Le tuberculeux est un danger. — Le ma
m CL-RABILITÉ DE L^ TCBeR<COt.OSK
ladi; tuberculeux, qui entre à l'hôpital, est un ilatt^^'r pour ses camarades de salle. Car ceux-d, atteints d'une autre afFeclîon pulmonaire, pneumonie, cons^slion pulmonaire, pleurésie, sont en état d'infériorilc de résistance, en ëlal de réeeplivité morbide, et peuvent, dans ce lieu d'asile où ils sont venus chercher la gxiérison, eontracter la tuberculose à laquelle ils succomberont quelques mois ou quelques années plus tard. Bien que depuis trente ans la contagiosité de la tuberculose soit démontrée, les tuberculeux sont hospitalisés comme ils l'étaient à la Qn du xvm' siècle. Le phtisique, placé dans la salle commune, est un danger pour ses voisins, et, comme nous le verrons plus loin, il ne peut, dans ces conditions, recevoir les soins qui lui conviennent, il ne trouve dans l'hôpital qu'un asile contre le froid et la faim et un lit pour y mourir,
2, Le tuberculeux doit être isolé. — Le 27 ami 1896,à la suite d'une proposition faîteau Conseil municipal de Paris par MM. Bompard etClairin, le directeur de l'Assistance publique nomma une Commission pour l'élude et la recherche des
moyens propres à empêcher la contagion de la tuberculose dans les hôpitaux.
Dans un rapport très documenté, MM. Grancher et Thoinot ont exposé les mesures urgentes à prendre. La formule suivante, proposée par M. Roux et adoptée à l'unanimité, résume le sens des délibérations de la Commission : « La meilleure manière de combattre et de traiter la tuberculose c'est d'isoler le tuberculeux, parce qu'ainsi on évitera la contagion et parce que, dans les hôpitaux spéciaux, les tuberculeux seront dans de meilleures conditions thérapeutiques. »
Le devoir est double : préserver les non tuberculeux, guérir ceux qui sont déjà frappés. La séparation en deux catégories de malades s'impose, car, ainsi que l'ont dit MM. Grancher et Thoinot (1) :
« Que faut-il donner aux tuberculeux pour les guérir quand la guérison est encore possible ? Il faut leur donner des forces nouvelles et relever
(4) Grancher et Thoinot, Rapport à la Commission de la tuberculose de l'Assistance publique,
Brouabdel. — Tuberculose. 40
DE LA TUBEKCL'LtlSi;
leur organisme par une aéralion conlinin' cl ri'- Klée de jour et de nuit, par une atîmenlatioti vigouivuse, par le repos prolongé et le sommeil. Or rien de cela n'est possible dans la salle commune. L'aération ? Elle est empêchée par le pneiimoniqueou le rhumatisant, dont lamaladie exii,^ que la fenêtre soit close. L'alimentation est rendue difficile par le défaut d'aération et le manque d'appétit qui en est la conséquence. Quant au repos ou au sommeil, ils sont troublés par le ma' lade endolori ou délirant.
H En conséquence, dans l'intérêt général et dans l'intérêt du tuberculeux lui-même, celui-*! doit être soig;né à part et isolé. »
On doit donc admettre saus restriction la proposition résumée par M, Roux.
Comment réaliser cette séparation? On se trouve en présence de deu-v opinions opposées.
3. Modes d'isolement. — Pour les uns, les tuberculeux devraient tous être hospitalises en dehors des grandes villes, à la campagne. « M^me reconstruits dans des conditions meilleures, dit noire excellent maître, le D' Hérard, ieshô-
j)itaux de Paris resteront toujours insuffisants pour le traitement des phtisiques, en raison du rcMe important que joue Taération dans la cure de la tuberculose. »
A cette proposition, M. André Lefèvre en oppose une, qui en est en quelque sorte la négation, et qu'il a résumée ainsi dans une réponse au D*" Hérard : « Ce n'est pas dans le but de guérir les tuberculeux que la municipalité voudrait placer ces malades dans des quartiers spéciaux d'hôpitaux reconstruits à Paris, mais pour les séparer des individus qu'ils peuvent contagionner. La mesure serait avant tout prophylactique à l'égard des individus sains. »
Deux opinions sont donc en présence: Fautil placer tous les tuberculeux dans des sanatoriums à lacampagne? Faut-il diviser les hôpitaux en deux sections, l'une affectée aux tuberculeux, l'autre aux non tuberculeux ?
a) Isolement à la campagne. — La réponse à c'tte proposition est malheureusement trop facile : à Paris, il meurt chaque année 12,000 à 14,000 tuberculeux, sans compter ceux qui vont
CLRABILITE I
mourir liaus les hospices suburbains ou dans leur pays d'origine. En admettant, avec l'Office impérial de sauté de Berlin, que la durée movenne de la phtisie soit de 3 ans, estimation qui me semble trop courte, il faudrait placer en sanatorium plus de 40,000 tuberculeux.
