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Mortalité par Tuberculose pulmonaire dans les
villes de la Suède pendant les années
Par
Carl Runborg et Gustav Sundbàrg.
La statistique des causes de décès a eu en Suède une histoire assez singulière. Pendant la période 1751/1830, c'est-à-dire pendant pas moins de 80 ans, nous autres Suédois nous étions les seuls de tous les peuples à posséder une statistique complète de ce sujet, et une statistique si riche en détails que même aujourd'hui il y a très peu de nations qui puissent présenter quelque chose d'analogue. Dans un article précédent de cette publication nous avons communiqué encore quelques notes sur cette statistique et sur son sort. Elle avait malheureuse ment le défaut de ne pas être élaborée par des gens de profession comme toute notre statistique de la population elle avait été fournie par le clergé. Dans l'article dont nous venons de parler, nous avons, espérons-nous, montré que les défauts, causés par son origine, n'étaient pas si grands qu'on pourrait le présumer à priori, mais ils furent pourtant considérés assez grands pour provoquer, en 1831, l'abrogation de toute cette série de relevés, démarche que la postérité ne peut que regretter vivement.
A partir de 1831, notre statistique officielle pour le royaume tout entier ne donne donc des renseignements que pour les épidémies, les morts violentes et les suicides. Quant aux autres causes de décès la déclaration n'est pas obligatoire. Dans un assez grand nombre de cas, d'autres causes de décès que celles ci-dessus sont pourtant annotées, depuis qu'à partir de 1860 les détails pour le mouvement de la population du royaume sont donnés par des listes nominatives.
l'our les villes de l;i Siiecle la déclaration coinpK.te de la cause de décès est oblit^atoiie depuis 1860, et elle doit être faite i)ar un homme de profession, c'est-à dire par un médecin.
Pour cette partie de la population de notre pays il est donc possible de donner un aperçu complet du sujet (lui nous est ijrojKJsé, c'est-à-dire de la mortalité causée par la tuberculose puli/ioiuri/r.
11 faut dès a présent signaler une singularité dans neutre démographie suédoise, c'est que chez nous toutes les indications quant à la population et ses changements (mariages, naissances, décès etc.) ont rapport à la population de eiroit, non comme dans la plupart des autres pays à celle de fait. Cela veut dire qu'en Suède chacun, pendant sa vie comme à sa mort, est toujours référé à l'endroit où il a son domicile légal, pas à l'endroit où il se trouve fortuitement au moment du recensement ou à l'occasion de sa mort. C'est pourquoi les grands hôpitaux ou les hospices n'induisent pas en erreur chez nous comme cela arrive si souvent dans d'autres pays; dans notre statistique il y a toujours analogie complète entre le nombre des décès et la population parmi laquelle sont arrivés ces décès.
Par une révision des registres mortuaires pendant la période 1 861/1900, le soussigné Runborg a soumis les attestations des décès par tuberculose pulmonaire à un traitement îmifornie; les chiffres ci-après dévient donc un peu des chiffres officiels, publiés aux différentes époques, mais ces déviations ne sont pas de grande importance. Dans ce travail le principe a été suivi de compter comme tuberculose pulmonaire tout ce qu'aujourd'hui on réfère en général à cette maladie. Ainsi, à part la tuberculose pulmonaire et la phtisie pulmonaire, tous les cas de pneumonie chronique ont été compris dans cette étude. Selon l'usage courant, de tels cas figurent aussi ici où à part les diagnostics ci-dessus, d'autres causes de décès ont été indiquées, attendu que, dans ces cas, la cause essentielle de la mort a été la tuberculose pulmonaire. Ces trois diagnostics (tuberculose pulmonaire, phtisie pulmonaire et pneumonie chronique) constituent la base de cette statistique, tandis que d'autres diagnostics qui y figurent n'apparaissent qu'en relativement petit nombre.
Comme les cas de pneumo-hémorragie reposent en général sur un fondement tuberculeux, ils ont aussi trouvé place ici. Au contraire les quelques cas de pleuro-pneumonie n'y figurent que s'il est directement indiqué qu'ils étaient de nature tuberculeuse, ou si de quelque manière
il ressort nettement qu'ils l'étaient. Quant aux diagnostics: tuberculose, tuberculose généralisée et tuberculose aiguë, il n'y a eu hésitation que très rarement, puisqu'en général les registres mortuaires donnent l'indication comment il faut procéder dans les cas respectifs.
Il n'y aura guère plus rien d'important à ajouter quant au traitement du matériel. Il est évident que dans cette statistique ne figurent pas les cas de tuberculose dans d'autres organes que les poumons, comme tuberculose cérébrale, osseuse, articulaire etc.
La différence entre la campagne et la ville est en Suède de nature légale; une place n'est comptée comme ville que si elle a reçu des droits de cité. C'est pourquoi plusieurs de nos villes se trouvent, quant à leur population, au-dessous de la limite internationellement admise pour les villes, c'est-à-dire 2,000 hab., mais la population totale de ces petites communes est trop insignifiante (voir le Tabl. 6) pour excercer une influence disturbante sur l'examen de la population totale des villes.
