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CHAPITRE IV

DES PROFESSIONS ET DE LEUR INFLUENCE SUR L'ORGANISME ET L'ÉVOLUTION DES SALARIÉS

Les métiers nuisibles à la santé par eux-mêmes et en raison des matières que les ouvriers manient, sont : les usines d'arsenic et les fabriques de papiers, de toiles, de fleurs artificielles, etc. qui emploient des couleurs arsénicales ; les usines de mercure et les professions qui manient ce métal; les usines de plomb et les ateliers dans lesquels on manie le métal ou ses sels ; les fabriques d'allumettes où l'on fait usage du phosphore blanc; les houillères et les diverses professions dans lesquelles les ouvriers sont contraints de manier de grandes quantités de poussières de charbon; les fabriques de sulfure de carbone et les professions qui font usage de ce produit; les fabriques d'ammoniaque; les usines de soufre ; les professions où les ouvriers sont en contact avec des poussières fines de silice, de plâtre, de calcaire ou de grès; celles où ils sont condamnés à absorber des poussières végétales ou animales ; celles où ils sont exposés à des émanations putrides du sol ou des cadavres et des organes d'animaux; celles où ils vivent dans une atmosphère surchauffée. Quelques mots sur les maladies ou perturbations physiologiques occasionnées par ces différentes professions ne seront pas déplacées ici.

PROFESSIONS ORL1GEAÏNT A MANIER DES SURSTANCES TOXIQUES

Fabriques d'ammoniaque. — Peut-être faut-il placer eu tête des professions insalubres celle des ouvriers employés dans les fabriques d'ammoniaque. Des renseignement fournis, il y a deux ou trois ans, sur les fabriques anglaises de ce produit peuvent faire considérer tous les ouvriers qui y travaillent comme condamnés à une mort rapide, soit par suite des accidents, soit en raison des maladies qu'ils contractent. Les hommes qui fabriquent le gâteau de sel par le mélange du vitriol et du sel commun, d'où se dégage l'acide chlorhydrique à l'état gazeux, perdent toutes leurs dents en moins d'une année, à la suite d'inflammations des gencives et des alvéoles dentaires. Les marniers qui chargent la chaux et la transportent dans des récipients où elle est traitée par le chlore sont exposés à des poussières corrosives et à des émanations gazeuses qui les tuent rapidement.

Arsenic et sels arsenicaux. — Les ouvriers des usines d'arsenic sont obligés de se couvrir la face d'un masque de verre ; ceux qui travaillent au grillage des minerais arsenicaux de cuivre et dé cobalt sont exposés, comme les premiers, à des accidents qui rappellent l'empoisonnement par l'arsenic. Les ouvriers qui manient les papiers peints colorés par des sels d'arsenic (vert de Sheele, ou de Shweinfurst ou vert d'Allemagne), les fleuristes qui se servent d'étoffes teintes avec les mêmes verts, sont exposés à des maladies externes et internes graves : maux de tête persistants, perte de l'appétit, douleurs intestinales plus ou moins violentes, diarrhée, oppression respiratoire, perte des forces musculaires et

même paralysie, éruptions de la peau sur toutes les parties qui sont mises en contact avec les poussières, notamment de la face, des mains, des bras, de la poitrine.

Ces accidents ont déterminé l'interdiction des verts arsenicaux dans la teinture des papiers et des étoffes, mais la loi n'est pas toujours obéie, et des motifs de bon marché poussent, de temps à autre, certains industriels à faire usage de ces matières colorantes.

Le mercure et ses sels. — Les ouvriers des mines de mercure et tous ceux qui ont à faire emploi de ce métal sont condamnés à en souffrir plus ou moins, s'ils ne prennent pas de grandes précautions.

Les ouvriers des mines en meurent, à peu près sûrement, au bout d'un petit nombre d'années, s'ils ne quittent pas la mine de temps à autre pour se livrer à des travaux en plein air. Ils sont pris d'une salivation exagérée, bientôt suivie d'inflammation des gencives et de toute la muqueuse de la bouche : les dents se déchaussent, des bourrelets fongueux puis des ulcérations se forment autour d'elles et sur la langue; l'haleine devient infecte ; les dents tombent, procurant par leur chute une amélioration locale dont les ouvriers vont jusqu'à se réjouir, tant étaient vives leurs souffrances. Mais, pendant ce temps, ils ont été pris du tremblement caractéristique de l'empoisonnement par le mercure, d'abord intermittent, rendu plus sensible par certaines conditions atmosphériques, telles que le vent d'est, puis accompagné de douleurs et de contractions musculaires, de convulsions et même de chorée, d'insomnies, de la diminution des forces et de paralysie, de la perte de la mémoire et des autres facultés intellectuelles, et même d'un affaiblissement de la voix tel que l'on peut à peine

entendre le malheureux parvenu à ce degré de cachexie. L'intoxication par le mercure métallique est favorisée par la chaleur qui provoque la formation des vapeurs et leur absorption en même temps que l'air.

