‹ La Lutte contre la tuberculoseChapitre 42 sur 76 · C. Cas suspects [adhérence des sommets, pneu · texte numérisé non relu

C. Cas suspects [adhérence des sommets, pneu

monie chronique ardoisée, ramollissement anthracosique des ganglions trachéo-bronchiques, cicatrices rayonnées du parenchyme pulmonaire, etc.). . . 18

Donc, sur 189 autopsies, 79 sujets seulement étaient indemnes de toute atteinte de tuberculose pulmonaire, et 110 présentaient des lésions suspectes, guéries depuis un temps plus ou moins

long, mais n'ayant pas etn'étant plus susceptibles d'entraîner la mort.

« Ces chiffres, dit le D"" Ribard(l), par la similitude même de leurs résultats, sontd'une grande éloquence. Ils nous montrent très clairement que la moitié des hommes réputés bien portants et non tuberculeux, mourant de vieillesse ou de cause fortuite, ont, à un moment donné de leur vie, été touchés par la tuberculose, mais ont guéri.

« Il y a donc beaucoup d'atteints, et aussi beaucoup de guéris, puisque la moitié du genre humain a des tubercules, mais les supporte sans même se douter de leur présence. Telle est la signification vraiment réconfortante du résultat des autopsies . »

Quant à moi qui, à la Morgue de Paris, pratique fréquemment les autopsies d'individus morts accidentellement, je puis affirmer que, dans la moitié des cas, si l'individu autopsié habite Paris depuis une dizaine d'années, je trouve des lésions tuberculeuses guéries, soit par transformation crétacée, soit par cicatrisation fibreuse.

J'ajouterai que ces vieillards, ces personnes

(1) E. Ribard, La Tubey^culose est curable, 1900, p. 5.

que les uns et les autres nous avons autopsiées dans les hospices, dans les hôpitaux et à la Morgue, n'ont certainement pris, pour se guérir, aucune des précautions que nous imposons à nos malades. Malgré des habitudes hygiéniques souvent déplorables, leur résistance personnelle a suffi.

Ces résultats anatomiques ont encore une autre signification. Ces lésions, dans l'immense majorité des cas, ne sont pas celles d'une phtisie au début, s'étant manifestée par de petits foyers disséminés, elles sont les cicatrices de vastes foyers, parfois de larges cavernes complètement cicatrisées. La phtisie est donc curable, elle Test inètne dans ses périodes les plus avancées.

Cette idée de la curabilité possible, fréquente mênie de la tuberculose, n'est pas seulement affirmée par lesanatomo-pathologistcs, mais aussi par les cliniciens; en effet, dès 1881, le P^" Jaccoud terminait la première de ses leçons sur la Curabilité de la tuberculose en ces termes : « En résumé, la phtisie pulmonaire est curable à toutes ses périodes ; voilà la notion féconde

qui domine toute Thistoire de la maladie, qui doit inspirer et diriger incessamment l'action médicale. »

En 1888, le P"" Bouchard disait, parlant de la tuberculose : « Cette maladie, qui s'acharne sur rhumanité, est curable dans le plus grand nombre des cas. »

Depuis cette époque, les statistiques fournies par les médecins attachés aux sanatoriums ont encore affirmé la justesse de cette opinion.

Puisque le tuberculeux est curable, il faut organiser les soins qu'on lui donne, de façon à tout faire pour le guérir.

La conviction de la curabilité doit tout d'abord s'imposer à l'esprit du médecin et se traduire par une profonde modification dans les mœurs médicales.

Autrefois, se croyant impuissant devant la tuberculose, le médecin n'avait pas, dès le début de la maladie, le courage d'informer le malade ou sa famille de la nature de l'affection. 11 estimait que son devoir était d'entretenir les illusions de la famille et du malade, et la maladie

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évoluait jusqu'au moment où tout espoir devait être abandonné.

Aujourd'hui nous demandons au médecin qui doit, nous l'espérons, être convaincu que la tuberculose est curable, de faire l'inverse. S'il est vrai qu'à toutes ses périodes la tuberculose peut guérir, il est certain que cette possibilité se réalise surtout quand on fait suivre au malade les médications nécessaires dans la période de prétuberculose, alors que les lésions sont minimes et que l'individu peut trouver, dans son organisme même, les ressources nécessaires à la lutte.

« Je puis affirmer à mes confrères, disait Grancher, à l'Académie de médecine, qu'ils s'exagèrent beaucoup l'impression qu'ils produisent en prononçant le mot de tuberculose devant un malade. Sans doute, il faut savoir dire cela, et, pour être médecin, il n'est pas défendu d'être psychologue et diplomate. Il faut savoir tenir à chaque malade le langage qui convient, choisir l'heure propice, dire la vérité peu à peu au besoin et sans prendre soi-même un air effrayé ; au contraire, en ajoutant aussitôt que la tuberculose est très curable, ce qui est vrai, que la guérison

Brouaroel. — Tuberculose. 8

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est cerlaiae, puisque, connaissant la oature du mal, on saura lui opposer le traitement efficace, ce ,qui est peut-être moins vrai, mais ce qui est vrai encore très souvent.

« Certes, je le reconnais volontiers, le premier émoi est assez vif et maintes fois les larmes jaillissent des yeux; mais je serais tenté de les appeler bienfaisantes, tant j'ai vu souvent, quelques semaines, quelques mois après, ces malades venir me remercier de leur avoir dit la vérité* Cette vérité, qu'ils redoutaient tant, quand ils la soupçonnaient seulement, avait été acceptée bien vite avec philosophie, puis avec courage et était devenue le ressort toujours actif de leur fidélité au traitement...

(( Cela ne vaut-il pas mieux que de lâcher les rênes par peur d'une émotion passagère, de laisser la maladie s'aggraver et de s'entendre reprocher bientôt un diagnostic erroné ou trop tardif, une thérapeutique hésitante et indécise? Car c'est fatal, et la famille, celle surtout qui voulait tout ignorer, se retournera contre son médecin,quand elle aura entendu le fameux : «Trop tard !» dans la bouche d'un second ou d'un troisième médecin...

(( Quelquefois, cependant, il faut savoir être un peu dur, et, chose bizarre, cette obligation se fait surtout sentir dans un milieu social élevé. Outre que certaines gens se croient volontiers de trop haute lignée pour devenir tuberculeux, ils opposent aux conseils du médecin les raisons les plus futiles : le qu^en dira-t-on d'abord et les visites, et les réceptions qui sont la grande affaire, et un mariage en train, déjà convenu. En pareil cas, le devoir est difficile, mais il faut avoir le courage de parler net, si on ne veut se rendre complice d'une mauvaise action. »

Le médecin doit donc prévenir le malade et sa famille qu'il a une affection grave, mais curable. S'il ne l'avertit pas à temps, c'est-à-dire dès le début, il s'expose à ce que le malade ou sa famille ne lui fasse plus tard le reproche d'avoir trahi sa confiance.

Mais cette transformation dans les habitudes médicales ne sera possible que si une organisation qui, nous l'espérons, sera bientôt un fait accompli, permet au médecin d'indiquer au malade, en même temps que la nature de son mal, les

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moyens que la Société a mis à sa disposition pour le combattre.

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