‹ La lutte pour l'existence et l'évolution des sociétésChapitre 69 sur 135 · Michel Lévy, Loc. cit., Il, p · texte numérisé non relu

Michel Lévy, Loc. cit., Il, p

l'homme. » Ils éprouvent d'abord de la gêne de la respiration, puis ils sont affectés d'une toux quinteuse qui devient de plus en plus pénible; il s'y joint rapidement une dyspnée, plus forte dans la seconde moitié de la journée et qui va en augmentant jusqu'à la fin du travail, atteignant parfois, chaque soir, une intensité telle que l'ouvrier mange difficilement ou ne peut prendre, après son travail, que des aliments liquides. A mesure que la respiration devient plus difficile, les quintes de toux se rapprochent, prennent une grande intensité, et sont suivies de l'expectoration de crachats fortement colorés en noir, parfois même de vomissements, par suite des contractions brusques et violentes des muscles de l'abdomen. Les accidents respiratoires s'accompagnent alors de troubles de la circulation, avec hypertrophie du cœur, enflure des membres inférieurs, difficulté de la marche, fatigue générale hors de proportion avec le travail accompli, et ne permettant plus bientôt à l'ouvrier que des journées incomplètes. Si, alors, il n'y a cessation complète du travail et changement de profession, l'ouvrier finit par succomber aux troubles profonds qui se sont produits dans la respiration et la circulation.

Les professions qui exposent les ouvriers à l'inspiration des poussières de silice, de grès, de calcaire, de plâtre, etc., produisent des accidents bronchiques et pnlmonaires d'autant plus graves et plus fréquents que les poussières sont inhalées en plus grande quantité et qu'elles sont plus dures. C'est par la phtisie que, d'ordinaire, les accidents se terminent. « Les molécules d'émeri sont les plus dures; aussi d'après Lombard, les ouvriers qui emploient cette pierre sont-ils les premiers dans l'ordre de fréquence de la phtisie; les faiseurs d'aiguilles de montres présentent 55 phtisiques sur 100 ; les polisseurs d'acier 35. Le polissage de l'acier fait

périr de phtisie presque tous les ouvriers employés à Sheffîeld; on a noté que sur 2500 d'entre eux, à peine 35 arrivent à l'âge de cinquante ans, et 70 à celui de quarante-cinq ans. Le plus grand nombre meurt avant la trente-sixième année ; le docteur Kinght a remarqué que pas un polisseur de fourchettes d'acier n'atteint la trente-sixième année. Les poussières siliceuses viennent ensuite pour la gravité des effets qui résultent de leur inhalation habituelle. Dans les manufactures de porcelaine, la plupart des ouvriers qui pulvérisaient la silice au moyen de meules de granit succombaient à la phtisie ; l'adoption du broyage à l'eau les en préserve aujourd'hui. Les cailloutiers, les tailleurs de pierres à fusil (silex) meurent souvent phtisiques. Morgagni signale comme exposés à la phtisie les tailleurs de pierre, les plâtriers, etc. Le Dr Young a observé que les tailleurs de grès de la carrière Walshut succombent presque tous à la phtisie pulmonaire ; ceux des environs d'Edimbourg arrivent rarement à l'âge de cinquante ans (Alison). Le Blanc a tracé une monographie de la phtisie des tailleurs de grès, appelée maladie de Saint-Roch à cause de sa fréquence dans les carrières de ce nom. L'inhalation des molécules calcaires n'est pas moins funeste ; d'après Lombard, les plâtriers comptent 26 phtisiques sur 400, environ deux fois plus que la moyenne générale; les maçons, les balayeurs de rues et les tailleurs de pierre dépassent aussi la moyenne générale1. »

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