Je me suis informé auprès du D'Panmwilz, Secrétaire général du Comité central des sanatoriums allemands, du prix de revient journalier du séjour d'un tuberculeux dans un sanatorium populaire, il m'a répondu que le prix moyen était de 3 marks 1/2, soit 4 fr. 40, y compris l'amortissement de l'étabhssement, non compris les secours donnés à la famille du malade.
Si on y comprend ceux-ci, il faut ajouter au pris de la journée une moyenne de 1 mark 25, soit 1 fr. -j3. Le prix de revient moyen en Allemagne serait donc de 5 fr, 90 ou (i francs,
En admettant ce chiffre moyen, certainement trop faible pour les environs de Paris, la dépense journalière serait de 240,000 fr., la dépenseannuellc de 87,600,000 francs, pour hospitaliser tous les tuberculeux ; de la moitié 43,000,000, si on admet que, dans un sanatorium, deux tuber-
culeux se succéderont dans le même lit dans le cours de Tannée.
Il n'est donc pas possible, dans les grandes villes, d'envoyer tous les tuberculeux dans des sanatoriums placés à la campagne.
Ne pouvant envoyer tous les tuberculeux dans des sanatoriums, devons-nous renoncer à en créer et à faire bénéficier de ce mode de traitement ceux qui utilement voudraient ou pourraient en profiter ? Nul ne peut le penser.
Dans toutes les commissions, la formule adoptée a été celle-ci : Il est désirable que des sanatoriums soient construits à la campagne, pour mettre les tuberculeux indigents dans les conditions les plus favorables à leur guérison. Mais cela n'implique pas que Ton ne doive, dans Thôpital même, chercher à réaliser, au moins en partie, les conditions hygiéniques que Ton réclame dans le sanatorium.
b) Isolement à VliôpitaL — Il est indispensable que les hôpitaux construits à l'intérieur des agglomérations présentent toutes les conditions qui s'imposent dans les sanatoriums vrais. Une
fjfl (;UR*B1L1TÉ IIF. LA TrBEHc;ULOSE
seule d'entre elles, l'air de la campagne, est im^ possible à rt^aliser, toutes les autres peuvent el doivent être rigoureusement observées.
Le tuberculeux doit être isolé dans l'intérêt de ses camarades de salle, mais il faut guérir le plus grand nombre possible de tuberculeux.
La simple division des malades en deux catégories dans les hôpitaux, préconisée par M. A. Lefèvre, aboutirait à la création de salles spéciales, dans lesquelles seraient placés ceux à propos desquels aucun espoir n'existe plus ni chez le malade, ni chez le médecin, ni dans le personnel qui le seconde.
Est-ce la conception que les médecins ont de leur devoir? Esl-ce celle que les Allemands ont voulu réaliser? Certainement non.
La phtisie est curable, elle l'est surtout dans les premières périodes, mais elle l'est même aussi à une époque assez avancée de son évolution.
Nous devons donc faire Ions nos efforts pour que le tuberculeux vienne à nous le |>lus tiH possible.
Pour obtenir cette entrée précoce à l'hôpital, pour que puisse être institué rapidement le Irai-
tement qui n'est efficace que s'il ne se fait pas attendre, il faut que le tuberculeux ait la conviction que dans un lieu spécial, aménagé pour le traitement de la njaladie qui le menace, on a tout fait pour lui. Il faut qu'il ait au moment voulu, c'est-à-dire dès le début de la maladie, la persuasion que s'il se soigne, il peut guérir ; qu'admis dans l'hôpital spécial il ait la sensation que rien n'a été négligé pour obtenir le succès ; il faut que chaque jour le médecin, les élèves, le personnel secondaire soutiennent son état moral. La cure a pour base, la suralimentation, le repos du corps et de l'esprit : comment espérer que l'appétit restera suffisant, l'esprit assez calme, si on laisse ce malade s'abandonner au découragement ?
