‹ La Lutte contre la tuberculoseChapitre 7 sur 76 · habitants. d'alcool par habitant · texte numérisé non relu

habitants. d'alcool par habitant

Plus de 90 décès ..... 50,70

Le D*" Brunon (de Rouen) rapporte que sur 16 tuberculeux vus par lui en consultation, il étaient alcooliques, 3 seulement non alcooliques. Les 11 alcooliques sont morts; des 5 autres, 2 sont morts, 2 guéris, 1 amélioré.

Au dispensaire de la rue Haxo, en plein quartier de Belleville, le D' de Lavarenne, sur 32 hommes atteints de tuberculose grave, trouve 26 alcooliques, soit 80 0/0.

Le rôle phtisiogène de Talcool n'a pas été seulement signalé en France.

Dans un rapport présenté à la Société médi-

cale des hôpitaux (i), le D"^ Jacquet, commentant les statistiques de Tatham, en Angleterre, portantsur 504.923 décès, représentant la mortalité de la population mâle au-dessus de 15 ans pendant les années 1890, 1891 et 1892, a montré que la mortalité, dans les professions où Ton consomme de Talcool en quantité exagérée, dépassait de deux fois et demie la moyenne de la mortalité générale.

Dans ces professions la mortalité par phtisie atteint un taux énorme. C'est ainsi que la mortalité moyenne étant représentée par 100, celle occasionnée par la tuberculose est pour les:

Garçons de cabaret 237

Marchands ambulants. . . . 239

Ouvriers des docks 176

Musiciens ambulants .... 174

Coiffeurs . . 149

Brasseurs 148

Ramoneurs 141

Cabaretiers 140

Cochers 124

Porteurs de charbon .... 116

Bouchers 103

(1) L. Jacquet, Alcool, ^naladie, ?fiort (Rapport sur Val' cooUsme dans les hôpitaux parisiens).

D'autre part, à Bruxelles, sur 1000 décès de garçons de café, 666 sont dus à la tuberculose.

Nous devons ajouter que, non seulement le rôle phtisiogène de l'alcool est indéniable, mais que la tuberculose pulmonaire de Talcoolique est particulièrement difficile à guérir. Un alcoolique phtisique peut être considéré comme incurable, à tel point que l'alcoolisme est une cause d'élimination absolue des sanatoriums populaires allemands, même s'il s'agit d'une tuberculose à son début qui, évoluant dans un organisme non intoxiqué, eût facilement guéri.

Pour devenir tuberculeux il est prouvé que deux conditions doivent se trouver réunies :

d'une part, le germe, malheureusement répandu à profusion par les crachats des tuberculeux ; d'autre part, la réceptivité individuelle, créée par l'innéité, la maladie, le surmenage, les écarts de régime, parmi lesquels au premier rang, Valcoolisme.

Un prédisposé peut échapper et échappe souvent à la contagion, par contre un homme vigou-

Brouaroel. — Tuberculose. 3

reux, qui ne présente aucune des tares innées ou acquises que je viens de signaler, est parfois frappé. Pourquoi? Parce qu'alors il intervient un nouveau facteur d'importance considérable ; c'est l'insalubrité de l'habitation et des lieux de travail.

Si un homme, prédisposé par sa naissance ou par ses habitudes, vit dans un milieu sain, dans un logement où Tair et le soleil pénètrent largement, il pourra échapper à la contagion.

Inversement, si un homme vigoureux, n'ayant aucune tare héréditaire ou acquise, vit dans un logement malsain, il n'y échappera pas. «Quand l'air et le soleil ne pénètrent pas dans une maison, le médecin y entre souvent », dit un proverbe persan.

C'est dans les logements sombres, encombrés, que ces affections se cultivent.

C'est dans ces logements insalubres que se constituent des foyers de tuberculose; c'est de là qu'ils rayonnent, frappant dans le voisinage

et parfois à de longues distances, établissant une solidarité funeste entre tous les citoyens d'une ville et même d'une nation.

Le nombre des contacts dangereux se multiplie en raison de l'étroit espace accordé à chaque habitant.

Quand plusieurs personnes occupent une chambre unique, souvent peu spacieuse, si Tune d'elles devient tuberculeuse, est-il possible de préserver les autres?

Combien de fois les médecins n'ont-ils pas eu devant les yeux le triste tableau suivant :

Un ouvrier vit assez à l'aise, dans une ou deux chambres, avec sa femme et ses enfants. Il est pris de tuberculose. Sa femme le soigne avec un dévouement qui, je le dis avec fierté, est une règle dans tous les milieux de notre société. Elle lutte pour subvenir aux besoins de la famille ; les ressources s'épuisent, la maladie du mari s'aggrave, la misère s'abat avec ses privations sur la mère et les enfants. Bientôt cette dernière tombe malade, contagionnée par son mari; tous deux prennent le chemin de l'hôpital ; les enfants sont recueillis par l'Assistance publique, mais

déjà ils portent en eux le germe de la maladie : ils sont voués à la mort ou aux infirmités.