En aérant mieux les mines, en obligeant les ouvriers à prendre des soins hygiéniques spéciaux et en faisant alterner le travail minier avec d'autres travaux en plein air, on peut, dans une très large mesure, mettre les ouvriers à l'abri des accidents.

Toutes les professions dans lesquelles on manie du mercure ou des sels de mercure (dorure et argenture au mercure, étamage des glaces, fabrication de certaines cires à cacheter, préparation des peaux de lapin pour les chapeaux, etc.), nécessitent aussi certaines précautions hygiéniques, grâce auxquelles les ouvriers se mettent facilement à l'abri des accidents mercuriels.

Le plomb et ses sels. — Après l'arsenic et le mercure, le plomb est la substance qui fait courir le plus de dangers aux ouvriers obligés de le manier. Ceux qui en souffrent le plus sont les cérusiers, c'est-à-dire les ouvriers qui fabriquent le blanc de céruse et le minium, puis les broyeurs de couleurs au blanc de céruse et les peintres qui emploient ces couleurs.

Les premiers symptômes de l'empoisonnement par ces substances sont une inflammation légère du bord des gencives, caractérisée par un liséré violet, entourant la base des dents; puis surviennent les « coliques de plomb », qui apparaissent par accès durant cinq ou six jours, sont extrêmement douloureuses et accompagnées d'une constipation absolue. Dès que celle-ci disparaît, les douleurs cessent, pour revenir ultérieurement au bout d'un temps plus ou moins long.

Si l'intoxication s'accentue, on voit surgir successive-

ment : la fétidité de l'haleine, l'amaigrissement et la diminution des forces, des douleurs plus ou moins vives, accompagnées ou non de crampes dans les membres ou même dans le tronc et la tête; puis la paralysie des muscles extenseurs des doigts et du poignet; l'abolition de la sensibilité tactile dans les doigts, coïncidant parfois avec la contractilité des muscles, des maux de tête intenses et même des accidents de coma ou de délire que la mort ne tarde pas à suivre.

Depuis une vingtaine d'années, l'empoisonnement des ouvriers par le plomb est devenu beaucoup plus rare, non seulement parce que l'on a remplacé généralement dans la peinture le blanc de céruse par le blanc de zinc, mais encore parce que l'industrie a considérablement amélioré les procédés de fabrication de la céruse et du minium1. Il ne tient même qu'à elle de supprimer entièrement les maladies occasionnées par ces substances, soit en remplaçant les travaux manuels par des machines et des appareils clos, soit en obligeant les ouvriers à prendre certaines précautions : masques, vêtements spéciaux, lotions, etc.

Dans ces derniers temps, on a signalé des accidents saturnins très graves et même se terminant par la mort, provoqués par les sels de plomb, chez les ouvrières auxquelles on donne le nom de poudreuses et qui sont employées dans la décoration des porcelaines avec des couleurs à base de plomb. La mort de jeunes filles, à Limoges, provoqua, il y a quelques années, un mouvement d'indignation publique.

Le sulfure de carbone employé pour la vulcanisation du caoutchouc occasionne chez les ouvriers des usines où

1. Un décret du 18 juillet 1902 prescrit, d'après l'avis du conseil d'hygiène, diverses mesures pour combattre l'influence nocive des peintures au blanc de céruse.

il en est fait usage sur une grande échelle des accidents qui peuvent être graves. Il y a d'abord des troubles gastriques, tels que nausées et vomissements, accompagnés de perte de l'appétit et de crachotements fatigants. Puis surviennent des coliques et de la diarrhée, avec des accès de fièvre nocturnes. La mémoire s'affaiblit, les idées deviennent diffuses et le caractère irascible; l'insomnie pendant la nuit est accompagnée d'alourdissement et de tendances au sommeil pendant le jour. Alors apparaissent de la céphalalgie, des picotements et des fourmillements dans les membres, des diminutions ou des exagérations de la sensibilité, des crampes, des troubles de la vue, de la faiblesse musculaire et de l'impuissance générale accompagée de vacillation dans la marche. Enfin les muscles s'atrophient, la peau et les muqueuses se décolorent et la mort peut survenir par cachexie générale.

