DÉSINFECTION
les conceptions médicales sont en accord complet. Le succès est assuré, si nous parvenons, par la conquête de l'opinion publique, à assurer la promulgation de ces mesures et leur application.
Lorsqu'un homme est atteint de tuberculose, on doit faire tous ses efforts pour le guérir.
Ce n'est pas là une formule banale. Jusqu'à ce jour le public et souvent le médecin ont considéré l'évolution de* la maladie comme inévitablement fatale, son hérédité suffisait à expliquer ce désastre permanent. Déjà, en 186o,Villemin parlant de l'hérédité, disait : « La plupart y ont vu la transmission de l'affection elle-même, dans son essence et se sont endormis dans la douce foi d'un mystère impénétrable. »
Cette conception est erronée. Les parents tuberculeux, nous l'avons vu, engendrent des enfants débiles, prédisposés à contracter la tuberculose. Mais ceux-ci, placés dans de bonnes conditions, échappent à la contamination, atteints
peuvent guérir, alors que des individus vigoureux n'ayant aucune tare héréditaire, placés dans des conditions inverses, sont frappés et succombent (1).
Quelles que soient les conditions dans lesquelles un homme s'est tuberculisé, la tuberculose est curable^ surtout au commencement de la maladie.
La notion de la curabilité de la tuberculose est bien ancienne, puisqu'on la trouve même dans Hippocrate, qui dit (2) : « Le phtisique, s'il est traité dès Tabord, guérit. »
Celse, Galien ont émis la même opinion.
Mais ce ne fut que dans le cours du xix® siècle que les études anatomo-pathologiques, montrant dans les poumons d'individus morts d'une affection autre que la tuberculose, des traces évidentes de cette maladie, prouvèrent que la tuberculose est curable et que sa guérison survient souvent par les simples moyens de défense de l'organisme ,
(1) E. Mosny, Tuberculose et hérédité, {Revue de fa tuberculose, 1898-1899.)
(2) Hippocrate, Œuvre», édit. Liltrë, livre VII.
i08 CI'RABILITÉ DE LA TUBERCULOSE
sans l'adjonction de quelque méthode thérapeutique que ce soit.
Laënnec (1) disait : a Un assez grand nombre de faits m'ont prouvé que, dans quelques cas, un malade peut guérir après avoir eu, dans ses poumons, des tubercules qui se sont ramollis et ont formé une cavité ulcéreuse. »
En 1838, Carsvvell (de Londres) écrivait :
« L'anatomie pathologique n'a peut-être jamais donné de preuves plus décisives de la guérison d'une maladie que celles qu'elle nous a données pour la phtisie pulmonaire. »
En 1850, le D'-Nat. Guillot rapportait le fait que, dans la plupart des autopsies pratiquées sur des vieillards, il avait trouvé des tubercules pulmonaires guéris, 60 pour 100.
Cruveilhier affirme que « les tubercules ne sont pas une maladie essentiellement incurable, même les tubercules pulmonaires )) (2).
Plus près de nous, Ilérard, Cornil, Charcot, ont affirmé, eux aussi, la cicatrisation possible du
(1) Laënnec, Traité d'auscultation médiat^
(2) Cruveilhier, Traité d'anatomie pathologique générale. Paris, 1862, t. IV, p. 538.
tubercule pulmonaire, et Grancher considère la tuberculose pulmonaire comme la plus curable des maladies chroniques, car, « au lieu d'être un néoplasme misérable et incapable d'organisation, le tubercule tend naturellement à l'organisation fibreuse ».
Le T>' LetuUe, qui s'intéresse si vivement à tout ce qui touche à la tuberculose, a fait le relevé, au point de vue des lésions tuberculeuses guéries, de 189 autopsies, et il a trouvé :
A. Cas exempts de toute lésion tuberculeuse
(plèvre, poumons, ganglions trachéobronchiques) 79
B. Tuberculose des voies respiratoires latente
ou guérie (sclérose anthracosique, tubercules fibreux, caséo-plâtreux calcifiés) 92