des hommes dans la cité voisine. Qu'il vive, en travaillant, dans une ile verdoyante et fertile, sous un beau climat. Avec ses villages, ses champs, ses montagnes et ses bois, la léproserie sera comme un état minuscule, où les lois seront plus douces qu’en bien des pays. Les fatigues de la lutte y seront inconnues et le souci d'une famille à soutenir ne mettra point de rides au front du lépreux. Regrettera-t-il la liberté ? C’est une chimère pour laquelle on meurt, pour laquelle on tue, et qui s’évanouit sous les entraves dont la chargent les sociétés.
Surtout, laissons l'espoir au misérable. Les arrêts de la médecine ne sont point immuables : ses progrès sont son excuse. Il y à quarante ans, ia tuberculose était réputée incurable : cependant on sauve aujourd’hui beaucoup de ceux qu'elle a frappés. Si l’on traitait plus souvent le lépreux dès le début de sa maladie, si on le mettait dans de meilleures conditions pour résister, sans doute les guérisons seraient moins rares. Répéter à un malade qu'il est enfermé jusqu’à la mort, faire entrer dans son âme le plus mortel désespoir, c'est vouer d'avance à l'impuis- Sance lous les efforts pour le sauver. Quand un lépreux s'arrêtera, pris d'angoisse, à la porte d’un asile, il faut
qu'il trouve un médecin pour lui dire :
Guardate ogni speranza, voi ch'intrate,