Le succès ne répondra à nos efforts que si le médecin et le malade ont foi tous deux dans la guérison possible.
Je m'entretenais, il y a quelques mois, avec le D*" Panmvsritz, Secrétaire général des sanatoriums allemands ; je lui faisais remarquer que dans l'Empire allemand une grande part du succès devait être attribuée à l'obligation imposée à l'on-
li)2 (:i;tlABII.rrÉ I>E LA TLRERCILOSE
vTi<-r fie si; faire traiU'rdans un sanatorium S[H'cial. I
Le D' Paninwitz fit à celle remarque les res- Irictions suîvaiiles : Celle influence a élé très noUible au déltul, mais on remarqua bientàt qiie, parmi les malades soii^nés an sanatorium, on n'obtenait le succès que chez ceux qui ne se découra^eaienl pas, et on dut renvoyer ceux qnî s'abandonnaient.
Mais lorsque les premiers gtii'ris ou améliorés revinrent dans leurs fovers, ils devinrent les apôtres du système de cure qui avait rétabli leur santé; et depuis lors, ce n'est pas seulement ceux qui se trouvent forcés d'aller au sanatorium à qui il faut trouver une place, mais aussi à ceux qui, librement, viennent solliciter leur entrée, |
Il me faisait remarquer que leurs établisse- ■ ments ne portent pas sur la porte d'entrée les molf> sanatorium pour tuberculeiia:, mais qu'ony lit : « Sanatorium pour guérir les maladies des poumons. »
Pour lui, un phtisique découray;é esl un malade perdu; on ne sauve que ceux qui ont foi dans leur guérison.
TRAITEMENT DANS LES HOPITAUX i5î)
Or, le système proposé par M. A. Lefèvre répond-il à cette nécessité morale ? Ceux qui entreraient dans les salles spéciales de tuberculeux après avoir, comme maintenant, longtemps et inutilement frappé à la porte de Thôpîtal, ne se feraient pas illusion, ils sauraient que, placés dans cette section, ils doivent en y pénétrant abandonner tout espoir.
D'ailleurs, Texpérience a été faite et on peut en voir les résultats à l'hôpital Lariboisière. Reconstruire .les hôpitaux conçus dans cette même pensée, aboutir à cette même impuissance, serait préparer à ceux qui auraient accepté cette organisation de cruels reproches, que ne manqueraient pas de leur adresser les générations futures.
Ce n'est pas la solution du problème. Ce qu'il faut, c'est créer dans les grandes villes des hôpitaux spéciaux, organisés comme de véritables sanatoriums, avec galeries de cure, chaises de repos, suralimentation, etc.
Pour éviter tout ce qui peut démoraliser les tuberculeux, des salles spéciales devront être affectées à ceux pour qui tout espoir doit être abandonné, car il importe que ceux qui peuvent
guérir ne soient pas les témoins de Tagonie de leurs camarades.
Une salle spéciale devra être également affectée aux tuberculeux atteints d'une affection intercurrente, fièvre typhoïde, pneumonie, etc., afin qu'ils ne contagionnent pas les autres phtisiques ou que, placés dans les salles communes, ils ne transmettent pas la tuberculose à leurs voisins de lit.
On doitaccepter, lorsqu'il ne sera pas possible de faire autrement, qu'il y ait dans les hôpitaux généraux des quartiers spécialement réservés aux tuberculeux, mais c'est là un pis aller, car on doit craindre que dans ces hôpitaux mixtes les séparations ne soient imparfaites soit entre les malades, soit parmi le personnel, que l'organisation sur le type du sanatorium ne soit incomplète; enfin, que l'alimentation ne soit pas celle qui serait nécessaire.
Lorsqu'il s'agit de créer des quartiers spéciaux pour tuberculeux et non des hôpitaux, un même médecin ne doit pas être chargé en même temps d'un service de malades ordinaires et d'un service de phtisiques. L'expérience a montré
que, dans ces cas, TefFort du médecin se concentre nécessairement sur les malades atteints d'affections aiguës et que le phtisique est ou se croit négligé.
Dans la discussion qui précède, j'ai eu surtout en vue les hôpitaux parisiens, parce que là les difficultés sont plus grandes que partout ailleurs.