Quoique nos villes suédoises soient généralement petites, la mortalité y était autrefois en règle considérable. Pendant la période 1861/1870 un changement favorable à cet égard se produisit, causé probablement en premier lieu par la réorganisation de l'administration communale, qui eut Heu alors.
Le tableau ci-après donne un aperçu de la mortalité autrefois et maintenant :
Années.
Taux de mortalité
Nombre
de
décès
par an
et sur
1,000 hab.
des
villes en pour-
Tout le
La
Campag
ne.
Les Villes.
cent
sur celui de la
royaume
campagne.
Jusqu'en 1860 le taux de la mortalité des villes était ainsi chez nous environ 50 °/c. plus grand que celui de la campagne, mais pendant la période 1891/1900 cette triste supériorité s'était baissée à seulement 8 °/o. En 1902 il arriva pour la première fois dans notre pays que le taux des villes était plus bas que celui de la campagne.
Si nous divisons nos villes par rapport à leur population plus ou moins grande, il ressort que la très grande amélioration constatée cidessus se retrouve dans tous les groupes. Pendant chacune des quatre der-
nicrcs périodes dcccnnalcs, le nombre uiinuel de décès a été sur mille habitants:
Dans les \'illcs '
i88i/(jo.
Avec plus de 100,000 liabitants .
» moins de 2,000 »
L'amélioration a été le plus énergique dans les grandes villes, et la supériorité ancienne des petites villes à cet égard paraît avoir presque complètement cessé.
Une division de nos villes d'après leur position géographique n'est pas non plus sans intérêt. Elle donne pour les quatre périodes les chiffres suivants :
Dans les villes
Sur le Golfe de Botnie . .
Stockholm
Autres villes sur la Baltique Sur le Sund ....
A la côte d'ouest .
Sur le lac Vânern .
» . » » Vâttern
» » » Mâlaren A l'intérieur du pays
Les chiffres ci-dessus n'exigent pas de commentaires.
Pour orienter un peu un lecteur étranger, nous avons donné à la page suivante (Tableau i) un aperçu de la diminution de la mortalité dans chacune de nos villes relativement considérables, en indiquant en même temps leur développement plus ou moins rapide quant à la population. Il est évidemment impossible d'entrer trop en détails; nous relevons seulement le fait caractéristique que pendant la période 1861/70 les villes du sud de la Suède (Malmô, Hàlsingborg, Lund, Kristianstad, Karlskrona etc.) occupaient une place beaucoup plus favorable que les autres villes du pays, tandis que de nos jours les villes du centre et du nord de la Suède les ont rattrapées.
^ La population se rapporte à la fin de 1900.
Tableau, i. Population et mortalité des villes relativement grandes
de la Suéde. '
Décès F
ar an e1
. sur 1,000 hab.
de la
populat
ion moyenne.
Stockholm .
Gothembourg Malmo . . .
Norrkôping .
Gâfle ....
Hâlsingborg Kariskrona .
Jônkôping .
Upsal ....
Orebro . . .
Lund ....
Borâs ....
Halmstad . .
Sundsvall . .
Linkôping .
Landskrona Eskilstuna .
Kalmar . . .
Vâsterâs . .
Karlstad . .
Sôderhamn .
Kristianstad
Nous procédons maintenant à l'étude de la cause de décès spéciale : la tuberculose pulmonaire. Nous allons rendre compte en général de la fréquence de cette cause de décès dans nos villes et puis faire subir un examen spécial à la ville de Stockholm à cet égard pendant la période 1891/ 1900; nous donnerons pour cette ville un aperçu spécifié de l'âge, du sexe et de l'état civil des décédés par tuberculose pulmonaire.
Mortalité par tuberculose pulmonaire dans toutes les villes de la Suède pendant 1861/1900.
Le résultat général ressort des chiffres ci-après (comparer Tabl. 6) :
Années.
Population moyenne.
Morts de tuberculose pulmonaire.
TVT u j. t 1 Par an et sur
Nombre total.
I5'ii7 20,010
1,000 hab.
^ Villes avec plus de 10,000 habitants.
La marche du clcN'cloppcnicnl est cvidciitc; le cliilTie iiioiUiaire poulies derniers dix ans, ou 2,70 sur mille, ne mettra pas nos villes suédoises dans une position défavorable, si on les compare aux villes d'autres pays, quand môme notre pays, cjuant à la tuberculose, n'occu{)e pas le haut rang entre les nations de l'Europe qu'il occupe, quand il s'agit de la mortalité générale.