Pour mettre les ouvriers à l'abri de ces accidents, il suffit d'employer un outillage tel que les vapeurs de sulfure de carbone ne puissent pas se répandre dans les ateliers, ce qui est relativement facile et a été réalisé dans la plupart des usines. Aujourd'hui, les seuls ouvriers qui subissent, d'une manière sérieuse, les effets du sulfure de carbone sont ceux qui travaillent à domicile ou dans de petits ateliers.

Phosphore. — C'est à propos du phosphore surtout qu'il est facile de se rendre compte de l'influence qu'exerce la tenue des ateliers sur les accidents que certaines substances sont susceptibles de provoquer. Depuis un nombre considérable d'années, les fabriques françaises de phosphore où les ouvriers manient des quantités considérables de cette substance ne sont le siège d'aucun accident, tandis que ceux-ci étaient

extrêmement nombreux dans les fabriques d'allumettes.

Cette différence tenait uniquement à ce que les ateliers où Ton fabrique et manie le phosphore sont, depuis longtemps, bien installés, vastes, et très soigneusement aérés, tandis que ceux où Ton fabriquait et manipulait les allumettes étaient plus ou moins défectueux; ce qui faisait dire par Magitot, en 1895, devant l'Académie de médecine : « qu'attend-on pour intervenir et mettre le feu aux quatre coins de ces infernales nécropoles? N'y a-t-il plus en France un ministre qui puisse ordonner l'évacuation et la destruction d'une usine malsaine, au nom des intérêts supérieurs de l'hygiène, au nom de la morale, au nom de l'humanité ? »

Magitot concluait que le seul moyen de supprimer le phosphorisme dont sont atteints les ouvriers allumettiers consistait dans l'interdiction absolue de l'emploi du phosphore blanc pour la fabrication des allumettes.

Ces plaintes et ces conclusions étaient formulées, en 1895, je le répète, à l'occasion d'une grève qui avait mis en évidence devant le grand public les accidents auxquels sont exposés les allumettiers. Or, voici ce que disait, dès 1862, un hygiéniste officiel, médecin consultant de l'empereur, inspecteur du service de santé de l'armée, directeur du Yal de Grâce : « Il ne s'agit plus d'expédients pour déceler un poison, de mesures d'assainissement plus ou moins faciles à appliquer. La découverte du phosphore amorphe et de son innocuité conduit naturellement à substituer un produit inoffensif à une substance toxique... La prohibition du phosphore blanc est commandée par un grand intérêt public1 »,

Réclamée depuis trente-cinq ans, on le voit, la substitution du phosphore amorphe, qui est inoffensif, au phos-

i. Michel Lévy, Traité d'hygiène privée et publique, II, p. 942. De Lanessan. — La lutte. 16

phore blanc, qui est éminemment toxique, n'avait pas encore été effectuée, soit en vertu de la routine, soit en raison de la crainte qu'avait l'administration de mécontenter une partie de la clientèle française. On sait, en effet, que les allumettes amorphes ne prennent feu que sur un produit spécial. C'est ce simple fait qui rendait préférable, aux yeux de beaucoup de personnes, les allumettes au phosphore blanc qui prennent feu par simple frottement sur un corps quelconque. Pour conserver cette commodité aux clients, l'administration perpétuait dans ses ateliers l'une des plus affreuses maladies engendrées par les professions insalubres.

C'est seulement à la suite d'une nouvelle grève et d'un mouvement d'opinion publique, que l'on s'est décidé, dans ces derniers temps, à renoncer au phosphore blanc. On Ta remplacé, ainsi d'ailleurs que le phosphore amorphe, dans la fabrication de toutes les allumettes françaises, par le sexqui-sulfure de phosphore qui paraît être inoffensif1.

Les ouvriers allumettiers obligés à manier le phosphore blanc subissaient une diminution notable de l'appétit ayant pour conséquence l'anémie, la diminution des forces, l'albuminurie, ordinairement accompagnées de maux d'estomac, de ventre, de tète, de toux quinteuse avec sensation d'étouffement, de diarrhée chronique, d'inflammation de la gorge avec haleine fétide, alliacée, et, au bout de trois ou quatre ans, une sorte de déminéralisation des os des mâchoires et de la face, bientôt suivie de nécrose. Un dixième au moins des ouvriers employés à certains travaux étaient condamnés à ces nécroses qui, après avoir produit des désordres plus ou moins étendus, entravé la mastication, rendu la parole

1 . Voyez : Poisons industriels (publication de F « Office du travail », 1901), p. 132.

très difficile, finissent par entraîner presque fatalement la mort du malade.

