‹ La Lutte contre la tuberculoseChapitre 6 sur 76 · RÉCEPTIVITÉ DE L'ORGANISME POUR LA TUBERCULOSE · texte numérisé non relu

RÉCEPTIVITÉ DE L'ORGANISME POUR LA TUBERCULOSE

L'agent de contagion est donc le bacille; le propagateur du bacille est le tuberculeux.

Cependant il importe de préciser les conditions dans lesquelles se fait la contagion, il ne faut pas que le médecin, exagérant ce principe de la propagation de la tuberculose, entraîne le public à traiter le phtisique comme un paria, à le fuir comme autrefois on fuyait les lépreux»

Il est d'abord toute une période de la maladie pendant laquelle le tuberculeux n'est dangereux ni pour sa famille, ni pour ses voisins, c'est la première, celle pendant laquelle la lésion n'est pas ouverte, celle où le bacille reste prisonnier dans le parenchyme pulmonaire. Mais même la tuberculose étant ouverte, la contagion de la

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phtisie n'est pas soumise aux mêmes règles que la diphtérie, la variole, la scarlatine, la rougeole. On peut impunément vivre, coucher à côté d'un phtisique sans gagner TafFection dont il est atteint ; pour s'en garantir, il suffit que tous ceux qui l'approchent se mettent, par des soins de propreté minutieuse, à l'abri des germes contenus dans les expectorations qui desséchées, réduites en poussière et voltigeant dans l'air, pénètrent dans les voies aériennes et y sèment les germes morbigènes.

C'est ainsi qu'un grand nombre d'individus, exposés à la contamination, tels les étudiants en médecine, les médecins, les gardes-malades, qui, dans les hôpitaux et en ville, sont soumis journellement à ce danger restent cependant indemnes et ce danger n'est certainement pas hypothétique. Le P"* Straus (1) a montré qu'après une visite d'hôpital le mucus nasal des étudiants qui l'accompagnaient contenait des bacilles de Koch virulents.

(1) Straus, article Tuberculose du Traité de médecine et de thérapeutique, par P. Brouardel et Gilbert, Paris, 1896, tome III, p. 267.

Pourquoi les uns, si exposés, échappent-ils si souvent à la contagion, pourquoi les autres, qui semblent si peu exposés, sont-ils souvent atteints?

Il y a cinquante ans. Trousseau professait que les maladies contagieuses procèdent de g^ermes «t il ajoutait : « Semez sur le roc, vous n*aurez pas de récolte ; semez sur le terreau, vous en aurez une abondante. »

Ne voyant qu'un des côtés du problème, Bouchardat déclarait que la tuberculose a pour cause la misère physiologique innée ou acquise. Cela est exact, mais pour qu'un homme devienne phtisique, il faut la réunion de deux facteurs indispensables : d'abord la graindy le bacille de Koch ; en second lieu le terrain^ c'est-à-dire l'aptitude de l'organisme à développer la graine, la réceptivité individuelle qui est innée ou acquise.

La réceptivité est innée pour les enfants de tuberculeux.

Celle prédisposilionestassez grande pour que, par un abus d'interprétatiou, on ait fait une catégorie de tuberculeux par hérédité, qui est encore regardée comme certaine par le public et cependant elle n'existe pas.

Parmi les si nombreuses aulopsies de fœtus ou de nouveau-nés qui sont pratiquées chaque année à la Morgue, jamais 11 n'a été trouvé ni bacille, ni téHÎon tuberculeuse chez les enfants n'ayant pas quelques semaines d'existence, c'est-à-dire n'ayant pas vécu un temps suffisant pour avoir pu être contaminés par des germes extérieurs.

La tuberculose des bovidés, identique à la tuberculose humaine, transmissïble de l'homme à l'animal et réciproquement, fournil une nouvelle preuve de la non hérédité.

Il y a quelque dix ans, le nombre des cas de tuberculose importée par les animaux de races exotiques occasionnait en Danemark, dont l'une des principales sources de richesse est l'élevage des bovidés, une énorme perte économique. S'appuyanl sur ce fait qu'à l'autopsie les veaux morlnés ne présentent jamais de lésions tuberculeu-

ses, qu'elles ne paraissent que plus tard, souvent même passé Tâge de la vente, puisque les statistiques des abattoirs ne mentionnent que très rarement la tuberculose chez les veaux, on prit le parti d'isoler complètement Tanimal dès sa naissance et de le nourrir exclusivement avec du lait cuit. Le résultat fourni par cette mesure conjointement avec la réfection des étables, l'abattage des animaux adultes les plus atteints, fut des plus favorables et en quelques années les fermes furent repeuplées par des descendants d'animaux tuberculeux qui, soustraits dès leur naissance aux causes de contagion extérieure, restèrent indemnes de cette infection.

