‹ La Lutte contre la tuberculose en SuèdeChapitre 1 sur 78 · Aperçu historique · texte numérisé non relu

Aperçu historique

Le nombre de décès par tuberculose dans les villes de la Suède est bien connu depuis 1860; à partir de cette année tous les décès doivent y être attestés par un médecin. Cette attestation n'étant obligatoire que pour les villes, les déclarations de mort par tuberculose faites à la campagne restent toujours très incertaines.

Prenant pour point de départ le nombre de décès par tuberculose dans les villes, on a essayé d'évaluer approximativement la mortalité par tuberculose dans tout le pays.

A Stockholm 16,180 personnes moururent par phtisie pendant la période 1871 — 1895; la somme totale de tous les décès s'y élevait pendant la même période à 114,672; 15 ^'/„ de tous les décès étaient donc causés par la tuberculose pulmonaire.

Pendant la période 1875 — 1894, un peu plus de 45,000 personnes moururent par phtisie, selon Dovertie, dans les villes de la Suède, ou 2,250 par an. On peut admettre que dans tout le royaume plus de 13,000 personnes meurent de phtisie par an.

Le nombre de personnes affectées par tuberculose pulmonaire a été estimé à 60,000, chiffre qui est assurément trop bas. (La population de tout le royaume de Suède s'élevait en 1903 à un peu plus de 5,221,000 personnes).

La question si importante de la tuberculose et le mode de la combattre est depuis longtemps l'objet d'un vif intérêt de la part des médecins. A l'instigation de M:r le Professeur Henschen, ce sujet fut mis

sur le tapis à un congrès de médecins suédois, qui eut lieu à Norrkôping 1887. On y nomma une commission, qui devait envoyer des circulaires à tous les médecins et à tous les vétérinaires du royaume pour gagner ainsi une connaissance exacte de l'extension de la tuberculose chez les hommes et chez les bovidés. Aux congrès suivants la tuberculose fut aussi mis sur le programme et donna lieu à des discussions fort vives.

La Société des médecins suédois ayant consacré plusieurs séances à la discussion de la tuberculose se prononça dans une séance tenue vers la fin de l'année 1896 de la manière suivante:

i) La tuberculose est une maladie qui atteint toutes les classes de la société et tous les âges; elle est la cause de la grande majorité de tous les décès. En vertu de la statistique de la mortalité pendant les dernières 30 années dans les villes de la Suède, on a calculé qu'environ un sixième de tous les décès y ont été causés par la tuberculose ; la tuberculose pulmonaire seule est la cause d'environ un septième de tous les décès. A la campagne la mortalité est un peu moins grande. On estime qu'environ 12,000 personnes meurent de tuberculose tous les ans.

2) La tuberculose est très répandue dans notre pays chez les animaux domestiques, surtout chez les bovidés et les porcs; les parties centrales et méridionales de la Suéde sont les plus atteintes: il y a là des basses-cours où jusqu'à 75 à 80 Vo des vaches sont infectées.

6) Il a été prouvé par des examens anatomo-pathologiques, aussi bien que par des expériences cliniques, que la turberculose pulmonaire chez l'homme est guérissable.

7) On a obtenu les résultats les plus heureux en traitant des tuberculeux par la méthode hygiéno-diététique dans des établissements spéciaux — les sanatoriums.

8) Il est nécessaire de prendre des mesures publiques contre la tuberculose, et ces mesures doivent avoir pour but:

a) Création de sanatoriums pour tuberculeux, où seront soignées des personnnes peu aisées et qui sont encore curables.

b) Fondation d'asiles pour des tuberculeux chez lesquels la maladie est plus avancée.

c) Stérilisation des crachats des tuberculeux dans les établissements publics: écoles, locaux de réunion, wagons de chemin de fer etc.

d) Désinfection ou ncttoya<;c des loj^cnicnts des ]K;itrinairc.s.

c) Publication d'ouvrages sur la tuberculose i)our enseigner le [ju- 1)1 ic du mode de combattre cette maladie.

f Lutte antituberculeuse chez nos animaux domestiques.

12) La tuberculose peut se diagnostiquer avec certitude a laide de la turberculine; il est donc désirable que les traitements par la tuberculine soient favorisés et que l'Etat donne des subventions a cet effet.

Il fut considéré de la plus grande importance de répandre dans le pays la connaissance de la tuberculose, ainsi que de communiquer au grand public l'instruction quant aux mesures à prendre pour Ja combattre.

A cet effet le Gouvernement suédois, à l'instigation de la Société des médecins, ouvrit un concours pour la publication de petits ouvrages traitant ce sujet et décida que 3 prix de respectivement 1,500 kr. (= 2,070 fr.), 1,000 kr. (= 1,380 fr.) et 500 kr. (=690 fr.) seraient décernés aux meilleures brochures présentées.

A la clôture du concours, le premier avril 1898, le premier prix fut décerné au D*" E. Nilsson, médecin major, pour une brochure »De la Phtisie», le deuxième au D"^ R. A. von Post pour la brochure: »Qu'est-ce que nous pouvons faire contre la tuberculose?» et le troisième au D'' J. E. Bergvall pour un exposé sommaire, mais complet, du sujet en question.