En jetant un coup d'oeil sur les chiffres ci-dessus, on est frappé par la liait ssc' de la fréquence de la tuberculose que montre ])ar exception la période 1871/80. Cette hausse pourrait pcut-ctre et en quelque petite mesure être provoquée par le fait que les chiffres pendant 1861/70, n'étant pas encore si complets qu'ils le sont plus tard, donnent un résultat trop favorable pour cette période.
Il est pourtant hors de doute qu'une hausse réelle eut lieu pendant 1871/80, et l'explication de ce fait est à chercher dans l'essor que prit à cette époque l'industrie dans nos villes; ce développement rapide de l'industrie ne marchant pas de pair avec une activité correspondante dans d'autres domaines, les entreprises de construction et les dispositions communales restaient en arrière, d'où il résulta que l'état sanitaire de beaucoup de nos villes était peu avantageux à cette époque (comparer les chiffres à la page précédente).
D'autre part la diminution de 3,24 sur mille pendant la période 1871/80 à 2,70 sur mille pendant la période 1891/1900 prouve les progrès considérables qu'a faits notre pays pendant les dernières années quant au bien-être hygiénique, économique et social. Les instructions données pour combattre la tuberculose ont peut-être aussi contribué à atteindre ce bon résultat.
Comme il a déjà été dit, les progrès n'ont pourtant pas été si grands pour combattre la mortalité par phtisie que pour combattre la mortalité générale. Ce fait ressort à l'évidence, si l'on examine combien de pour-cent de tous les décès on tété causés par la phtisie. Voici le résultat de cet examen (comparer Tableau 2):
. , -NT 1- j j - - Dont décédés par tuberculose pulmonaire.
Années. Nombre de deces. xt t. -r, ^
Nombre. Pour-cent.
Le tableau démontre que la phtisie, qui pendant la première période ne constituait que 11,7 pour-cent de tous les décès, monta en
pourcentage jusqu'à 15,6 pendant la dernière période, et que l'augmentation pendant l'intervalle était continuelle, quoique le plus petite pendant la période 1891/ 1900.
Ce qui a été dit ci-dessus de la population totale des villes se voit en détail par le Tableau 2, quand il s'agit de différents groupes de villes ou de certaines villes relativement grandes. Il ne sera pas nécessaire d'indiquer les détails ici, vu que le tableau ci-après peut être considéré comme parlant tout seul.
Il est tout de même à propos de signaler comment, pendant la période de 1861/70, la mortalité par tuberculose diminuait régulièrement d'autant plus qu'il s'agissait de plus petites communes, et cela non seulement vis-à-vis du taux de mortalité (3,93 sur mille pour les plus grandes villes et 1,99 sur mille pour les plus petites), mais aussi vis-à -vis du pourcentage des décès (12,8 pour-cent dans les plus grandes villes et 9,0 pour-cent dans les plus petites).
Pendant la période 1 891/ 1 900 la même' règle s'applique en général, mais la différence entre les grandes et les petites villes est moins marquée qu'auparavant.
Si l'on groupe les villes d'après leur position géographique, les villes sur le Golfe de Botnie se montrent occuper une place défavorable. Là la phtisie est beaucoup plus fréquente de nos jours que pendant la période 1861/70, quand même de nos jours il y a un retour des chiffres élevés de la période 1871/80. Dans ces villes la phtisie moissonnait, pendant la période 1861/70, 9,5 Vo de tous les décédés, tandis que le pourcentage correspondant pour la période 1 891/1900 est de 16,4. Par plusieurs raisons on a cru pouvoir signaler une telle aggravation aussi pour la cainpagne du nord de la Suède, où en effet et par-dessus tout un remède efficace est réclamé contre cet ennemi perfide, qui paraît maintenant sévir parmi une population auparavant saine et vigoureuse.
Aussi les villes de la côte ouest, lesquelles étaient autrefois très bien placées, se distinguent-elles par un surcroît tout aussi marqué de mortalité par tuberculose; cette mortalité a pourtant commencé à diminuer pendant les dernières années.
Les villes sur le lac Màlare7i se sont toujours distinguées pour un haut coefficient de mortalité par tuberculose (comme du reste par im haut coefficient mortuaire en général), tandis que les villes sur nos deux
Tableau 2. Dcccs par iubcnidosc pulmonaire sur 1,000 liah. el le pourceiitai^r sur le uoiiibre total des dcces.
Stockholm
Gothembour,
Malmô
Norrkôping
Gâfle
Hâlsingborg
Karl&krona
Jônkôping
Upsal
Orebro
Lund . .
Borâs . .
Halmstad
Sundsvall
Linkôping
Landskrona
Eskilstuna
Kalmar . .
Vâsterâs
Karistad
Sôderhamn
Kristianstad
Ystad . . .
Fabm . . .
Luleâ . . . .
Uddcvalla
Visby . . .
Vâstervik
Tableau 2 (Suite)
Villes.
Popula-
Décès par
pulmonaire
sur 1,000
tuberculose
par an et
habitants.
Pourcentage des décès par tuberculose pulmonaire sur le nombre total des décès.