Les enfants issus de parents tuberculeux naii^sent en état de déchéance organique.

LeD^Charrin a trouvé qu'ils présentaient des modifications héréditaires de la vie cellulaire de l'organisme, entraînant une surcharge graisseuse du cœur et des reins et amenant des troubles dans les fonctions d'assimilation et de désassimilation.

Le P*" Landouzy a signalé que, chez les femmes tuberculeuses, les grossesses se terminent sou-

vent avant terme ou par la naissance d'enfants malingres, chétifs, de petite taille, de faible poids, destinés à succomber en bas âge. D'après lui, cet état de déchéance organique provient de Timprég^nation du nouveau-né par les toxines tuberculeuses du sang de la mère pendant le cours de la gestation, au travers du placenta sain (1).

L'organisme est indemne au moment de la naissance, mais reste à la merci des multiples causes d'infection qui le guettent.

Il existe, surtout dans les grandes villes, une catégorie d'individus qui semble vouée à la mort par tuberculose pendant l'enfance ou Tadolescence, ce sont ceux qui présentent les attributs que Lorain et moi avons assignés à Vinfanlilisme.

Chacun connaît la vivacité d'intelligence et la précocité d'esprit du gamin de Paris, du gavroche^ quand, jusqu'à l'âge de dix ou douze ans, il a conservé une bonne santé et a échappé à la scrofule. En général il est petit, mais il est alerte,

(4) Landouzy, Hét^édité tuberculeme, hérédité de graine et d'état diathésique, tuberculose héréditaire typique et atypique , hérédo'tuberculose (Revue de médecine, 4891, p. 414).

■L'BEnC CLOSE

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A cet Age, il est quelqu'un, sait ce qu'il veut et parfois, quand le père manque à son rôle en s'adonnant à l'alcool ou est terrassé par la maladie, on est éloimé de voir un enfant de onze ou douze ans qni est le chef vrai et obéi de la" famille.

Cinq o» six ans plus lard, on retrouve cet enfant titcint, petit, sans vivacité d'esprit et sans volonltf. Au point de vue physique, au moment de la puberté, il a subi un arrêt dans son développement qui est resté stationnai re. Les organes génitaux sont atrophiés, la peau glabre et sans poils, le squelette ne prend pas la forme masculine, le bassin est élargi, la graisse a envahi le tissu cellulaire sous-cutané, les mamelles, anormalement développées, sont parfois le siège d'abcès. Il reproduit le type dont la fable nous a laissé le modèle sous le nom de Ganymède.

A quelque classe sociale qu'ils appartiennent. ces enfants dont la précocité étonne, ces petits

prodiges ont des organismes de bien faible résistance ; ce sont des terrains admirablement préparés pour rinfeclion bacillaire ; il est rare, dans les classes populaires, de les voir arriver à Vàge adulte ; la plupart meurent emportés par la phtisie. Il en est de même pour les enfants nés de parents âgés ou débilités par une maladie aiguë ou chronique.

A côté de la réceptivité innée, voyons la réceptivité acquise.

L'organisme sain peut, à la suite de circonstances fortuites, maladies aiguës ou chroniques, tomber dans un état de déchéance suffisant pour devenir apte à prendre une affection à. laquelle il ne sen\blait pas priginellement disposé. C'est ainsi qu'agissent la bronchite prolongée, la pneumonie, la pleurésie, la rougeole, la grippe pour les maladies aiguës; le diabète, Taliénation mentale pour les maladies chroniques.

Mais le facteur le plus important qui intervient pour créer la réceptivité acquise, est incontesta-

bleraent celui que créent les écarts de régime, parmi lesquels Valcoolisme tient de beaucoup la première place.

L'influence de Talcool est signalée non pas seulement par le médecin qui, examinant un malade, découvre chez lui une cause prédisposante, mais elle est encore mise en évidence par l'étude des mouvements de la population en France comparés à la consommation d'alcool.

Dans un rapport très remarquable, le D^'deLavarenne l'a établi d'une façon incontestable (1).

Je ne lui emprunte que deux arguments.

Depuis trente ans, la consommation des absinthes, liqueurs et autres spiritueux composés, a augmenté en France dans des proportions colossales.

En 4873, elle était de 29.192 hectolitres.

En 4897, elle était de 311.952 —

Les cartes de mortalité par tuberculose et de

(1) De Lavarenne, De l'alcoolisme et de la tuberculose (Commission de la tuberculose, Rapport XVI, p. 278, et Annales d* hygiène publique et de Médecine légale, 1904, t. XLV, p. 193).

Fig. 1. — Graphique de la mortalité par tuberculose et de la consommation de l'alcool.

la coasommatioa de l'alcool sont presque superposables (%. 1).

M. Baudraii (de Beauvais) est arrivé sur ce point aux résultats suivants :

Décès par tubercalose pour Consommation annuelle de litres

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