‹ La lutte électorale en 1863Chapitre 74 sur 91 · COUPS DE THÉÂTRE · texte numérisé non relu

COUPS DE THÉÂTRE

VOl}RS01T9S AliNONCiBS, ^RBXtT^TIOlff

PRÉFECTURE DE SEïNEET-OISE.

Aux électeurs du départetnent de Seine-et^Oise.

Messieurs^

Au moment oîi le scrutin va s'ou\rir^ radminislration croit de son devoir de vous exprimer loyalement son opinion^ sur les choix qui vous sont proposés par les oppositions de toutes les nuances^ réunies dans un sentiment commun d'hostilité au gouvernement.

((ous ne saurions avoir la pensée de prendre à partie les circulaires des candidats hostiles ou opposants dans les diverses circonscriptions électorales de noire départefne»!.

Ces documents sont une manœuvre invariablement mise en pratiaue par les candidats de l'opposition, qui, dberehant à obtenir les suffrages des électeurs, n'hésitent pas à afficher plus haut que leurs compétiteurs leur indépendance et leur libéralisme

Dans le nombre des circulaires des candidats de l'opposition soumises à vos appréciations, messieurs, il en est une qui se distingue entre toutes par son caractère d'opposition d'apparence contenue, mais, au fond^ très -manifeste contre le gouvernement de FEmpereur. L'honorable M. Barthélémy Saint-Hilaire recherche vos suffrages en invoquant son passé politique^ en prenant l'engagement a de continuer à être au Corps législatif ce qu il a été b dans les assemblées républi- 'caines de la Constituante et de la Législative. C'est là, on doit le reconnaître, une déclaration qui ne permet ni le doute ni Téquivoque. Pour compléter cette déclaration^ nous croyons devoir rappeler quels étaient les titres politiques que ce candidat faisait valoir en 1848 pour assurer son élection de ce temps-là. Nous nous bornons à mettre sous vos yeux quelques extraits de la circulaire publiée à Tépoque où il exerçait les fonctions de chef de secrétariat du gouvernement provisoire, a

a Le 26 juillet 4830, je signai la protestation des a journalistes, signal de Tinsurreclion. »

« Pendant de longues années^ j'ai siégé avec Garnier- « Pages dans le comité de la société : Aide-toi, le ciel « t'aiderai et j'ai écrit au National avec Carrel; en c juin 1832, j'ai été jeté en prison avec la plupart de a mes amis. s> «... ••••..••

ce J*ai salué avec ivresse Tavénement de la Républi- « que.»

« Dès le 23 février, j'étais avec tous mes amis :

a Garnier-Pagès ^ Marrast, Arago, Pagnerre^ Biia chez^ etc., à THôlel de Ville, et aujourd'hui je a remplis auprès du gouvernement provisoire les a fonctions de chef de son secrétariat. x>

Les hommes qui recherchent aujourd'hui vos suffrages en concurrence avec les candidats de TEmpereur sont toujours les mêmes :

Ils n'ont su ni fonder ni conserver.

Les manifestes des candidats de Topposition révèlent et découvrent à l'avance la désastreuse influence qu'exerceraient encore^ sur la marche des affaires, ces représentants de systèmes désavoués par les solennelles affirmations de la France entière.

Le gouvernement de S. M. TEmpereur vous donne, depuis douze ans, la sécurité, Tordre, le bien-être, (^ sloire, tous les progrès, toutes les améliorations possibles en pratique.

Qu'osent mettre en regard de Tordre de choses actuel tous ces candidats?

Aucune contradiction loyale, aucune objection fondée, aucune démonstration sérieuse que l'on puisse croire inspirée par Tamour du bien public.

En revanche, ils prodiguent les promesses et redoublent de déclamations. A tout cela, ils devraient joindre et rappeler les ruines qu'ils avaient amoncelées derrière eux, et le pays qu'ils avaient conduit à deux doigts de sa perle.

Le préfet de Seine» et-Oise^ Comte de Saint-Marsault.

(Affichée le 30 mai^ d* après la protestation de M. Barthélemy^Saint'Bilaire.)

ÉLECTIONS LEGISLATIVES DE 1863.

A messieurs les membres composant la commission chi recensement général des votes pour le département du Loiret.

Le soussigné vous prie, messieurs, de vouloir bien consigner au procès- verbal de recensement sa protestation contre la validité de Télection de M. le duc de Tarente, dans la deuxième circonscription du Loiret.

