TIMIDITÉ RÉVOLUTIONNAIRE
le jugent pas capable de supporter la vérité, pas digne de la connaître. Ils ne Festiment pas assez pour songer jamais à le traiter d*égal à égal. Je me souviens du sourire amusé dont un intellectuel de la nouvelle école syndicaliste accueillit un jour ma naïve indignation parce que je me scandalisais devant lui de la contradiction qui éclate entre les si intelligentes théories des philosophes de Fécole et les odieuses brutalités des syndicalistes ouvriers.
C'est toujours la même chose. Les réactionnaires, quand ils croient avoir enfin trouvé un véritable ouvrier qui consente à marcher avec eux, lui pardonnent tout et se réjouissent même de sa grossièreté. Les chefs socialistes ont besoin de troupes dociles et pas trop raisonneuses qu'ils puissent aisément discipliner. Ils tiennent, devant les foules, un langage facile à comprendre mais dont ils ne sont pas eux-mêmes dupes, et qui recouvre leurs secrets desseins, impénétrables à la multitude.
Bien plus, la société que conçoivent les socialistes se propose de rendre mécaniquement les hommes heureux; elle les dispense de toute initiative, de tout efifort personnel ; ils
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n*ont qu'à suivre docilement les ordres bienfaisants d'un Etat-providence qui pense, qui veut, q^i décide pour eux.
: Je ne conçois guère de doctrine moins hardie que la doctrine socialiste. Il n'en est pas, en efifet, qui sacrifie davantage la liberté et la dignité hupiaines à la nécessité d'assurer à chacun un bonheur vulgaire et banal dont il ne serait plus même l'artisan. Il n'en est pas qui s'efforce davantage de négliger tous les ressorts intimes de l'activité morale des individus pour ne tenir compte que des exigences d'un fonctionnarisme accaparant. Ces tribuns populaires, ces farouches révolutionnaires qui font trembler les bourgeois ne sont, en somme, que de pauvres grands timides incapables de s'élever audessus de la conception d'un nouveau césarisme anonyme, et trop faibles non seulement pour réaliser la Démocratie véritable mais même pour la vouloir.
La Démocratie, c'est le peuple conscient et responsable, gardien non plus seulement de ses intérêts personnels mais de l'intérêt d'Etat et capable, dès lors, de s'occuper chaque jour davantage des affaires du pays. Il ne s'agit
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pas, bien entendu, de fausses égalités dans les fonctions puisqu'il n'y a pas d'égalité dans les capacités. Il ne s'agit pas simplement d'un accroissement de bien-être pour la masse des déshérités. Il s'agit surtout et avant tout d'un accroissement de vie civique, d'un élargissement intellectuel et moral, d'une ascension des milieux populaires, chaque jour plus dégagés des liens de la servitude du corps et de l'esprit.
Or c'est bien cela que le peuple de France entend par Démocratie. Sans doute, chacun ne sait pas encore préciser exactement cet idéal, mais c'est bien lui qui, confusément, agite et soulève les cœurs.
Les socialistes, qui ont renié leurs origines spiritualistes et qui tiennent à n'avoir plus d'ailes et à ramper sur le terrain gluant du matérialisme athée, ne peuvent pas faire la Démocratie. Ils nous donneront peut-être la servitude, jamais la collaboration féconde et fraternelle dans la liberté. Nous avons dit assez souvent ce que nous^ jugions utile de retenir dans la critique de la société capitaliste faite par les socialistes, et cette franchise nous
a valu bien des attaques aussi violentes qu'inintelligentes. Ce n'est pas une raison pour ne pas proclamer très haut quel abîme sépare notre Démocratie du socialisme communiste ou étatiste.