Entourée par une série de communes populeuses et industrielles, la ville de Paris n'a pas la possibilité de construire des hôpitaux spéciaux dans la vraie campagne; mais dans la France, les indications du traitement sont les mêmes et les difficultés moins grandes. Il y aurait lieu de faire application aussi large que possible de la loi du 15 juillet 1893, sur l'Assistance médicale gratuite, de procéder, en ce qui concerne les soins à donner aux tuberculeux, comme pour les autres malades. Le rattachement des circonscriptions médicales à des hôpitaux pourvus de quartiers spéciaux et à des sanatoriums permettrait d'assister utilement les tuberculeux pauvres des campagnes.
{■itl CCRABILITE DE L^ TVSEBCULOSE
Lea mesures de propreté el de prophylaxii prendre dans les lidpiuux sonl celles que nous arOTis indiquées plus haut à propos du lubcrmienx soigné à domicile ou dans un sanatorium. MM. Grancher et Thoînot les ont exposées en di^lail dans leur rapport à la Commission de la (ul)ereulose de l'Assistance publique.
Dans sa séance du 28 juin 1898, TAcadéinie de médecine, à l'unanimité, a approuvé les coii' rlusions de ce rapport résumées dans les termes suivants :
L'Académie approuve les conclusions du travail de la Commission hospitalière en ce qui concerne les malades el l'hygiène de nos hôpitaux, à savoir :
a) Isolement des tuberculeux, dans des pavillons ou salles séparées, en attendant la création de nouveaux sanatoriums.
b) Antisepsie des salles des tuberculeux et des salles communes, notamment par la réfection des planchers et la suppression du balayage.
C) Amélioration du corps des infirmiers par une paie plus haute, un meilleur recrutements, une retraite.
d) Création d'un corps d'infirmiers sanitaires.
40 Protection du personnel hospitalier. — Je ne saurais trop insister sur ce dernier point. L'infirmier doit être mis à l'abri du danger, il doit savoir quels soins sont nécessaires à la cure du malade qui lui est confié.
Aussi toutes les mesures de désinfection, de salubrité doivent être assurées par des infirmiers sanitaires spéciaux.
Les infirmiers doivent être recrutés avec attention, recevoir une solde suffisante, être instruits des soins qu'ils seront appelés à donner aux malades, des modes de contagion des diverses maladies et des dangers qui les menacent dans Texercice de leur profession.
On ne doit pas admettre parmi les infirmiers quelqu'un dont la santé est douteuse ou un alcoolique et à fortiori quelqu'un entaché du soupçon de tuberculose.
Il faut que les bons infirmiers puissent être récompensés par une élévation de grade et de salaire.
Ils doivent être bien nourris.
15H Cl'RABILITÉ DE LA TUBERCULOSE
Ils doivent avoir pour la nuit des chambres séparées ou au moins des dortoirs dont la propreté soit minutieusement surveillée.
En effet la mortalité des infirmiers et du personnel affecté aux soins des malades, surtout par la tuberculose, est considérable. Pour une période de dix ans, 1886-1893, le P' Landouzy a constaté que la mortalité totale dans le corps des infirmiers des hôpitaux de Paris a été de 399 sur i. 470 ay^ents, soit 134 décès pour 1000, parmi lesquels 36 pour 100, plus du tiers, relèvent de la tuberculose.
La mortalité par tuberculose frappe toutes les personnes qui entourent les phtisiques, lorsqu'elles ne sont pas instruites des précautions qu'elles doivent prendre pour protéger les malades et elles-mêmes.
Le dévouement ne suffit pas ; Vinstruclion est indispensable.
Le D' LetuUe a donné la statistique suivante :1a (Communauté des Augustines de rHôtel-Dieu de Paris compte un personnel qui varie entre les rliiflVes 111 et ll.j. En vingt-quatre ans, la com-
iTiunauté a compté il2 décès, sur lesquels 82 étaient dus à la tuberculose.
Le D' Cornet a pu obtenir les chiffres officiels de la mortalité des ordres religieux catholiques adonnés aux soins des malades, dans le royaume de Prusse : le personnel de ces ordres comprenait, pour 1883, 3.470 sœurs de charité et 383 frères de la Miséricorde. La statistique a porté sur la mortalité de ce personnel pendant les vingt-cinq dernières années. Il résulte de cette enquête que la mortalité par tuberculose, qui représente 1/3 ou 1/7 de la mortalité de la population en Prusse, entre pour une proportion d'environ 2/3 (63,88 p. 100) dans la mortalité de ces ordres religieux.
