EN SANATORIUM
S'il meurt en France au moins ISO. 000 tuberculeux par an, on peut estimer à 4 ou 500.000 le nombre des malades. Les Allemands pensent, d'après des calculs basés sur les dépenses des caisses d'assurance, que la durée moyenne de l'évolution de la tuberculose est de trois ans; je crois que la durée réelle est plus longue.
Mais tous les tuberculeux ne sont pas justiciables du sanatorium. Les malades qui sont particulièrement désignés pour bénéficier de ce mode de traitement sont les tuberculeux au début, chez qui les signes révélateurs sont à peine
marqués, quiî l'on pcul appeler les candidats #■ la tuberculose, et ceux chez lesquels les lésions sont encore tietletnent localisées.
< La tuberculose est curable à toutes ses périodes, » a dit Jaccoud. Certes les cas de ^uérison dans une période plus avancée ne sont pas exceptionnels, mais ils sont plus rares, et comme il ne sera pas possible de suffire, dès le début du moins, à tous les besoins, je pense que ceux à qui doivent être réservées les premières places dans les sanatoriums sont les tuberculeux pour lesquels existent les plus g;randes chances de guérison.
Quand l'expérience aura justiRé aux yeux du çrand public la valeur de ce mode de traitement, on a le droit d'espérer que de nouvelles ressources seront mises à la disposition des malades et que le champ de la clientèle des sanatoriums pourra s'élarçir.
Il doit donc y avoir à l'entrée du sanatorium une sélection sévère ; on doit l'ouvrir d'abord aux malades à la période de prétuberculose, si on veut accepter ce mot.
Cette règle est d'ailleurs celle qui est suivie en
Allemagne. Sur cent malades traités dans les -sanatoriums populaires, il y en a la moitié au moins constituée par les ouvriers qui faiblissent, qui maigrissent, qui ne mangent plus, chez lesquels les signes de tuberculose sont plutôt ceux <le probabilité que de certitude. L'autre moitié comprend les malades dont la tuberculisation n'est pas douteuse, mais qui ne sont pas atteints d'accidents hectiques.
On pèse ces malades au moins tous les huit jours ; si le poids va en diminuant, si l'appétit ne se réveille pas, si l'examen des crachats ne donne pas de bons résultats, si en un mot les malades ne sont pas en instance de guérison, on ne les garde pas au sanatorium.
Sans entrer, au point de vue des résultats obtenus, dans la discussion des statistiques, car celles-ci sont nécessairement incertaines, je crois trouver l'expression de la vérité dans la formule donnée par le Bureau d'hygiène de l'empire allemand : sur 12.000 tuberculeux hospitalisés, 9.000, après trois mois de traitement, peuvent reprendre le travail sans interruption pendant trois ans.
Je ne doute pas de Texactitude de cette formule, mais à la condition d'en changer un mol; il ne s'agit pas de 12.000 tuberculeux hospitalisés, mais de ceux que je classais tout à l'heure dans deux groupes : les candidats à la tuberculose, et les tuberculeux en évolution. Or il est facile de comprendre que c'est le premier groupe qui fournit, à lui seul, le plus grand nombre de ces guérisons.
Cependant, malgré cette distinction, ce serait une erreur de traduire cette observation par une critique du système allemand. Je crois, au contraire, qu'il serait très désirable que nous puissions rappliquer en France, et, à mon avis, il est certain que le vice de la conduite médicale et hospitalière en France est que nous n'intervenons pas à temps.
Nous le pourrions facilement pour toute une catégorie de malades.
J'ai dit plus haut que, chaque année, 1800 soldats étaient reconnus tuberculeux dans les deux ou trois premiers mois qui suivent leur incorporation. Or ces jeunes gens avaient été examinés au moment de la révision et à leur entrée
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^u régiment. Les lésions pulmonaires qu'ils présentaient n'étaient pas assez nettes pour être reconnues et ne sont devenues perceptibles, qu'à la suite du surmenage imposé aux recrues à leur irrivée au corps. Ils sont donc au début de la Tialadie.
On les élimine du régiment, et on a raison, mais Is rentrent dans leurs villages où ils mentent, iprès avoir créé des foyers de tuberculose. Ceuxà, on pourrait, on devrait les guérir alors qu'ils 5ont dans la période où leur mal est le plus sûrement curable et ne les rendre à leurs familles, k l'atelier que lorsqu'ils auraient cessé d'être un danger pour leurs parents et leurs compagnons.
Il devrait en être ainsi dans la marine de l'Etat.
Il devrait en être encore de même pour les instituteurs si fréquemment atteints, si dangereux pour leurs élèves ;
De même, enfin, pour tous ceux qui quittent Paris, employés, domestiques, étudiants, après y ivoir contracté la tuberculose.
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