11 se réserve d'apporter devant le Corps législatif la preuve que cette élection n'a été obtenue qu'au moyen de manœuvres abusives et déloyales.

Dans un grand nombre de communes de la circonscription, des maires, gardes champêtres et autres agents de Tautorité, ont, le dimanche 3i mai, au moment de Touverture du scrutin et pendant toute la journée, répandu et propagé le bruit mensonger que le soussigné, candidat au Corps législatif, avait été arrêté le vendredi précédent, à la suite d'une tentative d'envahissement de Thôtel de ville d'Orléans à la tête de 400 ou 500 émeu tiers ; qu'il était en prison, que la ville avait été mise en état de siège, et que, dans une pareille situation « il était inutile et même dangereux de voter pour M. Pereira ; et, à l'appui, ils ont donné publiquement lecture d*une partie isolée d'un article du Journal du Loiret , publié la veille et répandu à profusion, par extraits, dans l'étendue entière de la 2* circonscription, ladite partie commençant par ces mots : Hier, à une heure de V après-midi j etc.

Cette manœuvre, qui n'a que trop bien réussi sur Tesprit crédule des habitants de la campagne^ a évi-

déminent entaché la sincérité de l'élection de M. le duc (le Tarente.

Le soussigné se propose^ en conséquence^ de demander au Corps législatif l'annulation de cette élection^ ou, en tout cas, une enquête sur les circonstances qui l'ont précédée etaccompagnée. C'est pourquoi il requiert l'insertion de la présente protestation au procès*verbal de recensement.

Et il saisit l'occasion de vous offrir^ messieurs ^ l'assurance de ses sentiments les plus distingués.

ALFRED PéREIRA,

ancien préfet du Loiret.

Orléans, 3 jum 4863, 41 b. du malin.

Extrait du Journal du Loiret du il mai 1863.

A côté de la circulaire de M. le duc de Tarente^ candidat de l'Empereur, nous plaçons celle de M, Péreira.

Cette publication ne pourra que faire ressortir l'étrange contraste qui existe entre les paroles que prononce aujourd'hui le candidat de l'opposition et ses actes publics d'autrefois.

Nous ne voulons pas refaire ici Thistorique^ trop connu, des cruels temps d'épreuve qui rappellent tant de tristes et de honteux souvenirs; mais, puisque M. Péreira, au milieu des émotions passagères qui se produisent, brigue Thonneur de représenter notre pays et de parler au nom de ses concitoyens, nous avons le droit de lui dire: Pas de phrases banales. Votre circulaire du 9 mai ne nous rassure pas suffisamment sur vos tendances présentes de modération et de sage

liberté. Mettons les masques à bas, et dites^ons fran* chement, loyalement^sansarrière-pensëe, si tous dés* avouez ces actes publics et politiques de votre passé, qui se dressent et se dresseront étemeliem^t entre vous et les bommes d'ordre, entre vous et la France impérialiste, qui aime et respecte celui qui, depuis douze ans, dirige ses glorieuses destinées, et qui a, pour l'Empereur, autant de confiance que de dévoue^ ment.

Parlons donc net. Il faut que les électeurs sachent bien ce qu'ils feront en votant pour vous.

Femand Lavt.

— Deux colonnes de la France centrale sont aujourd'hui consacrées à un long panégyrique de M. Péreira, doublé d'une attaque contre la proclamation de M. le préfet du Loiret aux électeurs de la deuxième circonscription.

LÀ France centrale invite M. le préfet à vouloir bien s'enquérir des antécédents politiques de M. Péreira, dans le Journal du Loiret^ du temps qui a précédé l'Empire.

Nous éviterons cet ennuyeux travail à M. le préfet, en nous en acquittant pour lui. Nous ouvrons notre collection, à la date du 4 décembre 1854, et voici ce

3ue nous y trouvons. C'est le récit d'une tentative 'envahissement de l'hôtel de ville d'Orléans :

Fernand Lamt.

u Hier, à une heure de l'après-midi, un gi*oupe d'environ quatre cents personnes dont plusieurs pot^ taient au chapeau, en signe de ralliement, une carte blanche avec cette inscription : Constitution-Républiue ! s^est porté sur la place de PEtape, endébouchant la rue de la Bretonnerie. Mêles à ce groupe, on

remarquait MM. Martin et Mîchot^ reprënentants; et MM. Péreira et Tavernier.