Tandis que les vieux états-majors réactionnaires décimés s*épuisent en récriminations et en regrets superflus, tandis que les socialistes anticléricaux croient nécessaire de tuer la liberté pour réaliser de force un peu de justice tyrannique, la génération nouvelle a entendu et compris notre appel. Elle ne se souciera pas des clameurs furieuses des anciens partis dépossédés et aigris. Elle ne se laissera pas séduire par les misérables et impuissantes promesses des pontifes essoufflés d'un socialisme incapable de s'élever au-dessus de terre et de satisfaire les profondes aspirations de l'âme humaine, puisque, reniant Dieu, il ne peut plus croire que la Beauté, la Justice et TAmour soient autre chose que des rêves insaisissables et trompeurs. Elle suivra courageusement sa route vers Favenir.
La Confédération générale du travail peut se vanter d'avoir fait parler d'elle. Cinquante mille hommes de troupe accourus à Paris, les bourgeois apeurés, des quartiers entiers presque déserts, l'opinion publique en suspens comme en l'attente de quelque invraisemblable événement, le 1*' mai arrêtant la vie nationale : voilà Tefifet extraordinaire qu'ont pu produire, presque à leur insu, j'en suis sûr, et en tout cas avec de très faibles instruments, les meneurs de la rue Grange-aux-Belles,
Évidemment, il est tout de même plus facile d'affoler Topinion que de faire une révolution.
Aussi le l^'^mai s^est-il ea somme passé assez pacifiquement. Au reste ^ le g^ouvernement n'avait plus à craindre de se montrer énergique, puisqu'il avait pris non seulement des mesures policières et militaires mais aussi de curieuses précautions psychologiques, faisant arrêter, en même temps que les principaux meneurs révolutionnaires, quelques originaux ou quelques pîtres, amateurs inoffensifs de la conspiration politique ou professionnels intéressés des complots qui avortent. De la sorte, on pouvait cogner dur sur les ouvriers et plus n'était besoin de ménagements, puisque c'était pour sauver la République. Quant aux prolétaires qui refusaient de marcher docilement sous la houlette des socialistes parlementaires à la défense du Bloc, ils devaient être voués au mépris ou à la pitié de tous les travailleurs conscients, car on savait bien qu'ils n'étaient que les stipendiés du duc d'Orléans ou du prince Victor, à moins que^ pauvres imbéciles, ils ne se soient laissés choir dans quelque piège savamment tendu et enfin découvert par les policiers de M. Clemenceau.
Plus graves avaient été, certes, les émeutes
du Nord, non que Ténergie révolutionnaire s'y fût déployée plus courageuse, mais, au contraire, à cause môme do l'instinctive veulerie de ces foules incapables de résister à Tautorité d'un mot d'ordre, d'où qu'il vienne.
Les soldats ne faisant usage de leurs armes qu'à la toute dernière extrémité et encore se contentant de l'arme blanche, incapables évidemment d'empêcher le pillage des maisons, les violences même sur les personnes, il était certes moins dangereux de suivre les cortèges insurrectionnels et de se joindre aux troupes d'émeutiers que d'aller au travail ou même de refuser de manifester et de conserver une attitude de digne abstention. Des mineurs étaient dès l'aube réveillés dans leur propre lit et brutalement contraints de se lever et dégrossir l'armée de la Révolution, sous peine des plus odieuses représailles. La grève était donc maintenue violente et sanglante non par l'efiet du courage, mais bien par celui de la peur des populations terrorisées.
D'ailleurs, rien de hardi, rien de noble dans l'attitude de ces révoltés, honteux belligérants qui ne savaient pas reconnaître les lois de la
guerre et attaquaient àcoups de pierre le convoi qui ramenait de Liévin à Lens un officier blessé, tandis qu'à Lorient on ne respectait même pas la majesté de la mort, on arrêtait un oorbillard et en dételait les chevaux, et qu'à Fressenne ville de pitoyables grévistes, incapables de s'arrêter même devant la faiblesse la plus innocente, découvrant les portraits des enfants du patron, leur crevaient les yeux et leur coupaient la tête.