Tels sont les ravages que provoque la tuberculose dans le personnel qui soigne les malades atteints ou non de tuberculose placés dans les salles communes, régies par les anciennes règles de discipline. Est-ce là un résultat fatal? Certainement non.
A Londres, un des hôpitaux « for consumplion », Brompton, a été fondé en 1841. il pos-
ilil) L-URABILITÉ DE L* TUBBKCl.'I.OSE
sèiie Ml lils. En vingt ans, oq a soigné l-'i.UOO lul>erculcux. Personne, parmi tes médecins, les «lirecleurs ou les surveillants, n'aélé infecté. Celte aflirtnation esl répétée par le D^ William (I), médecin de l'hdpital, par Mœtler (2), el par Masbrenier(3).
En admettant même que cette assertion contienne une certaine part d'exagération, ce que j'ignore, elle vaut en ce sens que, de l'aveu de tous ceux qui ont visité cet hApital spécial, on a pu prendre les précautions qui ont suffi pour mettre le personnel à l'abri et cependant il ne possède pas l'outillage que nous exigeons pour les sanatoriums, mais il est tenu d'une façon hygiénique.
On ne doit donc permettre de donner des soins aux malades dans un élablisseracnt hospitalier, dans l'intérêt des malades et dans leur propre intérêt, qu'aux personnes qui ont, par
(1) D'' William, The Bviiish med. Joura., 18g», seplember, p. GIS.
(â) Mœller, De. rkonpilalisntion den lubfrnuleu.r (Acad. de méd. de Belgique, 1894).
(3) Masbrenier, ffospitalisalion des tuberculeux à rmiit spêeiiil de Londret (Preiie médicale. 9 juillet 1898).
un enseignement spécial, appris à éviter les dangers qui résultent des modes de contagion des diverses maladies.
Tous les médecins qui ont cherché à organiser la lutte contre la tuberculose se sont heurtés aux deux difficultés suivantes :
i® La tuberculose est curable surtout dans ses premières périodes,
2^ Le nombre des tuberculeux est tel, 400.000 ou 800.000 en France, que, quelque immense que soit l'effort, il sera toujours partiel et au-dessous des nécessités.
Malgré ses 83 sanatoriums populaires, TAllcmagne se trouve aux prises avec les mômes difficultés et actuellement, parallèlement avec la créa- Cîon de nouveaux sanatoriums, elle organise dans les grandes villes des policliniques pour tuberculeux, dans lesquelles un personnel médical choisi, muni de l'outillage nécessaire, donne ses soins aux tuberculeux qui viennent le consulter, pendant tout le temps de la maladie, ou seulement
Brouardel. — Tuberculose. Il
jjeadaiil la période qui précède le moment où le malade veut entrer dans un sanatorium et où celui-ci peut lui ou^TÏf ses portes.
Un Comité de patronage, composé de personnes bienfaisantes, parmi lesquelles les dames sont en (^rand nombre, s'occupe du malade à domicile, donne des conseils à la femme, veille à la propreté du logis, indique les mesures prophylactiques nécessaires.
Dans la mesure du possible, la misère insé- ]aialile du chômage est écartée par l'appoint qu'apporte une caisse de secours de famille, alimentée comme celle des sanatoriums.
M. Calmette a été frappé par les mêmes con* sidérations, mais, et c'est ce qui fait l'originalité de sa proposition, il demande qu'au lieu d'attendre que Tourner vienne demander l'avis des médecins, ou aille au-devant de lui, on l'invite à venir à un dispensaire, analogue aux po» licliniques allemandes.
Voici en quels termes il expose son projet :
H Je pense qu'au lieu d'attendre que l'ouvrier
tuberculeux aille consulter le médecin et soit
acculé au chilmage, on devrait ériger en prin-
3e la nécessité d'aller à lui et de lui prêter assisice, avant même qu'il puisse s'apercevoir qu'il t gravement atteint. Je voudrais qu'on pût pister chez le malade la tuberculose tout au déit de son évolution et qu'on s'efforçât aussitôt ; lui donner les conseils et les soins qui peuînt lui être utiles, en le conservant le plus soumt à sa famille et à son milieu.
