Anne, chap. m
seul fait, le juge devait en conclure qu'un enfant était à l'étranger, et la confiscation de tous les biens paternels punissait le crime (').
Cela ne suffit pas. Malgré les confiscations réitérées, les catholiques possédaient encore un million d'acres de terre, tandis que les protestants en détenaient onze millions. Eh bien, ces lambeaux du patrimoine de leurs ancêtres il faut les leur arracher, non plus à coups de fusil, mais légalement, au nom même d'un traité qu'ils ont signé de bonne foi. On leur rendra, dérisoirement, l'institution celtique du Gavelkind condamnée sous les Stuarts. Le droit d'aînesse est aboli, le partage égal imposé, les familles vont déchoir par la division des fortunes (^), Il est assez curieux de constater que l'œuvre protestante a précédé celle du Code Napoléon ; les conservateurs anglais n'auront pas de meilleur argument contre les novateurs qui veulent introduire chez eux le régime dissolvant issu de la Révolution française.
On alla plus loin encore : la famille appauvrie, il faut la poursuivre jusque dans son principe. Si l'Angleterre possède un admirable sens pratique, elle a aussi le cynisme de sa logique. Donc, la femme papiste ne pourra jouir d'aucun douaire. Si elle abjure du vivant de son mari, celui-ci sera forcé de lui céder tous les revenus de la communauté ; elle pourra en disposer comme elle l'entendra, vendre les propriétés, les aliéner, et même se séparer de son mari.
Un fils aîné se fait-il protestant ? Aussitôt cesse d'exister pour lui l'autorité paternelle ; son père devient un simple tenancier des biens de la famille, et à sa mort ils passeront tous au fils renégat, à l'exclusion de ses frères et sœurs {f). Même on arrachera les enfants à leurs parents dans le but de leur enlever la foi.
A son lit de mort, le père catholique ne pourra désigner le tuteur de ses enfants mineurs : la loi s'y oppose. La mère elle-même, la malheureuse veuve est écartée. La loi lui interdit ce que la nature lui impose : la tutelle de ses enfants (•*).
I. Anne, chap. vi, §, t. iv, p. 14 1704. — 2. Ib. , ib. § 4. — 3. 2 Anne, chap. VI,
4. « No papist to be guardian. Penalty on papist taking guardianship. » 500 liv. sterl. 2 Anne, ch. vi, § 4 (1703).
Tout ce que le père aura fait pour sauvegarder les âmes que la bénédiction de Dieu lui confie, est nul de plein droit. Au chancelier de l'Irlande incombe le devoir légal de nommer un tuteur protestant pour tout mineur catholique (').
Enfin, les catholiques ne pourront plus acheter de terres ni en acquérir par héritage (-). Chaque famille non encore dépouillée par la confiscation vivra du sol qu'elle possède. Du jour où ce domaine émietté ne suffit plus à son existence, elle tombe au rang des tenanciers ; de propriétaire, le catholique deviendra fermier d'un maître hérétique. Mais ici l'attend une nouvelle loi pour l'empêcher de prospérer. Il faut qu'il descende sans pouvoir jamais remonter. Il ne pourra passer de baux excédant 31 ans (3) et ils ne seront licites que s'ils imposent au fermier l'obligation de payer une rente au moins égale au 2/3 du produit de la terre (rack-rent). Si le produit s'augmente, le fermage doit s'accroître en proportion (").
Il y aura même une prime d'encouragement à celui qui dénoncera l'existence d'un bail profitable au catholique, et le dénonciateur sera autorisé à prendre le bail à son propre compte et à s'en approprier les bénéfices (s).
A la longue, tenir une ferme dans de pareilles conditions, c'est la ruine. Il reste alors au milésien déchu de se faire journalier et manœuvre. Et quand il refusera de travailler aux jours de fête prescrits par l'Église, il sera passible de l'amende et du fouet.
Un papiste veut-il user du commerce ou de l'industrie ? Voici un bill de 1698 qui supprime les manufactures de laine « parce que les produits irlandais de cette nature sont supérieurs à ceux des fabriques anglaises ». — «Je ferai tout ce qui dépendra de moi pour faire tomber les manufactures