‹ La lutte électorale en 1863Chapitre 12 sur 91 · GRANDS MOYENS.— ATTRACTION ADMINISTRATIVE · texte numérisé non relu

GRANDS MOYENS.— ATTRACTION ADMINISTRATIVE

La lice est ouverte, rbeure d sonné, les vir€t lamts commencent, [jours sans averlisseawnt, sans timbre, sans saisie, jubilé septénaire de la harangue, du colportage et de la liberté.

Ainsi rentendaiefit encore les légMaiewrd de 1849, si pleins qu'ils fussent déjà d'un beau zèle réglementaire.

Moins le droit de harangue, et quelques petites dioses, c'est ce qui subsiste. On ne .parle plusau €orps électoral, mais on lui écrit, et, comtne il sied à une mère vigilante, Tadministration lit par-dessus l'épaule.

Pourles préfets d'aiBeurs, les sous -préfets, Im

maires, les vingt jours commencent quand on veut.

Au moment où les barrières 8\ibaissent pour tout le monde^ il y a des mois que les préfets sont en campagne. Leur prévoyance se mesure à la taille de l'adversaire : j'en sais que l'administration a minés pendant vingt sept mois!

C'est la guerre sourde qu'il n'est donné qu'aux puissants de pouvoir faire. Cela commence par de vagues rumeurs, des demi-mots; on sentie flot qui se retire. Cela finit par des gendarmes ou des surveillances de police. Dans Tintervaiie, on expulse l'ennemi des petits postes d'influence, fonctions gratuites, corvées municipales^ sociétés agricoles '^ commissions hospitalières^ jusqu'au Jour où l'orage éclate dans le journal de la préfecture. Uais si l'administration peut beaucoup contre ceux qu'elle veut perdre, elle fait plus

4 . Les Comices agricoles sont dans la dépendance absolue des préfets. M. le préfet de la Haute-Loire a dissous le bureau du comice agricole de Brioude : 1** parce que le comtce agricole était devenu « un instrument politique entre les mains de ses dignitaires; 2° parce qu'il avait organisé, sans l'autorifalion de la préfecture, un œnœurs de marechallerie,*—}!. de Flaghac, président du comice, avait brigué^ malgré le préfet, une candidature indépendante.

encore pour ceux qu'elle élève*. Longtemps à FavâDce^ son élu est investi de ses pleins pouvoirs; il a l'accès des ministres, Toreille des bureaux, la clef des faveurs; il ne se donne pas une demibourse, un bureau de tabac, une subvention, qui ne passe par son entremise; on lui renvoie les communes besoigneuses, c'est lui qui reçoit, qui écoute, qui promène les députations du département; il est la providence visible des paysans grêlés et des anciens militaires. Le temps venu, le préfet le prend par la main, le produit, le présente. Les tournées administratives organisées par M. de Persigny, sortes de champs de mai de maires et des fonctionnaires, sont tout a fait propres à cet usage. Les maires sont convoqués, pour affaires communales, à la sous-préfecture: c'est d'élections qu'on leur parle. Les deux choses, il est vrai, se ressemblent, par le temps qui court.

En général, c'est l'époque des conseils de révision qui est choisie pour cette propagande ambulante. Les maires de canton y tiennent cour

4. y. aux Docum.,p, 15, comment on parle aux députés même recommandés^ quand on croit apercevoir en eux le moindre sympiôme de résUtance. (Lettre du préfei d'fndre-el-Loire à M. Gouin.)

plénière. La matière électorale aussi y abonde : conscrits et parents des conscrits^ tous électeurs ou qui vont Têtre. Au besoin^ on les harangue. De canton en canton, le carrosse administratif s'arrête^ et M. le préfet parle aux paysans. Il leur parle beaucoup de leur commune^ de lui-même et de l'Empereur, un peu du candidat. Le hasard a placé celui-ci dans la Toiture. Hais sans Thabit lamé d'argent et sans la faconde (dont un préfet ne peut se passer^ mais qui est le superflu du député recommandé); que faire en ce forum de village' ? Heureuse sinécure ! Allocutions, bulletins^ circu-* laires> «- le tout sans frais^ — c'est l'affaire de la préfecture. Il faut^ pour quitter un oreiller si commode^ être un novice brûlant de se répandre, un Mondor qui se plaît aux largesses^ ou se prendre de paniques invraisemblables. Beaucoup ont Tesprit de laisser faire^ sans bouger presque et sans mot dire.

Il en est d'ailleurs dont le nom seul est un

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4 • Dans la Haute-Saône, M. le préfet présentait aux populations rtionorable M. Latour-Dumoulin; le candidat ne parlait pas» mab les paysans, après aYoir entendu le préfet, s'en allaient en disant: «C'est celui-ci qu'on devrait nommer député. »

éblouissement et une vietoire. Non pas précisément les grands noms historiques^ mais les noms de hautes fonctions et de grand crédit. On ne lutte pas avec un chambellan. Le chef du cabinet du ministre de Tintérieur sera toujours^ quoi qu'on fasse^ une planète électorale sans seconde ^ Un gouverneur du €rédit foncier^ ce préteur-né des communes^ parcourant les communes , y montrant ce qu'il peut faire^ a des attraits irrésistibles *• Ceux-ci 9 enfio^ qui font à eux trois une dynastie de millionnaires^ s'avancent^ semant For et les promesses^ au milieu des populations prosternées ' : ce sont les candidats du veau d'or.

La molécule électorale^ c'est la commune^ bien plus que l'électeur. Mais la science de la commune^ qui la possède? qui lit dans les faiblesses de son âme^ dans les rêves de son budget ? Qui sait où les chemins vicinaux la gênent^ où les communaux la tourmentent? sinon celui qui l'autorise et la conseille^ la subventionne et la morigène; ce tuteur^

4. V. aux Docum,^ p. 469 , la plaidoirie de M^Âlloudans l'affaire Gareau.

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