Ce n'est pas là un fait exceptionnel, c'est un spectacle auquel, impuissants, les médecins assistent chaque jour.

C'est ainsi que se propage la tuberculose :

elle enlève les parents par la phtisie, les enfants par la méningite, la tuberculose osseuse ou intestinale.

Voilà comment se constituent les foyers^pri" milifs. De ces points, la phtisie irradie dans la ville, en fait un centre redoutable pour le reste du pays, surtout depuis que, grâce aux facilités de la circulation, les malades, disséminant dans toute rétendue du territoire les germes de leur maladie, vont chercher à la campagne, ou dans des zones privilégiées, une guérison ou une amélioration.

Deux facteurs viennent se surajouter à Tinsalubrité naturelle des logements, ce sont l'encombrement et la malpropreté.

Dans une étude sur la mortalité par maladies contagieuses à Budapestb, Korosi a montré

qu'elle était d'autant plus élevée que le nombre des habitants d'un local était plus considérable; il donne la moyenne suivante :

Chambres habitées par 1-2 personnes: Mortalité 20 __ — 3.5 - 29

6-iO — — 32

- — +deiO — — 79

Dans leur admirable travail sur les logements de la pointe d'Ivry (quartier de la Gare), MM. Du Mesnil et Mangenot décrivent ce qu'ils ont vu eux-mêmes, ils trouvent des chambres occupées par 9, H, 14 personnes, n'ayant que 2 mètres cubes par habitant.

Jacques Bertillon envisageant cette même question à Paris, dans une étude sur la tuberculose, est arrivé à des résultats identiques.

A l'insalubrité naturelle du logement, il faut joindre l'insalubrité résultant du fait des occupants.

« Qui n'a pas été médecin du bureau de bienfaisance, dit le D»' Séailles (1), qui n'a pas, à toute heure du jour et de la nuit, franchi le seuil de

(d) Séailles, la France médicale, 22 janvier 1897, p. 66.

celte unique chambre, souvent mal aérée, sans suieil, sans lumière, ne peut se faire une idée du di^sordre, de la saleté quelquefois repoussante, qui rèçnenl dans ces réduits de l 'agglomération. C'est dans ces chambres que l'un fait lout ron y cuisine, onymange, on y dorl. Les mouches et autres parasites, attirés par les détritus, voltigent ou courent de Ions côtés, transportant avec eux et semant partout le haciUe de Koch. qui pullule dans ces excellents milieux de culture. C'est là que nos malades toussent, qu'ils crachent, qu'ils maigrissent et qu'ils meurent. S'ils y vivaient seuls, le mal serait moins grand. Le phtisique est laissé seul en général tout le jour ; il tousse, il crache par terre ; il est facile dès lors de comprendre le danger que vont courir les enfants rentrant de l'école ou les travailleurs rentrant pour prendre du repos. On profite de ce moment pour faire semblant de nettoyer la pièce ; on balaye, et des crachats desséchés s'élève le microbe, suspendu dans l'air ; il est inhalé et déposé dans les bronches, sur le larynx, porte d'entrée !a plus commune de la maladie. »

II y a quelque temps, une grande dame, qui

visite elle-même les malades à domicile, m'écrivait que dans un quartier de Belleville, dont les logements valent ceux de la pointe d'Ivry, 95 0/0 des familles étaient atteintes de tuberculose ; elle mettait les adresses et les noms à ma disposition.

Il y a quelques mois, M. Siegfried écrivait, dans la préface qui précède le livre de MM. Du Mesnil et Mangenot :

« En dépeignant le logement de nos grandes villes tel qu'il est, vous avez démontré l'absolue nécessité de l'améliorer, et prouvé une fois de plus que l'habitation, au point de vue de l'hygiène, comme à celui de la moralité, doit être la première des préoccupations de ceux qui ont à cœur le progrès social. »

C'est cette même pensée que formulait Jules Simon, lorsqu'il disait : « Le taudis est le pour^ voyeur du cabaret. »

Nous devons ajouter : Le cabaret engendre la phtisie.

M. le D"" A.-J. Martin a donné à ces conclusions une précision encore plus grande (1) ; il a mis

(4) Commission de la tuberculose, Rapport 2.

à contribution les casiers sanitaires des maisons de Paris. Dans un tableau résumant les résultats de la statistique du IIP arrondissement de Paris, M. A.-J. Martin, pour une population de 86,744 habitants, trouve pour 10,000 habitants une mortalité de 231 causée parles maladies contagieuses; sur ce nombre 219 décès sont imputables à la tuberculose.

L'habitation insalubre n'est pas d'ailleurs uniquement celle qui constitue le logement du pauvre à Paris. Nous voyons tous les jours construire à Paris des maisons superbes, luxueuses, dans lesquelles sont accumulées les causes d'insalubrité.