« Nous venons ici parce que nous avons confiance que nos revendications sont justes et légitimes ; nous ne commettrons aucun dégât », disait au capitaine de cuirassiers chargé de maintenir Tordre le conseiller municipal de Denain-la-Chapelle, àTentrée dubourgdeTrith- Saint-Léger, au bord de TEscaut, à la tête d'une troupe de près de 6.000 grévistes. On sait comment ces promesses étaient tenues et ce qu'il fallait penser de la loyauté et de l'intrépidité de ces soldats de la Révolution sociale qui attaquaient toujours par derrière ou recherchaient l'abri des murailles et des haies, puis, quand ils étaient pris, pleuraient comme des enfants, promettant qu'ils seraient bien sages et sup-
pliant qu'on les laissât rentrer chez eux.
Rien de plus lamentable, en vérité, que toutes ces scènes odieuses et honteuses. Partout, la peur. Les mineurs ont peur des grévistes. Les grévistes ont peur des mineurs. Le gouvernement a peur des socialistes du Parlement et des journaux. Ceux-ci ont peur des syndicats qui eux-mêmes redoutent la Confédération générale du travail. Quant aux bourgeois, leur frayeur est comique. Ils font, en vue du 1®^ mai, des provisions comme pour un long siège et Ton multiplie les services de bateaux de Calais à Douvres pour emporter les fuyards.
Et cependant, il y a de merveilleuses ressources dans les milieux populaires français, un bon sens, un dévouement, une endurance dont nous avons pu déjà depuis longtemps éprouver quotidiennement la force et la solidité. Il est étrange que la Confédération du travail qui n'est, sans doute, rien par elle-même et qui disait vrai, je le crois volontiers, lorsqu'au cours des récentes perquisitions elle affirmait n'avoir même aucun centre d'action dans le Nord et s'être contentée d'envoyer au hasard des émissaires, il est paradoxal que cette organisation
extérieure et comme étrangère au vrai travail des syndicats sérieux ait pu si promptement devenir une puissante autorité morale dans le monde du travail, devant les exigences de laquelle les groupements syndicaux les plus sérieux, comme la Fédération du Livre ^ se jugent obligés de s'incliner par discipline et solidarité.
C'est qu'il manque au prolétariat français une direction, une orientation véritables. Les politiciens du socialisme se sont offerts à lui en indiquer une, mais elle ne se dégageait pas de la vie même des milieux populaires, et ceux-ci devaient finir par se dégoûter d'être toujours les instruments des ambitions ou des appétits des autres.
Aussi, le syndicalisme, le parti de classe, parut-il bien vite au prolétariat Torgane nécessaire de son émancipation : il commença à s'y attacher comme à l'expression même de sa vie propre et autonome.
Seulement, ce syndicalisme est trop étroit, trop bas. Il repose sur une philosophie trop grossièrement matérialiste pour pouvoir jamais correspondre à ce qu'il y a de généreux et
d'idéal dans l'âme populaire qui peut bien se dégrader parfois et tomber jusqu'aux plus honteux excès, mais qui ne veut pas cependant qu'on bouche toutes les fenêtres par où elle pouvait contempler les horizons infinis de justice et d'amour, pour l'enfermer comme dans un tombeau.
Ce qui fait le scandaleux crédit de la Confédération du travail^ c'est qu'il n'y a qu'elle. En effet, dans les milieux conservateurs, on a bien commencé, très tardivement du reste, à aller au peuple et à chercher à améliorer le sort matériel et même • — quoique plus rarement — moral de l'ouvrier, mais on n'a évidemment pas pu songer sérieusement à donner naissance à un mouvement spontané du prolétariat prenant conscience de lui-même et s'efforçant d'élaborer une organisation meilleure et plus fraternelle de la société. La bienfaisance patronale a eu trop souvent le tort de renoncer, non pas tant sans doute par discrétion que par hypocrisie, à apparaître au grand jour, pour se dissimuler sous les dehors faux d'une prétendue ac^ tion ouvrière qui ne trompaient personne : puisqu'elle cherchait si bien à se cacher comme
ayant honte d'elle-même, on Ta cru intéressée et Ton n'a plus songé qu'à la démasquer et qu'à s'en détourner.