La première de ces brochures, qui est en format de poche et contient 48 pages, à été imprimée aux frais de l'Etat en 200,000 exemplaires pour être distribuée gratuitement ; la deuxième, qui est in-octavo et qui aussi a été imprimée aux frais de l'Etat, est vendue au prix modique de 15 ore {= 21 centimes).

Pour la publication de ces brochures populaires le Gouvernement a alloué une somme de 21,150 kr. (= 29,375 francs).

Dans le calendrier suédois de l'année 1901, un extrait de la brochure du D^ von Post a été inséré, occupant 12 pages. Le calendrier, dont la publication en Suède est un privilège réservé exclusivement à l'Académie des sciences, est le hvre périodique le plus répandu du pays; la grande majorieté des habitants du royaume auront donc reçu un exposé bref, mais complet, de tout ce qui concerne la tuberculose.

Pour les excellants travaux d'instruction de la Ligue Nationale, voir ci-dessous.

La nécessité de fonder des établissements spéciaux pour le traitement des tuberculeux fut accentuée dans cette déclaration. Malgré l'organisation en général excellente des hôpitaux suédois, un petit nombre seul de tuberculeux purent y être soignés, vu que la grande majorité des hôpitaux n'étaient organisés que pour soigner des maladies aiguës. Les chiffres officiels de la période 1890— 1900 démontrent aussi que dans tous les hôpitaux provinciaux du royaume on n'a soigné qu'environ 1,500 tuberculeux par an, tandis que le nombre de ceux atteints par cette maladie s'élève à environ 60,000.

Le Fonds jubilaire du Roi Oscar IL

A partir du 18 septembre 1897, 25^^™® anniversaire de l'avènement au trône du Roi Oscar II, la lutte antituberculeuse en Suède est entrée dans des voies pratiques. Le Roi décida ce jour que la somme de 2,200,000 kr. (= 3,140,000 francs), laquelle, cotisée par une souscription nationale, lui fut livrée, serait employée à la fondation de 3 sanatoriums pour le traitement de tuberculeux indigents qui sont encore curables ou au moins améliorables au point de pouvoir devenir aptes au travail. Comme la somme donnée, calcul des dépenses fait, se montrait insuffisante pour la construction et l'entretien de plus de 2 sanatoriums, le Riksdag alloua encore une somme de 850,000 kr. (= 1,185,555 francs) pour l'érection d'un troisième sanatorium et accorda en outre les terrains nécessaires sur les domaines de l'Etat ainsi que le bois de construction.

Pour la description des 3 sanatoriums, voir ci-dessous.

La Ligue Nationale suédoise contre la tuberculose.

A l'initiative de l'Association générale des médecins suédois, il se forma en Suède au commencement de l'année dernière (1904) une ligue antituberculeuse, qui devait travailler d'après les mêmes principes que les sociétés instituées dans le même but à l'étranger.

La mission de la Ligue est de combattre la tuberculose en Suède de toutes les manières possibles, et à cet effet le Conseil de la Ligue organise des réunions et institue des comités locaux, où se traite la question de la lutte contre la tuberculose.

Chacun payant la cotisation annuelle de 2 kr. (= 2,76 francs) ou versant la somme d'au moins 100 kr. (=-- 138 francs) devient membre de la Ligue. On peut le devenir aussi à meilleur marché, si au moins

une cin(|ii;intain(> de i>er.s()niu\s, gens a|)|)arl(Mi;int à la même profession ou au même i4i'ou[)e, annoncent en même tem[)s leur adhésion à la Ligue.

Ci-dessous nous allons donner le compte-rendu des travaux faits par la Ligue Nationale pendant l'année 1904 pour combattre la tuberculose; les détails sont tirés du rapport annuel de la Ligue pour l'année 1904.

Par les soins de la Ligue et en grande partie à ses frais, de nombreuses coiifcrciiccs populaires ont été organisées partout dans le paj-s (240 pendant 1904) et deux brochures populaires sur la question tuberculeuse ont été distribuées dans un grand nombre d'exemplaires; parmi ces articles, celui du D^ J. Tillman, » Traitement de sanatorium a la maison» a eu un certain retentissement.

Pour combattre une peur exagérée de la tuberculose et propager la connaissance de cette maladie, on a distribué aux auditeurs des conférences une feuille^ «Communication de La Ligue nationale suédoise contre la tuberculose» contenant les points cardinaux de la théorie de cette maladie ainsi que l'affirmation que la transmission de la contagion était facile à prévenir, si les précautions prescrites à cet effet étaient observées.

Un concours a été ouvert et deux prix ont été décernés pour la meilleure publication d'un ouvrage intitulé: «Comment empêcher la propagation de la phtisie à la maison .r*», et un grand mombre d'exemplaires de l'ouvrage populaire »La phtisie», édité par le D"^ Ernest Nilsson, ont été distribués.

