AVANT-PROPOS
La question du travail à domicile s’est depuis quelques années singulièrement précisée. Elle est sortie du cadre nécessairement étroit où la tenaient, jusqu'alors confinée les discussions des spécialistes. Des congrès étudient le problème, de nombreux articles de journaux ou de revues l’ont posé devant le public, et celui-ci semble vouloir s’y intéresser. On ne pourrait redire aujourd’hui ce qu’il paraissait, à M. Flory, tout naturel d'écrire encore, en 1905 : « On étonnerait sans doute beaucoup de personnes en leur apprenant qu'il existe une question du tra-. vail à domicile » (1).
À l’heure actuelle, personne ne nie les misères du travail à domicile ; et si certains professent « que Paris recèle des misères féminines auxquelles il n’y a malheureusement pas, à leur connaissance du moins, de remède économique » (2), l'immense majorité des gens s’ingénient à trouver les moyens d’améliorer le sort de bien pauvres femmes.
Mais ces efforts sont loin d’être concordants,.
(1) Flory, Etude sur le travail à domicile p. 9. (2) d'Haussonville, Socialisme et charité, p. 255.
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Chacun y apporte sa mentalité, son tempérament, et plus encore, peut-être, ses idées préconçues ; les convictions politiques, elles-mêmes, influent parfois sur les solutions proposées. Il en résulte, presque, une certaine anarchie dans les esprits peu avertis. EC plus d’un est exposé, au lieu de voir la lumière jaillir du choc des théories, à penser que la question est obscurcie au point d’en devenir insoluble.
Le hasard, notre modeste collaboration aux travaux des Ligues sociales d’Acheteurs, et nos fonctions professionnelles nous ont amené à étudier depuis un certain temps «la fabrique collective » parisienne. Il nous a semblé intéressant dans ces circonstances, en s’abstrayant systématiquement de toute thèse quelconque, de laisser parler les faits eux-mêmes, les initiatives, les rêves ou les solutions proposés comme remèdes.
Le lecteur verrait alors, par lui-mème, la portée de chacun d’eux et les résultats qu’on en peut attendre.
Nous voudrions ainsi tenter de contribuer à créer dans le public une certaine unité de vues, une relative cohésion dans les efforts qui permettent, enfin, d'essayer quelque chose de sérieux en faveur d’ouvrières, dont les supplications angoissées hantent sans cesse notre mémoire et qui recueillent trop souvent une sympathie et une compassion platoniques.
C’est la pensée dominante de ce travail, et la raison de la division choisie : la siluation actuelle ; les efforts de l’initialive privée ; l’organisation professionnelle ; l'intervention légale.