De plus en plus, la foule des ouvriers qui réclame un sens à son efiort, un but à ses révoltes mêmes, qui veut être encadrée et qui a besoin de rattacher son travail professionnel à une conception générale de la vie, risquerait donc d'aller grossir les rangs de nos modernes révolutionnaires, si, justement, ne trouvant pas dans les milieux dont Tattrait tout d'abord Fattire une suffisante plénitude de vie et un système de doctrines assez compréhensif, elle ne devait se retirer bientôt, déçue et dégoûtée, prête peut-être hélas à toutes les abdications !
Aussi bien, croyons-nous que notre idéal démocratique, si sublime et si réaUste tout à la fois, si solidement enraciné dans les traditions nationales et cependant si hardiment ouvert sur le progrès humain le plus universel, est exactement ce qui convient aux besoins comme aux rêves de notre peuple de France.
Mais, certes, ce n'est pas en un jour que les sillons seront creusés, ni surtout que la semence germera^
LE RÈGNE DE LÀ PEUR 5i
Il faut pour cela que des mœurs plus courageuses s'acclimatent chez nous, remplaçant Fapathie conservatrice ou la lâcheté révolutionnaire.
Certains ne comptent que sur l'action politique. De graves injustices ont été commises. L'Eglise a été injurieusement traitée par le gouvernement, serviteur apeuré des desseins les plus sectaires. Le suffrage universel sanctionnera-t-il de telles injustices, en accepterat-il la responsabilité, ou bien, au contraire, exigera-t-il plus de liberté ou, tout au moins, se contentera-t-il de réclamer une plus large et plus intelligente tolérance?
Loin de nous la pensée de nier le passionnant intérêt de ces consultations populaires que les équivoques, les pressions inavouées ou les fraudes secrètes n'empêcheront pas sans doute toujours d^avôir quelque valable signification!
De toute notre âme, nous prions Dieu d'éclairer les consciences.
Nous tenons cependant à bien affirmer qu'à juger sainement, on doit reconnaître que ce no peut pas être d'un scrutin que sort le véritable
salut d'une nation, mais d'un effort plus profond, plus opiniâtre, plus durable.
Les élections constatent ce qui est, bien plus qu'elles ne le changent. Elles ressemblent plus à un thermomètre qui marque la température qu'à un foyer de chaleur qui l'élève.
Elles peuvent momentanément rassurer les pusillanimes, mais elles sont incapables de les rendre courageux.
Rien donc, ni la défaite, ni la victoire des sectaires ne nous dispensera de continuer le labeur commencé et d'essayer d'agir énergiquement sur une opinion publique que d'autres spectacles peuvent détourner quelque temps encore, mais qui finira bien, nous l'espérons fermement, par découvrir le sens véritable de l'action démocratique qui s'impose au pays.
La foule est toujours menée. Elle est naïve et crédule, prompte aux emportements, accessible aux enthousiasmes, prête aux paniques irraisonnées. Elle renferme au fond d'ellemême de mystérieux trésors de dévouement, un impérissable idéal. Mais ses vertus demandent à être éveillées; ses énergies risquent de s'engourdir, étouffées par Tégoïsme étroit et les passions malfaisantes, si nulle voix ne les appelle et ne les entraine.
Aussi le monde a-t-il toujours connu une espèce d'hommes, très rare et toute-puissante, qui, dominant la foule, prend son point d'appui
en dehors d'elle et demeure, malgré les vicissitudes de la fortune, fermement attachée à un dessein supérieur.
Tour à tour célébrés comme les premiers d'entre les humains et écrasés sous le poids de l'ingratitude et de la haine, ces conducteurs de peuples suivent leur idée intérieure : il ne leur serait pas plus possible de changer leur route qu'à la pierre de ne pas tomber, ou qu'aux marées de l'Océan de ne pas recouvrir les grèves des rivages.
Bons ou mauvais, bienfaisants ou pervers, ils se ressemblent par un trait qui leur est commun : l'ascendant qu'ils exercent, ils le tirent non d'une artificielle conformité avec le milieu où ils vivent, mais bien au contraire de la puissance qui est en eux et de la volonté tenace qui les empêche de céder aux sollicitations du dehors.