Tabac. — Il est une autre profession dont l'Etat s'est réservé le monopole et qui doit attirer l'attention. Je veux parler de la préparation des tabacs. Les ouvrières sont assez fréquemment atteintes de congestions passives des organes du bassin, ayant pour conséquence des accouchements prématurés. La mortalité des enfants serait également plus considérable que dans les professions ordinaires. D'une façon générale, les ouvriers des manufactures de tabac, ceux surtout qui sont exposés à absorber les poussières produites par la plante, subissent une sorte d'intoxication, caractéristique de la profession, mais qui ne paraît pas être suivie de troubles graves de la santé. Les poussières du tabac agissent non seulement par la nicotine qu'elles contiennent, mais encore, très probablement, comme corps étrangers introduits dans les bronches et les vésicules pulmonaires. Aussi est-il facile de diminuer, sinon de supprimer les accidents, par l'aération des ateliers et divers autres soins prescrits par les hygiénistes, mais dont les ingénieurs ne tiennent pas un compte suffisant.

PROFESSIONS EXPOSANT AU CONTACT AVEC DES POUSSIÈRES ANIMALES, VÉGÉTALES ET MINÉRALES

C'est d'abord par les poussières végétales ou animales que les professions où l'on travaille le coton, la laine, le lin, le chanvre, etc., sont nuisibles à la santé des ouvriers ; mais à l'action nocive des poussières qui se dégagent de ces matières, il faut ajouter celle de la température des ateliers.

Avec une bonne installation, on arrive à diminuer la

quantité des poussières et même à les faire disparaître presque complètement, mais il est impossible de supprimer l'effet nuisible qu'exerce sur la santé une température qui, dans certains ateliers, n'est jamais inférieure à 25 ou 28 degrés, et qui, parfois, doit être maintenue au-dessus de 35 degrés.

Les filatures de lin surtout sont extrêmement nuisibles, parce qu'on ne peut travailler la matière qu'en la mouillant avec de l'eau chaude. Lorsque les ateliers ne sont pas très bien installés, ce qui est généralement le cas, ils se remplissent très vite des vapeurs dégagées par les baquets d'eau chaude qui surmontent chaque métier et qui servent à mouiller les fils. Les femmes et les jeunes filles y sont exposées, pendant dix à douze heures de suite, à une chaleur de 30 à 35 degrés, dans une atmosphère surchargée de vapeur d'eau. Il n'en faut pas davantage pour provoquer très rapidement une anémie d'autant plus profonde que l'alimentation est toujours insuffisante et que le travail est très fatigant, en raison de l'obligation où sont les ouvrières de courir sans cesse, d'un bout à l'autre du métier, pour rajouter les fils, remplacer les bobines, etc.

A l'affaiblissement général qui résulte de cette existence, s'ajoutent des lésions locales produites par l'humidité et la matière première. Les ouvrières sont obligées de travailler à peine vêtues, et les pieds nus dans des sabots. Ceux-ci se remplissent d'une eau chargée des poussières qui se détachent du fil et qui sont très irritantes. Chez beaucoup d'ouvrières, il se produit une inflammation de la peau des pieds avec des ulcérations connues sous le nom de « cancer d'eau ». Une profession aussi fatigante, exercée dans des conditions aussi défectueuses, ne peut évidemment qu'agir de la façon la plus déplorable non seulement sur les ouvrières mais

INFLUENCE DES PROFESSIONS SUR LES SALARIÉS 2t!3

encore sur les enfants auxquels elles donnent naissance. C'est toute une population que son métier tue lentement et qui finirait par disparaître si elle n'était pas sans cesse renouvelée par des familles venant du dehors.

L'aménagement des ateliers et la transformation de l'outillage sont des moyens indispensables à employer pour faire disparaître une partie des effets si profondément nuisibles de ces professions, mais ils ne suffisent pas : il y faut ajouter une organisation du travail telle que les ouvriers et ouvrières séjournent moins longtemps dans la température très élevée que la filature et le tissage nécessitent.

Les mines de houille et les autres professions qui condamnent les ouvriers à absorber des poussières très fines sont, en général, nuisibles à la santé.