a Cette masse, après avoir bousculé la première sentinelle de la porte extérieure de la mairie, s'est pré* cipilée dans la cour et a gravi les degrés du perron^ jusqu'à l'entrée d'une des salles du perron, où se tient un piquet de garde nationale. Là s'est engagée une lutte entre les assaillaDts et les gardes nationaux, dont quelques-uns auraient été désarmés. Des cris : Aux armes I auraient été poussés^ et c'est alors que le commissaire central, se jetant au milieu de la mêlée^ aurait, pendant près de huit à dix minutes, engagé une lutte corps à corps avec un des envahisseurs^ qui s'était déjà emparé du fusil d'un homme de garde. Pendant ce temps, un commissaire de police allait prévenir la ligne à la caserne de l'Etape, et un peloton, s'avançant au pas gymnastique, cernait la mairie et faisait

Srisonoiers tous ceux qui se trouvaient dans l'hôtel e ville.

€( D'un autre côté, MM. Martin et Michot protestaient de leurs intentions pacifiques, et, pour expliquer leurs démarches, ils entraient en conférence arec l'administration municipale.

a Cependant, le général tirand arrivait de sa personne pour comprimer le désordre et pour ordonner les arrestations. 11 faisait arrêter M. Péreira sur le perron même de la mairie, et donnait l'ordre de rechercher MM. Martin et Michot, qui s'étaient retirés dans une petite pièce attenante à la salle des séances du conseil municipal.

« A la suite de cette déplorable échauffourée, qui a causé dans la ville une impression pénible, M. le général Grand a publié la proclamation suivante :

« Le général de brigade^ commandant la 3*°^ subdivision, aux hobOatAs du Loiret, d'Eure-et-Loir et de Loiret-Cher.

« L'inn«on et llidtel de tille d'OriéaDs, tentée ]iar le parti démagogique. YÎent d'être vivement repoussée par la garde nationale et la troupe de ligne réunies, et les principaux chefs de Fémeule^ au nombre d'une cinquantaine, ont été arrêtés .

« MM. Blartin et Hichot, représentants; Péreira, ancien préfet, et Tavernier, journaliste^ etc.

« \jBL même répression atteod partout les mêmes tentatives.

« Le général commandant l'éM de siège.

a Grand. »

Extrait du journal la France centrale, du samedi 6 jum 1863.

Nous ferons, avant tout, uile observation. Dans cette feuille volante, on avait eu soin de supprimer la profession de foi de M. Péreira, qui aurait pu, dans une certaine mesure^ diminuer l'effet de cette publication. C'est là une lacune perfide que nous dénonçons à tous les esprits honnêtes et loyaux. On mettait le poison sous les yeux des électeurs, et Ton supprimait à dessein évidemment le contre^poisonl Maintenant, dit notre correspondant, que s'est^il passé? Les lecteurs à haute voix de cette pièce ont-ils commencé leur lecture à ces mots : a Hier, à une heure de Taprès-midi...? » Le tumulte de la foule assemblée a-t-il empêché de saisir la date du 4 décembre 1851 1 C'est ce que nous ignorons. Toujours est"-il que partout on a pensé qu'il s^agissait, non d'un fait datant de douze ans, mais d'un fait actuel, datant de la veille. Ces mots hier étaient bien faits pour produire cette triste équivoque. Aussi, d'une extrémité de la circonscription à l'autre, le bruit

a iiBHiédiatemeDt couru que M. Péreira avait tente d'envahir la mairie d'Orléans^ et qu il avait élé mis en état d'arrestation, 11 est arrivé à Orléans, dans la journée du dimanche et dans la matinée du lundi, plus de vingt lettres consternées réclamant des explications et des détails sur cette prétendue invasion et la prétendue arrestation de M. Péreira. Ajoutons que ses adversaires s'en allaient disant partout aux électeurs de campagne, crédules et illettrés, que le candidat repoussé par l'administration n'était qu'un insurgé maintenant sous les verrous. C'est sous cette impression générale que le vote a eu lieu presque partout. On comprend quel désarroi cette nouvelle a jeté dans les partisans de M. Péreira. Les hommes éclairés résistaient et tentaient en vain d'expliquer la vérité de la situation : le coup était porté, la prétendue nouvelle commentée, et l'on ne pouvait ôter de Tidéa d'une foule d'électeurs que M. Péreira appartenait désormais à la justice de son pays.

Où certains maires ont-ils puisé le droit de faire distribuer ce libelle par les gardes champôtrcs? Où ont-ils puisé le droit d'en faire donner lecture aux électeurs? Grave question, que nous ne saurions résoudre en ce moment et qui sera, nous l'espérons, adressée au Corps législatif.

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