MALADIES PROVOQUÉES PAR LA MAUVAISE TENUE DES ATELIERS
A toutes ces maladies professionnelles, dont la liste pourrait être considérablement allongée, si je ne craignais de fatiguer le lecteur, et qui sont dues aux matières premières, il faut ajouter les maladies et les accidents qui résultent de l'organisation souvent défectueuse des ateliers.
Malgré les progrès considérables réalisés depuis que les gouvernements ont jugé nécessaire d'intervenir dans les conditions du travail industriel, il existe encore, dans beaucoup d'ateliers, des vices d'installation éminemment préjudiciables aux ouvriers. Il en est ainsi surtout dans la petite industrie. Combien sont nombreux,
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par exemple, les ateliers où nulle disposition n'est prise pour empêcher les ouvriers d'entrer en contact .avec les machines, avec les courroies de transmission, les scies et autres outils mis en mouvement par l'aveugle vapeur? Combien nombreux sont ceux où les ouvriers sont exposés à contracter dans les courants d'air, des maladies pulmonaires qu'il serait facile de leur faire éviter par une meilleure disposition des ouvertures ? Combien nombreux encore sont les ateliers où l'aération est insuffisante, surtout en hiver, et où les ouvriers et employés sont entassés dans des espaces très étroits, ou trop encombrés par le matériel et le personnel, au point qu'il leur manque la quantité d'air respirable nécessaire à l'organisme humain pour qu'il fonctionne régulièrement. Tantôt l'air atmosphérique n'y afflue pas assez abondamment, tantôt il est vicié par les expirations humaines ou par les émanations des matières premières et des machines, ou surchargé d'acide carbonique et de gaz délétères provenant des poêles, des calorifères, etc. N'en est-il pas de même dans un grand nombre de magasins? Les plus luxueux de ces établissements ne condamnent-ils pas les employés des deux sexes à vivre dans une atmosphère viciée? Sans parler des maladies contagieuses, comme la phtisie, que les ouvriers, ouvrières et employés contractent fréquemment dans les ateliers et magasins surpeuplés et mal aérés, il est impossible qu'ils n'y subissent pas une altération générale plus ou moins profonde de la santé, surtout quand il s'y joint un certain degré de fatigue.
C'est particulièrement sur les femmes et les enfants que ces mauvaises conditions du travail agissent d'une manière fâcheuse. Indépendamment de ce que les femmes sont, en général, plus faibles que les hommes, il se joint, chez elles, à la fatigue provoquée par le travail,
la dépression physiologique occasionnée par les pertes sanguines périodiques et celle, plus grande encore, qui accompagne la grossesse.
Non seulement les femmes sont astreintes, dans la plupart des professions, à un travail supérieur à leurs forces, mais encore, quand elles ont un mari et des enfants, il faut ajouter à leur travail industriel la préparation des repas, l'entretien des vêtements et du linge et tous les autres soins du ménage.
Dans toutes les familles ouvrières, c'est la femme qui se lève la première et se couche la dernière. Elle travaille pendant une partie des heures où les autres se reposent.
D'autre part, la femme gagne beaucoup moins que l'homme, quoique ses besoins ne soient pas moindres. Pour sa nourriture, ses vêtements, son logement, elle ne peut pas dépenser moins que l'homme ; elle est donc condamnée soit à vivre dans la gêne et même la misère, si sa profession n'est pas exceptionnellement lucrative, soit à former une famille dont elle sera la servante sans cesser d'être ouvrière. Faut-il s'étonner que beaucoup choisissent une troisième solution, en apparence moins pénible, et qu'elles quittent le travail pour le plaisir ?
S'il n'est pas possible d'affirmer que la prostitution naît presque fatalement de la misère, il est, du moins, incontestable que celle-ci contribue puissamment à y pousser la femme, en la préparant à écouter les sollicitations de la débauche. Il ne faut pas oublier que les professions qui fournissent le plus de sujets à la prostitution sont celles où les ouvrières sont le plus directement en contact avec la classe riche (couturières, lingères, modistes, etc.).
Les enfants sont condamnés par la faiblesse inhé-
rente à leur âge et par les conditions particulières où les place la croissance, à subir, plus que les hommes et même les femmes, les conséquences des conditions mauvaises dans lesquelles ils travaillent et vivent en beaucoup d'ateliers.