Thiers, Hist. de la Révolution
DES GOUVERNEMENTS ET DES SOCIÉTÉS
qu'une partie, on était certain de réaliser de nouveaux bénéfices grâce à la baisse ultérieure du papier.
Afin d'activer les ventes, laConvention adopte, en 1795, la proposition de Bourdon (de l'Oise), de vendre sans enchère, au premier offrant, les biens nationaux, à raison de trois fois le prix d'estimation de 1790, payable en assignats1.
D'après ce décret, un bien estimé 100000 francs en 1790 devait être payé 300000 francs en assignats. Mais comme ceux-ci étaient tombés au 1/15 de leur valeur, 300 000 fr. ne représentaient, en réalité, que 20 000 fr. ; on payait donc avec 20 000 francs un bien qui, en 1790, en valait 100 000. Ce n'est pas tout : les estimations de 1790 avaient été très inférieures à la réalité. On s'était basé pour les établir sur les revenus apparents ; or ceuxci étaient presque toujours fictifs, surtout en ce qui concerne les biens du clergé. « Une terre affermée ostensiblement mille francs en rapportait en réalité quatre mille; d'après l'estimation de 1790, cette terre était portée à 25000 francs de valeur; elle devait être payée (d'après le système de Bourdon) 75000 francs en assignats qui ne valaient en réalité que 7500 francs. A Ronfleur, des magasins à sel dont la construction avait coûté plus de 400000 livres allaient se vendre en réalité 22500 livres2. »
Il est évident que dans de telles conditions les biens nationaux ne pouvaient pas manquer d'acquéreurs. Il y en eut, en effet, un nombre extrêmement considérable, mais ceux-ci furent encore surtout des spéculateurs.
Il est à peine besoin de dire que l'empressement des
1. Décret du 12 prairial an III (31 mai 1795) et décret du 15 prairial an III (1" juin 1795).