J'en signale deux principales, les logements des domestiques et les courettes.

Que l'on visite au sixième ou septième étage, directement sous le zinc du toit, les chambres réservées aux domestiques ! Dans le plus grand nombre des maisons, où les appartements de maître réunissent tout le confort moderne, on verra, réservées pour les gens de service, des chambrettes lambrissées, sans cheminée, ayant 2 mètres, 2 m. 50 de large, avec un cubage d'air

insuffisant, dans lesquelles tiennent difficilement un lit, une table et une chaise. C'est là que se fait le tuberculeux, et c'est de là que la tuberculose descend dans les appartements du riche.

Quant aux courettes ayant à peine 5 ou 6 mètres en tout sens, ce ne sont que des cheminées sur lesquelles s'ouvrent les fenêtres des cuisines et des water-closets, par ces courettes le soleil ne pénètre jamais jusqu'aux étages inférieurs. Le plus souvent le propriétaire en utilise le rezde-chaussée pour augmenter le logement de la personne qui occupe cette partie de Timmeuble, et parfois même, sous le prétexte d'empêcher l'humidité, ferme par un toit vitré le sommet de la courette. Dans ces conditions ce n'est même plus une cheminée, c'est une colonne d'air confiné, dans laquelle se cultivent à l'ombre et à l'humidité, circonstances éminemment favorables, tous les germes qui, des divers appartements, sgnt projetés chez les voisins par les linges ou les tapis que l'on secoue par les fenêtres des cuisines et des antichambres (1).

(d) Brémond, Insalubrité des courettes (Congrès d* hygiène

Voilà pour les villes.

Mais à la campagne, les logements insalubres et encombrés sont-ils plus rares ?

Les D" Munaret, Layet, Monin, nous ont éclairé sur ce point.

Xous-même, pendant les missions dont nous avons été charçé, au cours de diverses épidémies, nous avons pu en constater Texistence dans toutes les régions de la France.

ATourlaville (Manche), où sévissait le choléra, onze terrassiers couchaient dans une ancienne élable, sans fenêtre, ventilée seulement par une porte tenue constamment fermée ; les lits se touchaient et les occupants ne pouvaient'y accéder qu'en passant des uns par dessus les autres. Six de ces ouvriers furent atteints du choléra en deux jours.

La Bretagne est une des provinces les plus cruellement frappées par la tuberculose ; aux causes de l'insalubrité ordinaire des habitations de la campagne, malpropreté de la maison dont le plancher est en terre battue, proximité des

de 1900 et Annales d'hygiène publique et de médecine légale, 3e série, 1901, t. XLV, p. 275).

é tables et du fumier, souillure des puits, s'en joint une autre : le lit.

Le lit breton est une armoire en bois, fermée, dans laquelle on entre par un véritable trou d'homme étroit. Là se couchent le chef de la famille, la femme et les enfants, et si, médecin, vous devez y chercher un malade vous aurez peine à le découvrir dans la nuit profonde qui y règne. Quand l'un des cohabitants est atteint de maladie transmissible, de choléra, de tuberculose, toutes les conditions nécessaires sont réunies pour assurer la contagion; quand un tuberculeux vit et meurt dans une de ces armoires, tous les membres de la famille succombent rapidement à la même infection.

La maison insalubre est le foyer où se cultive et d'où rayonne la tuberculose,

Est-il impossible de l'atteindre? Nullement. A Paris, par exemple, on a dressé le casier sanitaire des 80,000 maisons de la ville (1). L'admi-

(i) P. Reille, Le Casier sanitaire de la ville de Paris. (Annales d'hygiène publique et de médecine légale, 3e série, 1900, t. XLIV, p. 43).

nistralîon sait quelles sont les maisons où, chaque année, succombent avec une régularité implacable les tuberculeux de tout ordre. Ce sont ces maisons, foyers primitifs, qu'il faut viser. Qu'on Içs assainisse si Ton peut, qu'on les fasse disparaître si les causes d'insalubrité sont incompatibles avec la vie des habitants, et surtout qu'on veille à ce que Ton n'en construise plus dans d'aussi déplorables conditions.

La loi du 13 avril 1830 sur les logements insalubres ne permet pas une intervention efficace ; je ne m'arrêterai pas à Texposer et à la critiquer. Chacun en connaît les défauts.

Un projet de loi ayant pour objet la protection de la Santé publique a été adopté par la Chambre des députés ; il est actuellement Soumis au Sénat en seconde délibération. S'il est adopté il donnera satisfaction aux principaux desiderata des hygiénistes et des médecins. Toutefois dans la première délibération le Sénat s'est opposé à la création d'hispecleurs de la salubrité^ et on peut se demander qui sera chargé, dans ces conditions, de faire exécuter les prescriptions de la loi.

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