Tous les ouvriers des houillères sont soumis, quand ils vivent pendant de nombreuses années dans le fond des mines, à une maladie spéciale des poumons, connue sous le nom « de mélanose » ou « phtisie des mineurs », et qui est occasionnée par la pénétration de la poussière de charbon dans les bronches et les vésicules pulmonaires. Elle est caractérisée par des plaques noires à la surface des poumons. Elle se développe avec d'autant plus de rapidité et acquiert une gravité d'autant plus grande, que les galeries d'extraction sont moins aérées, la circulation de l'air étant, en effet, le seul moyen d'enlever les poussières du charbon et les fumées produites par les lampes. Les mouvements alternatifs de dilatation et de contraction des vésicules pulmonaires sont gênés par la présence de la matière étrangère, et il survient de bonne heure un asthme d'autant plus accentué que la quantité de poussière incrustée dans les parois des vésicules est plus considérable. La toux et le crachement noir sont les signes d'une mélanose plus avancée. Lorsque celle-ci

atteint un certain degré, les ouvriers meurent dans un état de consomption analogue à celui qui caractérise la phtisie tuberculeuse. Il est même fréquent que la mélanose soit le point de départ d'une véritable tuberculose, particulièrement chez les individus qui, par hérédité, sont prédisposés à cette dernière maladie.

Indépendamment de la mélanose, les ouvriers mineurs ont à redouter une anémie particulière, assez semblable, par ses caractères extérieurs, à la chlorose des femmes et ayant pour cause le séjour dans des lieux privés de lumière, insuffisamment aérés et où l'air atmosphérique est mélangé de gaz délétères. Cette anémie est surtout à craindre dans les mines où les galeries d'extraction sont basses, étroites, humides et chaudes. Elle entraine, avec ou sans complication de mélanose, la mort d*un très grand nombre d'ouvriers. Les statistiques anglaises établissent que dans le sud du pays de Galles, les ouvriers mineurs atteignent rarement quarante-cinq ans.

Depuis une cinquantaine d'années, le sort des mineurs a été considérablement amélioré par la réduction de la durée du travail et du séjour dans la mine, par une meilleure ventilation des galeries, par l'invention de la lampe Dayy et de ses similaires, etc. Il est curieux de rappeler ce que disaient les hygiénistes de l'effet de ce travail sur les ouvriers il y a une cinquantaine d'années. « Il faut lire, disait Michel Lévy, en 1850, les résultats de l'enquête que le gouvernement anglais a fait faire en 1840, suivant le vœu de la Chambre des Communes, pour prendre une idée des fatigues et de l'épuisement quotidien des mineurs de Derbyshire, où le travail souterrain se poursuit pendant quatorze et même seize heures sur vingt-quatre, du Northumberland, du district est de l'Ecosse, etc.; tous les commissaires anglais attestent la croissance lente et imparfaite des enfants

employés dans les mines ; les mesures de taille ont donné une forte différence au profit de la population agricole comparée à celle des mines. Le peu d'élévation des galeries souterraines oblige les ouvriers à se tenir baissés; de là de fréquentes courbures du rachis et, chez les enfants, ce qu'on appelle des poitrines de poulet. Dans le Lancashire, les femmes qui charient le charbon dans les fosses ont généralement le dos voûté. Les enfants occupés à pousser les wagons et les traîneaux éprouvent au sommet de la tête des pressions, des frottements qui déterminent la chute des cheveux, Fépaississement et l'inflammation du cuir chevelu, etc. Les ouvriers employés à la taille sont exposés à des inflammations des genoux et des coudes, par suite des frottements qu'ils éprouvent dans leur position forcée1. »

Je ne parle pas des accidents qui apportent la désolation parmi les familles ouvrières en les privant à la fois de leur chef et de leurs ressources. Leur nombre va sans cesse en décroissant, à mesure que l'exploitation des mines devient plus rationnelle et que les pouvoirs publics exercent un contrôle plus actif; ils sont pourtant encore assez nombreux pour qu'on doive les faire figurer parmi les causes qui déciment les populations minières.

On peut rapprocher des maladies auxquelles sont exposés les mineurs, celles qui atteignent les mouleurs en cuivre. Elles sont produites par l'inhalation des poussières, extrêmement fines, employées dans la fabrication des moules: poussières de charbon de bois, sable calciné et pulvérisé, connu sous le nom de poncif, fécule, noir de fumée, cendre de bois, etc. Au bout d'une dizaine d'années de la profession de mouleur en cuivre, les ouvriers disent que « la poussière s'est attachée à

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