Grâce à l'obligeance du Conseil supérieur du »Fonds jubilaire du Roi Oscar H», il a été possible à la Ligue de pouvoir envoyer, tous les ans, six jeunes médecins aux sanatoriums de ce fonds, où ils pourront acquérir des connaissances spéciales du diagnostic, du traitement et de l'hygiène de la tuberculose. Les dépenses pour le séjour de ces médecins aux sanatoriums seront soutenues par la Ligue Nationale.

Quant aux mesures à prendre pour prévenir la propagation de la tuberculose dans les fabriques et les ateliers, la Ligue nationale s'est mise en rapport avec la Société hygiénique de Stockholm, laquelle a mis cette question si importante sur son programme.

Une somme de 5,000 kr. (= 6,944 .... francs) a été allouée par la Ligue pour l'installation et l'organisation d'une section tuberculeuse

' Pour la Communication, voir ci-dessons.

dans le musée qui est en fondation pour l'exposition d'articles préventifs contre les dangers que courent les artisans des différents métiers.

Pour montrer comment la tuberculose peut être combattue et confinée dans les familles ouvrières, pourvu que ces familles ne tombent pas dans la misère, la Ligue a loué à la ville de Stockholma une maison contenant des appartements pour ouvriers; après avoir mis ces habitations en état salubre, la Ligue les a louées à des ouvriers poitrinaires ayant des enfants sains pour une somme réduite en mesure que l'ouvrier malade était moins capable de travailler. Dans chaque appartement une affiche est apposée au mur avec l'instruction de ce qu'il faut faire pour empêcher la propagation de la maladie aux enfants. Un médecin spécial, assisté par une garde-malade, soigne et surveille ces familles ouvrières. De temps en temps on aide les malades avec le nettoyage de leur logement, et on leur distribue du bois pour les indemniser de la chaleur qui se perd par la nécessité d'aérer fréquemment. Pour que les enfants reçoivent une nourriture saine, on leur sert, chaque matin, dans la salle de réunion un bon repas nourissant.

Le premier dispensaire en Suède, lequel a commencé ses fonctions à Upsal, reçoit des apports de la Ligue; elle va probablement aussi secourir d'autres oeuvres de ce genre.

Pour protéger les enfants sains dans des familles tuberculeuses contre l'infection de la maladie, la Ligue a décidé de faire des démarches pour le transfert de ces enfants dans un milieu, où leur vie et leur santé ne seront pas menacées, et pour la réalisation de ce projet elle a alloué une somme de 50,000 kr. {=69,444 francs).

Vu la différence prononcée qui existe en Suède entre les institutions et les habitudes des villes et celles de la campagne, il faut procéder d'une tout autre manière, quand il s'agit de lutter contre la tuberculose à la campagne. La Ligue a l'intention de se mettre à l'oeuvre et de montrer par la pratique ce qu'il faut faire à cet effet. Elle veut choisir une contrée pauvre, éloignée de tous les moyens de communication et habitée par une population peu mouvante, où sévit la tuberculose, et y établir une infirmerie pour le traitement des malades et un »home» pour les enfants sains, qui risqueraient d'attraper la maladie dans leurs familles. Les soins des malades seraient confiés à un médecin assisté par une garde-malade. Avant de commencer cette tâche, on soumettra toute la population de la contrée à un examen minutieux. Après quel-

ques années un nouvel examen de l'état de santé de la contrée donnera le résultat des mesures prises.

11 n'entre pas dans les fonctions de la Ligue d'élever elle-même des établissements de cure pour tuberculeux, mais elle tâche par tous les moyens possibles d'influencer les conseils généraux, les communes et d'autres autorités pour attirer leur attention sur le besoin d'en fonder, pour que les malades qui, encore aujourd'hui, frappent en vain aux portes des hôpitaux, puissent trouver des soins quelque part.

Mais il faut aussi tâcher de tout faire pour construire et aménager ces établissements d'une manière aussi pratique que possible, pour que les dépenses ne soient pas trop onéreuses aux communes respectives.

Les difficultés économiques seraient probablement atténuées, si l'on réunissait plusieurs établissements où sont soignés des malades selon le degré de la maladie (asiles, sanatoriums) dans des unités ou que l'on pût annexer les établissements nouveaux aux hôpitaux déjà existants. Pour l'étude de cette question la Ligue a institué un comité, qui doit présenter des projets de dessins et des devis pour la construction d établissements de cure pour tuberculeux. Lorsque ce comité aura terminé ses travaux, le résultat de ses calculs sera mis à la disposition de ceux qui voudront en profiter.

Pour gagner une connaissance complète de la propagation de la tuberculose dans le pays, la Ligue a fait élaborer un formulaire à l'usage des médecins, lesquels, dans un but statistique, veulent bien prendre à charge de recueillir des détails quant aux tuberculeux dans leur cercle d'action.

Foinnulaire pour établir une statistique de la tuberculose, (faite par la Ligue Nationale suédoise contre la tuberculose).

Nom (ou initiales):

Etat civil et sexe:

Âge:

Profession ou occupation:

Province :

Ville :

Commune rurale:

Adresse :

Forme de la maladie [phtisie, tuberculose ganglionnaire, osseuse etc.]

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