(( Voici comment j'envisagerais la possibilité organiser pratiquement la lutte contre la tuîrculose dans la classe ouvrière :
« On créerait tout d'abord dans chaque ville !s dispensaires de quartier, en nombre suffisant >ur que chaque dispensaire puisse facilement sservir une circonscription déterminée.
« Le rôle des dispensaires consisterait :
« 1° A se mettre en relations avec tous les chefs
contremaîtres d'usines ou d'ateliers et avec js les établissements occupant des ouvriers 3tégés par la loi d'assurances contre les accirits.
K 2** A rechercher, grâce aux renseignements irnis par les chefs ou contremaîtres d'usines
d'ateliers, les ouvriers suspects de tubercu-
ini
lADlLITÉ DE LA TUBI
lose ; à les attirer au dispensaire pour leur donner, aussi souvent qu'ils en auront besoin, des consultations gratuites, des conseils pour leur famille ; à leur distribuer, lorsqu'ils seront obli- ' gés de suspendre leur travail, des secours en nature ou en espèces, des vêtements, des médicaments, des livres.
« 3° Le dispensaire de chaque circonscription devrait immatriculer tous les malades de son ressort, les faire visiter fréquemment à domicile, leur procurer des occupations ou des travaux, en rapport avec leurs aptitudes et avec leur état de santé; faire désinfecter leurs logements toutes les fois que cette opération peut être utile ; leur fournir des crachoirs hygiéniques; indiquer comment il faut détruire les crachats; stériliser le linge de corps et les vêtements; donner, en un mot, toutes les instructions nécessaires pour assurer dans les meilleures conditions possibles l'hygiène du tuberculeux à domicile, et préserver de la contagion ceux qui l'entourent et dont il ne veut ou ne peut se séparer.
« Je voudrais que chaque dispensaire fiU dirigé
par un médecin, spécialement instruit en vue des fonctions qu'il devra remplir et ayant fait un stage suffisant dans les laboratoires de bactériologie, pour être en mesure d'examiner lui-même régulièrement les crachats de ses malades et de contrôler l'efficacité des désinfections qu'il aura prescrites.
a II va sans dire que tous les dispensaires seraient pourvus des instruments et appareils utiles pour l'observation rigoureuse des malades (microscope, bascule, dynamomètre, etc.) et que chaque ouvrier immatriculé, passant d'une circonscription dans une autre, y serait suivi par un dossier clinique.
« L'organisation administrative des dispensaires serait, à mon avis, avantageusement confiée aux municipalités, au moins dans les grandes villes, avec un contrôle de l'Etat et sous la réserve qu'une loi rendrait leur création obligatoire dans toutes les agglomérations ouvrières de quelque importance.
« Les dépenses de premier établissement seraient évidemment peu considérables, mais leur entretien exigerait des sacrifices pécuniaires
imporlanls, eii raison surtout de la nécessité de subvenir aux besoins des familles des ouviicrs malades. D'après mes calculs, très approximatifs, chaque ouvrier soigné ou surveillé par le dispensaire, y compris les secours distribués à domicile, copierait en moyenne 3 francs par jour (l'invalidité. »
Ce projet mi^rite certainement d'être approuvé.
Les dispensaires permettraient de porter des diagnostics précoces, de dépister des tuberculeux qui se présenteraient volontiers à une consultation externe, alors qu'ils n'iraient frapper ru à la porte d'un sanatorium, ni à celle d'un hôpital. Quant aux malades dont l'état serait déjà plus ^rave, qui ne pourraient être admis nî au sanatorium ni à riiOpital, ou se refuseraient à y entrer, ils trouveraient tout au moins au dispensaire l'indication des mesures prophylactiques qu'ils doivent prendre, pour ne pas contaminer ceux qui les entourent.
fie projet donne une arme nouvelle pour combattre la tuberculose ; de plus, il coûtera nécessairement moins cher que la création ou le
fonctionnement des sanatoriums, et permettra de faire la sélection de ceux qui pourraient y être admis utilement.
M. Calmette pense avec raison que la dénomination des dispensaires ne doit pas contenir le mot tuberculeuXy capable d'effrayer les malades, qu'on peut, ainsi que cela se fait en Allemagne, les désigner sous le nom de Dispensaire pour (fuétnr les maladies des poumons ou sous tout autre vocable, qui n'éveillerait pas dans l'esprit des malades d'idée de phtisie, et les distinguerait des bureaux de bienfaisance déjà existants.