‹ La lutte pour la démocratieChapitre 24 sur 36 · LE PAPE · texte numérisé non relu

LE PAPE

U y a quelque temps, j'ai vu, en tôte du Pèlerin, une image qui m'a choqué et même scandalisé.

Le Pape, couronné de sa tiare, était assia, rayonnant, sur un trône élevé. A ses pieds, prosternés la face contre terre ou tendant vers lui des mains suppliantes, une foule immense de prêtres semblaient l'adorer comme une idole. Un texte explicatif nous indiquait que cette composition voulait symboliser l'union de tout le clergé de France autour du Souverain Pontife.

Je n'ai pas à critiquer les intentions du dessi-

nateur, car il ne faut pas juger si Ton ne veut pas être jugé. Je n'ai pas non plus à apprécier son talent, n'étant pas artiste. Mais ce que je crois avoir le droit et môme le devoir de dire, c'est qu'une telle image, qui s'étalait sur les kiosques et frappait ainsi les regards du public, n'a pas dû manquer de faire du mal à plusieurs en fortifiant les préjugés qu'ils nourrissent contre la religion et en leur présentant le catholicisme sous un jour faux et ridicule.

Rien de plus semblable^ en effet, au dessin du Pèlerin que les objections que font à la religion les contradicteurs anticléricaux de nos réunions publiques : cette image n'est vraiment pas autre chose que la naïve illustration de leurs critiques, de leurs railleries, de leurs blasphèmes.

Qu'est-ce qu'on nous reproche donc à nous autres catholiques? De ne pas être des hommes libres, d'abdiquer toute initiative et d'être obligés de renoncer à notre raison, à notre conscience même, pour obéir à un homme. Et voilà justement que le Pèlerin confirme ces accusations, exagère presque ces outrages.

Les prêtres catholiques ne sont pas unis au-

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tour du Pape comme des soldats autour d'un chef, debout, le cœur et Fénergie tendus vers Faction : ils tombent, gémissants et inactifs, et semblent oublier qu'ils ont une tâche virile à accomplir. L'artiste méconnaît leur courage, leur endurance, leur respect du caractère sacré que Dieu leur a donné pour l'éternité, et il n'en fait plus que de misérables esclaves, efiondrés dans un geste de terreur et de supplication.

Rien de moins chrétien que cette étrange conception.

Nous ne sommes pas des esclaves, mais des enfants. Nous sommes les fils de la Loi nouvelle et nous avons été engendrés non dans la servitude mais dans la liberté.

Le Pape est pour nous un père, non un maître. Il est si peu notre maître que le langage touchant du catholicisme véritable se plaît à le saluer du nom sublime de « serviteur des serviteurs de Dieu ».

Nous devons donc lui parler non comme des esclaves parlent à leurs maîtres, mais comme des fils parlent à leurs pères. Or ce qu'un père est en droit d'attendre de son fils, c'est le res-

pect sans doute, mais un respect qui se fortifie et s'approfondit de la confiance, de la franchise auxquelles il doit toujours demeurer uni.

L'esclave ne fait qu'obéir ; il ne collabore pas ; il est un instrument inconscient. Le fils au con-* traire sait que Théritage lui appartient : ce n'est pas un bien étranger qu'administre son père, et il serait un mauvais fils s'il ne donnait pas son avis, s'il cachait ses sentiments intimes, s'il ne disait pas ce qui Tétonnei ce qui lui fait de la peine.

Les catholiques seraient coupables de ne pas obéir comme des hommes libres. Les siècles les plus vigoureux de Fhistoire de l'Église multiplient sous leurs yeux les plus frappants exemples de cette belle et fière attitude. Les livres saints nous apprennent que saint Paul, déjà, ne craignait pas de parler franchement à saint Pierre, et, pour employer l'expression même des Actes des Apôtres, de lui « résister en face » dans la discussion si grave qui devait dégager tout à fait la Loi nouvelle des langes de la Loi ancienne. Saint Pierre devait finir par se ranger à l'avis de saint Paul qu'il avait d'abord combattu.

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