CONDITIONS QUE DOIT REMPLIR UN SANATORIUM
Nous les avons indiquées en énumérant dans quelles conditions pouvait être soigné un tuberculeux dans son domicile personnel.
Les règles disciplinaires indispensables auxquelles le malade est soumis doivent être rigoureusement appliquées. L'expérience a montré que tel individu, qui obéit difficilement chez lui, observe avec une grande docilité la discipline imposée à la communauté..
Quand on mange chez soi, quand on est son maître, on cède volontiers aux défaillances de l'appétit et les parents n'osent pas ennuyer le malade par des observations parfois mal accueil-
lies. Dans un sanatorium à l'appel de la cloche, on va prendre son repas en commun, tout le monde mange au même moment, dans de grandes salles gaies, ensoleillées, pleines de mouvement, bien propres à éveiller Tappétit chancelant. Le repas terminé, autre son de cloche, c'est pour la promenade ou la cure de repos. Dans de telles conditions, il se crée une sorte d'émulation entre malades, chacun veut guérir mieux et plus vite que le voisin.
Enfin cette vie de calme, de repos intellectuel et physique, est plus facilement acceptée en commun que seul.
Les prescriptions relatives à l'asepsie, à la désinfection, à la discipline, à la surveillance du personnel, sont d'ailleurs celles que nous avons formulées plus haut.
1. Choix de l'emplacement du sanatorium. — Où doit être placé un sanatorium? Letulle résume ainsi les conditions qui doivent être observées (1):
(1) Letulle, Sanatoriums populaires pour tuberculeux adultes pauvres. Commission de la tuberculose. Rapport XVII a,
BuouAROEL. — Tuberculose. 9
Cinq conditions sont indispensables :
1** Un lieu sec, suffisamment protégé contre les vents défavorables et d'un accès facile par des routes bien tracées.
2** Un sol très perméable, afin d'assurer une salubrité parfaite.
3"* Une eau de source potable et pure, en quantité suffisante.
4** Un air pur, exempt de poussières nociveî^ et d'émanations délétères.
5° Un endroit suffisamment isolé. L'isolement de l'établissement de cure est des plus utiles; par son éloignement des agglomérations humaines, il met, autant que faire se peut, les malades à l'abri des contaminations aériennes et leur procure la pureté permanente de l'atmosphère ambiante.
2. Expositmi — Orientation. — Un sanatorium doit être construit, autant que possible, à micôte, sur le versant sud d'une montagne ou colline boisée, dont le sommet protège ainsi rétablissement.
Les rideaux d'arbres et les bois l'abritent contre
les vents rudes du nord, du nord-ouest ou de Touest, selon les contrées.
I/orientation de la partie de rétablissement destinée à la cure doit être choisie pour la plus içrande durée d'ensoleillement quotidien possible de la façade principale, qui doit regarder au sudest de préférence, sinon au sud-ouest.
Je n'ai aucune objection à présenter à ces principes, mais j'insiste sur un point qui les domine absolument, c'est que suivant la phrase du D"^ Sersiron (i) : « Tant vaut le médecin, tant vaut le sanatorium » , ce qui peut se traduire ainsi : un sanatorium, construit dans des conditions idéales, donnera des résultats médiocres, si la discipline, Tasepsie ne sont pas rigoureusement appliquées, alors qu'un sanatorium, installé dans des conditions très inférieures, donnera des résultats excellents, si ces règles sont méticuleusement observées.
3. Altitude. — L'altitude du sanatorium, la pureté absolue de l'air dans lequel il est placé
(1) Sersiron, Les Phtisiques adultes et pauvres en France, PU Suisse et en Allemagne, Thèse de Paris, 1898.
sont, à mon avis, des conditions favorables, mais de second plan.
Si on relève l'altitude des villes et leur mortalité tuberculeuse, on voit que Saint-Claude (437"^) perd 68 tuberculeux sur 10, 000 habitants, Argelès (466'») en perd 64, Saint-Julien (463'") en perd 61.
La. question primordiale est celle de l'asepsie du local.
Avant les découvertes de Pasteur et de Lister, on disait : « A Paris, il y a les meilleurs chirurgiens, très habiles, mais les blessés meurent ; à la campagne, les connaissances opératoires sont inférieures, mais les blessés guérissent. » On attribuait ce fait à l'action de l'air, sans trop s'expliquer comment il agissait.
Aujourd'hui, depuis qu'on applique partout les méthodes antiseptiques, on guérit aussi bien à Paris qu'à la campagne.
Le plein air vivifie les malades et les rend plus aptes à la lutte contre l'infection, mais sans la discipline, sans l'asepsie, l'air le plus pur reste impuissant, pour les tuberculeux comme pour les blessés.
Si j'insiste sur ce point, c'est que je ne voudrais pas que, plaçant en première ligne Tair et l'altitude, on institue des difficultés de création et de fonctionnement inutiles pour les sanatoriums à construire. Il y a grand intérêt à ne pas surcharger le budget d'un sanatorium pour satisfaire à une condition bonne, je ne le conteste pas, mais de second plan.