Ces chefs ne suivent pas leurs troupes comme tant d'autres : ils marchent vraiment les premiers. Ils sont plus forts que le milieu : c'est celui-ci qui cède et ils le pétrissent à leur image.
Jamais, même les moins vertueux d'entre eux, ne s'adressent qu'aux seules passions grossières
et basses. 11 y a toujours de la grandeur jusque dans leurs crimes, et c'est encore en levant les yeux vers les étoiles que les foules trop crédules tombent dans le goufifre à leur suite.
Lorsqu'on nous parle aujourd'hui de meneurs^ on confond souvent les contraires, et dupé par des gestes trompeurs, des attitudes mensongères, on prend pour de véritables meneurs de pauvres impulsifs qui, se mettant toujours à l'unisson de ceux dont ils sont entourés, se contentent de crier plus fort que les autres, et font un tel vacarme qu'on se figure qu'ils dirigent le chœur. 11 y a très peu de meneurs véritables, capables de voir plus haut et plus loin que la foule, et frappiint le rocher comme autrefois Moïse, d'en faire jaillir les sources de l'avenir.
La Démocratie cependant exige une élite dont l'autorité morale s'imposera par un invincible ascendant. Il n'est pas, en effet, d'organisation sociale qui plus impérieusement que la Démocratie exige de Tautorité. Seulement celle-ci ne s'impose pas brutalement de l'extérieur à des esclaves courbés. Elle atteint les cœurs, plie les volontés et réclame une obéissance libre, sans cesse consentie.
Les bons meneurs qui feront la Démocratie n'ont donc pas à se soucier de ressembler aux troupeaux aveugles et faibles que sont encore les peuples, à peine affranchis du joug des anciennes servitudes : c'est sur eux, au contraire, que devront se modeler les foules et leur action demeurera toujours vaine, s'ils perdent de vue cet exemplaire du Juste idéal qui seul est digne de les attirer.
Dès lorsy le positivisme matérialiste et athée n'est pas une doctrine suffisante pour rendre raison du zèle des meneurs et pour nourrir leur ardeur. Alors même que l'inconscient mensonge de leurs bouches proclamerait les doctrines désabusées d'une inféconde philosophie^ une autre flamme embrase leurs cœurs et un autre élan les entraîne.
Quelle ne sera pas, cependant, la vigueur conquérante de nos camarades qui non seulement parlent de Justice et de Vérité, mais qui savent ce qui se cache de réel, de vivant, de divin, de personnellement communiquable à chacun de nous, sous Téclat sonore de ces verbes sublimes I
Déjà, dans les sombres ateliers où Ton blas-
phème, parmi le lourd ennui des casernes, dans Tatmosphère railleuse, sceptique et immorale des Universités, le mépris, la violence ou la haine se sont arrêtés étonnés devant cet être bizarre, à la fois doux et intraitable, qu'est le sillonniste. Contre son rêve intransigeant, toute arme se brise : bienveillance ou moquerie, raisonnements ou menaces, rien ne peut lui faire renoncer à la Cause qu'il sert. Son entêtement est incurable. Il inquiète les prudents, alarme les sages et finit par intéresser les indifférents eux-mêmes.
Il faut être plus fort pour résister tout seul aux sarcasmes de camarades irrités, pour faire sa prière à genoux au pied de son lit dans une chambrée hostile, pour ne pas être écrasé sous le poids des conventions, des partis-pris et des routines dont une aveugle bourgeoisie cache à ses propres yeux sa décadence et sa ruine, que pour se jeter à la tête d'une bande de grévistes et les pousser au pillage et à l'émeute.
La force morale a toujours fini par triompher de la force brutale.
Si la Démocratie a besoin de meneurs, ceuxlà seuls qui pensent et qui veulent par eux-
mêmes et dont la volonté a plongé ses racines dans une foi vivante pourront lui en fournir, ceux-là seuls qui possédant leur âme ne Tout pas gardée pour eux mais l'ont donnée à Dieu, c'est-à-dire — tel est Tordre divin — à TAmour de leurs frères.